Le passage d'une carte de retrait pour à une carte de paiement ne provoquera pas de remplacements de carte. Crédit : Capture d'écran Twitter
Le passage d'une carte de retrait pour à une carte de paiement ne provoquera pas de remplacements de carte. Crédit : Capture d'écran Twitter

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a annoncé, vendredi 2 août, que la carte de retrait remise aux demandeurs d'asile pour utiliser leur allocation, l'ADA, deviendra à la rentrée une carte de paiement uniquement. Elle ne permettra plus de retirer de l'argent liquide. InfoMigrants fait le point.

L'information circulait depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a confirmé, vendredi 2 août, que la carte de retrait remise aux bénéficiaires de l'allocation de demandeur d'asile (ADA) deviendrait "une carte de paiement".

L'organisme, dépendant du ministère de l'Intérieur, a par ailleurs précisé que cette évolution serait appliquée "à partir du 5 septembre".

En arrivant en France, les migrants qui déposent un dossier de demande d'asile ont droit à l’ADA (allocation demandeurs d’asile) qui varie en fonction de la situation familiale du demandeur (avec ou sans enfants). Les montants varient de 6,80 euros/jour pour une personne seule (soit environ 190 euros/mois) à 17 euros/jour pour un couple avec deux enfants (soit environ 476 euros/mois) ou encore à 23,80 euros/jour pour une famille de 6 personnes (soit environ 660 euros/mois). Il s'agit de la seule allocation financière que les demandeurs d'asile peuvent percevoir. 

Plus de retraits possibles aux distributeurs de billets

À partir de la rentrée, cette carte connaîtra une évolution majeure : elle deviendra une carte de paiement uniquement, c'est-à-dire qu'elle ne permettra plus de retirer de l'argent. Tous les paiements devront s'effectuer dans les commerces (par terminaux de paiement électronique). "La carte permettra [de procéder] gratuitement à 25 paiements, dans la limite de son solde. Au delà, il sera décompté 0,50 € par opération", a indiqué l'Ofii sur sa page Facebook, vendredi 2 août. Les demandeurs d'asile en possession de cette carte ne pourront toutefois pas régler d'achats par Internet.

Avant, le demandeur d'asile pouvait retirer son argent en liquide à des distributeurs de billets. Ce ne sera plus possible.

Concernant la limite des 25 paiements par mois, l'Ofii met en avant l'argument du coût des transactions bancaires. "Les paiements par carte ne sont pas gratuits, c'est pourquoi les banques font payer les cartes bancaires. Pour limiter le coût tout en regardant les besoins, nous avons limité le nombre de paiements à 25", détaille Didier Leschi. 

Pour concevoir ce nouveau système, l'Ofii s'est fondé sur une expérimentation en Guyane, mise en place depuis février. Sur la base d'un "bilan positif", selon l'Ofii, le ministère de l'Intérieur a souhaité que ce dispositif soit étendu à l'ensemble du territoire. "Il s'agit d'une bonne base d’expérimentation sur un territoire assez unifié. La Guyane compte en effet plusieurs milliers de demandeurs d'asile, situés essentiellement sur l’île de Cayenne", souligne Didier Leschi.

Associations en colère

Du côté de plusieurs associations, cette mesure ne fait pourtant pas l'unanimité. Pour exprimer leur désaccord et demander l'annulation de la réforme, certaines d'entre elles dont Coordination urgence migrants (CUM), Collectif citoyens solidaires de Cornouaille ou encore le Collectif pour une nation refuge (CNR) ont signé une pétition en ligne, adressée à l'Ofii et à la Direction générale des étrangers en France. En deux jours, elle a recueilli plus de mille signatures.

Ces associations contestent notamment le nombre maximum de paiements gratuits qu'elles jugent "beaucoup trop juste" affirmant que "cela revient à un seul achat par jour (hors dimanche)". Elle s'opposent aussi au système de paiement par carte, dans sa globalité, rappelant que certains commerces "exigent un montant minimum d'achat" et que "les épiceries sociales et solidaires, les brocantes et les marchés n'en sont que rarement équipés". Elles expliquent aussi que les situations d'hébergement d'urgence contraignent souvent les demandeurs d'asile à payer en liquide.

Une mesure encore à l'étude 

Didier Leschi se défend en assurant "discuter avec les opérateurs sociaux pour que les banques alimentaires se procurent des terminaux de paiement à un prix modique". Il s'appuie aussi sur le bilan de l'expérience en Guyane, soulignant n'avoir "jamais reçu ce type de remarques alors que ce n’est pas la région de France où il y a le plus de terminaux de paiement". Le directeur général de l'Ofii explique, plus généralement que ce nouveau fonctionnement s'inclut dans une "tendance générale" marquée par la "baisse de la circulation d’argent liquide".

L'Ofii assure aussi que cette réforme fait encore l'objet de discussions. "Nous échangeons avec les opérateurs associatifs. Mais si elle voit le jour, ce sera à partir du 5 septembre", assure Didier Leschi. Si le projet est définitivement acté, les demandeurs d'asile recevront l'information autour du 15 août par sms, en plusieurs langues.

L'Ofii prépare aussi des documents traduits en une dizaine de langues pour informer les demandeurs d'asile.

 

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