Le CRA du Mesnil-Amelot, à proximité de l'aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 26 avril 2019. Crédit : Maëva Poulet
Le CRA du Mesnil-Amelot, à proximité de l'aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 26 avril 2019. Crédit : Maëva Poulet

L’association La Cimade a repris sa permanence au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, près de trois semaines après son retrait des lieux. Des engagements ont été pris par les autorités pour améliorer la situation dans ce lieu "sordide".

La Cimade a repris, mercredi 31 juillet, son activité au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en région parisienne, après avoir déserté les lieux pendant presque trois semaines pour alerter sur les conditions de vie entre ces murs. L’association, qui fournit une aide juridique aux migrants, indique avoir mené des discussions fructueuses avec le ministère de l’Intérieur, l’administration du centre, ainsi que la Direction Départementale de la Police aux Frontières (DDPAF).

“Les autorités ont pris des engagements sur la propreté et l’accès à l’eau, indique David Rohi, responsable de la rétention à la Cimade. En ce qui concerne la prise en charge sanitaire des retenus, le ministère de l’Intérieur s’est par ailleurs engagé à faire en sorte que les préfectures soient plus vigilantes sur l’état des personnes qu’ils envoient en centres de rétention, et notamment de celles qui souffrent de troubles psychiatriques.” Une présence médicale devrait également être renforcée et des réparations matérielles entreprises.

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“On va voir si les engagements sont tenus”, poursuit David Rohi. Pour l’heure, cette première journée au sein du CRA s’est déroulée dans des conditions correctes, dit-il. “Mais le problème c’est la politique générale d’enfermement qui est menée par le gouvernement depuis plusieurs années et qui devient plus dure, au mépris des droits des personnes enfermées.”

Le 9 juillet, la situation avait dégénéré dans ce centre où sont retenues quelque 200 personnes non-autorisées à séjourner sur le territoire français, dans l’attente d’une expulsion. Fustigeant un manque de justice, plusieurs migrants avaient tenté de se suicider ou menacé de le faire (les fonctionnaires de police parlent, eux, de tentatives d’évasion), l’un d’eux plaçant sa tête entre des fils de fer barbelés. Ce dernier a depuis été expulsé vers le Maroc, indique la Cimade.

“Une prison des plus sordides”

Le retrait de la Cimade du CRA de Mesnil-Amelot a attiré l’attention médiatique sur ce lieu difficile d’accès. Il a aussi éveillé la curiosité de personnes politiques. Les sénateurs Claudine Lepage, Yves Daudigny et Vincent Eblé se sont ainsi rendus, le 23 juillet, dans les CRA n°2 et 3 du Mesnil-Amelot, exerçant un droit de visite en tant que parlementaires. “Quand on entre là-bas, il est difficile de ne pas penser à une prison des plus sordides”, juge Claudine Lepage, sénatrice des Français établis hors de France, interrogée par InfoMigrants.

“Il y a un vacarme assourdissant, en raison de la proximité des pistes de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle d’où décollent des avions toutes les 3 minutes environ. On a aussi constaté des fuites d’eau. Et dans les cellules d’isolement, les retenus dorment sur des matelas tout bonnement répugnants.” Ces cellules, dans lesquelles avaient été mises des personnes ayant tenté de mettre fin à leurs jours, sont équipées de “banquettes en ciment et de toilettes avec un système de chasse d’eau qui ne s’actionne que de l’extérieur”, explique pour sa part Vincent Elbé, qui décrit par ailleurs “un grand malaise” et un manque d’intimité dans le reste du centre. 

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“Ça ressemble à du carcéral, assène l’élu. Pourtant, ces personnes ne sont pas là dans le cadre d’une condamnation pénale. Et quand bien même elles le seraient, cela ne justifierait pas de telles conditions. C’est l’esprit même de l ‘accueil des demandeurs d’asile qui est malmené par ce dispositif.”

Suite à cette visite, les trois sénateurs ont adressé une lettre au ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. En réaction, un couple de Soudanais, dont la femme, enceinte, présente des problèmes de santé, a été libéré de ce centre, a indiqué Claire Bloch, chargée de l’accompagnement au sein du CRA pour la Cimade. Ils sont toujours visés par une procédure d’expulsion.

 

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