Beaucoup de migrants regrettent de ne plus pouvoir lire depuis qu'ils ont quitté leur pays. Crédit : InfoMigrants
Beaucoup de migrants regrettent de ne plus pouvoir lire depuis qu'ils ont quitté leur pays. Crédit : InfoMigrants

InfoMigrants a demandé à ses lecteurs de raconter leur rapport à la lecture. Qu'ils aillent à la médiathèque, qu'ils lisent sur leur téléphone ou surfent sur les réseaux sociaux, tous racontent que lire leur permet de se détendre, de garder un lien avec leur pays d'origine, ou de s'échapper quelques minutes de leur quotidien. Voici leurs témoignages.

Abdul, réfugié afghan, 28 ans

"Je lis souvent des poèmes sur les réseaux sociaux. La plupart de ces poèmes parle de la famille, du retour au pays et des raisons pour lesquelles nous quittons l'Afghanistan.

Parfois, j’essaye, moi aussi, d’écrire des poèmes. J’écris vraiment avec mon cœur. Mes textes parlent surtout de ma famille et de mon pays.

Ces poèmes me rapprochent de ma famille mais ils me rendent triste aussi. Ils me permettent de mieux comprendre ce qu’endurent ma famille et mes amis là-bas. J’ai l’impression d’être à leurs côtés.

Les gens les postent depuis n’importe où en Europe ou en Afghanistan.

Parfois, j’essaye aussi de lire des livres en français mais je ne comprends pas toujours bien l’histoire qu’ils racontent. Je les lis surtout pour m’exercer en français."

Sissoko, demandeur d'asile malien, 31 ans

Sisoko lit principalement des informations sur le Mali sur internet Crdit  DR"Je lis surtout des journaux, plutôt les journaux maliens. Je les lis sur internet quand des gens les partagent. Là, je lis plutôt les informations politiques sur le Mali.

Je lis aussi les journaux gratuits que je trouve dans les gares. Je ne connais pas toujours les noms des journaux français. Dans ces journaux, je lis surtout l’horoscope.

En ce moment, je ne lis pas de livres mais quand j’étais au Mali, je lisais souvent des livres d’histoire.

J’aime beaucoup l’histoire parce que, au lycée, j’ai fait un bac littéraire avec un cursus histoire. Plus particulièrement, j’aime l’histoire des deux guerres mondiales."

Alpha, réfugié guinéen, 31 ans
Dune manire gnrale jaime beaucoup lire les livres qui parle du courage et de la grandeur de lhomme noir raconte Alpha"Je lis une quinzaine de livres par an. Je lis plutôt la nuit avant de m’endormir ou en journée si je ne travaille pas. En ce moment, je travaille dans une librairie donc il m’arrive d’ouvrir les livres que nous avons en rayon.

J’aime beaucoup les essais de société, plutôt sur les sociétés africaines. Par exemple, "Les soleils des indépendances", de l’Ivoirien Ahmadou Kourouma, ou "Si le noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout", de Venance Kolan. Lui aussi est ivoirien.

J’ai aussi aimé le livre du père du footballeur Zinedine Zidane, Smaïl Zidane, "Sur les chemins de pierre", qui raconte son parcours depuis l’Algérie jusqu’en France. Et celui de Lilian Thuram, "Mes étoiles noires". D’une manière générale, j’aime beaucoup lire des livres qui parlent du courage et de la grandeur de l’homme noir.

Je lis aussi des livres sur le football comme "Complètement foot", du coach Courbis ou "La nuit des maudits", de Karim Nedjari.

J’aime aussi lire les témoignages de personnes qui se sont lancées dans des projets. La lecture de ces témoignages m’invite à aller de l’avant. Quand je lis le livre d’un jeune homme qui parle de son échec, ça me prépare à ne pas tomber dans les mêmes pièges. C’est une leçon de vie que j’apprends des autres."

Pierre*, migrant sans-papiers camerounais, actuellement en Libye, 28 ans

"Je vis en Libye dans une maison et je travaille en attendant de traverser la Méditerranée. Mais je ne peux pas obtenir des livres parce que je n’ai pas d’argent. Et, en Libye, tous les livres sont écrits en arabe, une langue que je ne comprends pas. Ici, je pourrais peut-être trouver des livres en anglais. Mais, dans tous les cas, je ne pourrais pas me les offrir.

À cause de toutes ces contraintes, le seul moyen que j’ai trouvé pour lire régulièrement est d’écouter des livres audio sur Youtube. Et puis, cela me permet de passer le temps quand je ne travaille pas.

Sur mon téléphone, je lis aussi beaucoup d’articles pour m’informer sur la situation en Libye et dans mon pays. J’aimerais vivre en Suède pour être coach de vie en programmation neuro-linguistique, une branche de la psychologie. Donc, j’écoute des livres audio sur le développement personnel, l'entrepreneuriat et le leadership. Il y a beaucoup de livres que j’aimerais lire comme "Power, les 48 lois du pouvoir", de Robert Greene, "La semaine de 4 heures", de Tim Feriss ou encore "Elon Musk : Tesla, Paypal, SpaceX : l'entrepreneur qui va changer le monde", d’Ashlee Vance."

*Le prénom a été changé

Hussein, demandeur d'asile iranien, 30 ans
Hussein 30 ans lit plusieurs heures par jour Crdit  Capture dcran InfoMigrants"J’aime beaucoup les écrivains français et en particulier Albert Camus et Gustave Flaubert. Mais j'apprécie également Montesquieu, Jean-Jacques Rousseau, Émile Zola, Jean-Paul Sartre. Mon amour pour ces écrivains vient du fond de mon cœur. J’ai découvert l’art et la culture française dans leurs livres. Mon amour pour Paris est aussi né grâce à ces livres mais la vie à Paris est très dure. Bien que je sois un migrant "dubliné" et sans logement, j’aime bien vivre à Paris. Je suis amoureux de cette ville. J’ai beaucoup de projets et, pour les réaliser, j’ai besoin de vivre à Paris.

Ce sont mes amis qui m'ont envoyé des livres par La Poste depuis l’Iran. J’avais également pris des livres avec moi lorsque je suis parti, même si les porter sur le chemin était très difficile. Il y a aussi des livres que j’ai reçus en cadeau de mes amis de Paris.

Mais il n’est pas difficile en France de trouver des livres : il y a des bibliothèques gratuites partout et, sur internet, il y a des livres en format PDF.

Partout où je vais, j’ai toujours l'équivalent d'une petite bibliothèque sur moi. Je lis plusieurs heures par jour.

Actuellement, j’ai beaucoup de temps pour lire car j’attends la réponse de l’Ofpra concernant ma demande d’asile."

Trisha, demandeuse d'asile ivoirienne, 22 ans

"Quand j’étais en Côte d’Ivoire, je lisais souvent, surtout des romans. Dès que j’avais un peu de temps, je prenais un livre. J’ai d’ailleurs fait des études de littérature.

Lorsque j’ai quitté mon pays en 2015, j’ai emporté avec moi trois livres : "Les Frasques d’Ébinto", d’Amadou Koné, "Une si longue lettre", de Mariam Bâ et "L’enfant noir", de Camara Laye.

Lire me détend. Je savais qu’il y aurait de durs moments sur la route, alors cela me rassurait d'avoir mes livres avec moi. Lorsque je m’ennuyais, je prenais un de mes livres. Ils me permettaient de m’évader un peu.

Lorsque j’ai traversé la mer Méditerranée, j’ai dû les abandonner car le bateau prenait l’eau. On a tous dû jeter nos affaires dans la mer.

Quand je suis arrivée en Italie, je lisais des livres en italien, c’est comme cela que j’ai appris la langue. Toutes les semaines, j’allais à la bibliothèque et je lisais des livres sur l’Histoire de l’Italie.

Mais depuis deux ans que je vis en France, je n’ai pas ouvert un seul livre. Le stress m’en empêche, je n’ai pas la tête à me plonger dans un roman. Trop de choses me préoccupent : j’ai peur de mon entretien avec l’Ofpra, de ne pas être assez précise et d’être renvoyée dans mon pays.

Peut-être qu’un jour, quand ces problèmes seront derrière moi, je reprendrais la lecture."

Amadou Tidiane, demandeur d'asile sénégalais, 38 ans

"Comme j’aime étudier, je me rends environ quatre fois par semaine à la médiathèque située près de mon foyer, aux Mureaux, dans les Yvelines. Je lis des livres de chercheurs sur la géographie, les villes françaises, les religions ou encore sur l’évolution de la culture française grâce à l’insertion des étrangers. Ces livres sont en général écrits par des auteurs français parce que la médiathèque propose peu de livres d’auteurs africains. C’est important pour s’intégrer en France et mieux connaître le pays.

Au Sénégal, j’ai découvert mes romans préférés comme "Amkoullel, l'enfant Peul", d’Amadou Hampâté Bâ, "L’enfant noir", de Camara Laye ou encore "L’aventure ambiguë", de Cheikh Hamidou Kane. Je lisais beaucoup de romans là-bas. J’en lis encore mais beaucoup moins. J’aimerais, par exemple, finir ma lecture des "Contes du lundi", d’Alphonse Daudet. J’attends avec impatience que la médiathèque le reçoive.

Je lis aussi la presse sénégalaise sur mon smartphone. À la médiathèque, il peut aussi m’arriver de feuilleter Le Monde mais, à cause du niveau de langue de ce journal, ce n’est pas facile pour moi de tout comprendre."

 

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