Des migrants sur le pont de l'Open Arms. Crédit : Open Arms
Des migrants sur le pont de l'Open Arms. Crédit : Open Arms

Pour le fondateur de l’ONG Proactiva Open Arms, des bagarres risquent d'éclater à tout moment entre les quelque 150 migrants épuisés et stressés qui se trouvent à bord du navire humanitaire au large de l’île de Lampedusa. En cause : la promiscuité, l'incertitude et un état de "stress post-traumatique très élevé".

L’ONG espagnole Proactiva tire la sonnette d’alarme concernant la situation à bord du navire humanitaire Open Arms, qui stagne au large de l'île italienne de Lampedusa. Selon le fondateur de l’ONG, les tensions sur le bateau sont telles que la situation menace de dégénérer à tout moment. "Je ne sais pas (combien de jours nous tiendrons), nous pourrions avoir dans une demi-heure un conflit et un blessé grave, ou pire quelqu'un qui mourrait à bord à cause de la violence. Ce serait un drame, ce serait impardonnable", s'est alarmé Oscar Camps à la radio espagnole Cadena Ser.

En cause : la promiscuité, l'incertitude et l'état de "stress post-traumatique très élevé" des quelque 150 personnes secourues en Méditerranée depuis début août et auxquelles les pays riverains refusent l’accueil. Selon le journal El Pais, le navire, à qui l'Italie a interdit d'accoster, s'apprêtait à entrer dans les eaux territoriales italiennes mercredi, sur décision d'un tribunal.

"Il faut se rappeler que (ces personnes) ont subi des tortures, des violences, des abus de toutes sortes, de l'esclavage", et au moindre problème "la situation devient très tendue", alerte Oscar Camps.

"Des disputes pour un coin d'ombre, un coin de soleil, de la nourriture" 

Toujours selon le fondateur, les 19 membres d'équipage de l'Open Arms ont de plus en plus de mal à gérer les débordements. "Imaginez-vous qu'il y a deux lavabos et 180 m² abrités. Il y a des disputes pour un coin d'ombre, pour un coin de soleil, des disputes pour la nourriture, des disputes pour la queue au lavabo", a-t-il raconté. Ajouté à cela, les conditions climatologiques qui sont difficiles ces derniers jours, beaucoup de passagers souffrent de mal de mer et de vomissements. 

Certains migrants à bout de nerf ont entamé des grèves de la faim et l'ONG a dû envoyer à bord "une équipe de soutien psychologique et de médiateurs culturels pour tenter de ramener le calme" parmi les passagers, d'une dizaine de nationalités différentes.

"Ils sont à bord depuis longtemps (...) Ils ne peuvent pas appeler leurs proches pour dire qu'ils sont vivants, il y a des pères de famille, des enfants. Ils ne savent absolument pas ce qui va se passer, cela génère beaucoup d'anxiété", poursuit Oscar Camps, qui indique que deux bébés ainsi que leurs parents ont été hélitreuillés vers Malte mercredi matin pour raisons de santé, a-t-il précisé.

La France "active" pour trouver une solution

Neuf naufragés recueillis par ce navire avaient déjà été débarqués dimanche, pour des raisons de santé : huit ont été emmenés en hélicoptère vers Malte et un vers Lampedusa. Il reste désormais 147 migrants à bord du navire selon l'ONG. L’Open Arms a récemment refusé l'offre de La Valette, qui ne voulait accepter que 39 migrants sur son sol - ceux secourus dans ses eaux territoriales le 10 août. Il a répondu à Malte qu'il devait prendre la totalité des rescapés ou personne.

Mais Malte, tout comme l'Italie, refuse l'entrée du bateau dans leurs ports. L'Espagne a déclaré mardi irrecevable une demande d'asile pour 31 migrants mineurs déposée par le capitaine de l'Open Arms auprès de l'ambassade d'Espagne à Malte.

De son côté, la France est "active sur le sujet" et est "en lien avec la Commission européenne" pour trouver une solution à cette situation ainsi qu’à celle de l’Ocean Viking, autre navire humanitaire, a indiqué mercredi l'Elysée. La présidence française a insisté sur la "nécessité de débarquer dans le port sûr le plus proche".

Le bateau des ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, Ocean Viking, qui recherche lui aussi un port sûr pour débarquer, a secouru ces derniers jours 356 personnes au large de la Libye.

 

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