Neuf migrants interceptés en février 2019 alors qu'ils tentaient de rallier la Grande-Bretagne sur un canot pneumatique. Crédit : Préfet maritime Manche - mer du Nord, Twitter @premarmanche
Neuf migrants interceptés en février 2019 alors qu'ils tentaient de rallier la Grande-Bretagne sur un canot pneumatique. Crédit : Préfet maritime Manche - mer du Nord, Twitter @premarmanche

Une migrante iranienne, tombée à l’eau dans la Manche en tentant de rejoindre l’Angleterre, est portée disparue depuis samedi dernier. Elle pourrait être le premier cas de migrant décédé lors de la traversée de cette zone maritime aux courants forts - et dans laquelle plusieurs personnes auraient déjà disparu, selon des témoignages de rescapés et de militants associatifs.

Une migrante iranienne est tombée dans la Manche, vendredi 9 août, alors qu’elle essayait de rejoindre les côtes anglaises à bord d’une embarcation qui comptait 19 autres personnes.

Ce décès de migrant est le premier répertorié dans cette zone maritime. La victime serait tombée du bateau dans lequel elle avait pris place et son corps a été repéré à environ 44 kilomètres au large de Ramsgate, dans le sud-est de l’Angleterre. Des recherches, engagées par les garde-côtes britanniques et belges, pour la retrouver ont été interrompues samedi 10 août.

"Nos pensées vont à la famille et aux amis de cette femme durant cette épreuve terrible", a réagi le ministère de l’Intérieur britannique, dans un communiqué. "Traverser la Manche dans une petite embarcation comporte de grands risques. Les gangs criminels qui perpétuent ces actes sont sans pitié et ne se soucient pas de perdre des vies."

Une enquête pour disparition a été confiée à la police du Kent, en Angleterre. Les 19 autres personnes présentes à bord de cette embarcation, dont quatre enfants, toutes en provenance d’Iran et d’Irak, ont été prises en charge par les autorités britanniques.

"Une femme brillante et intelligente"

Selon une source proche du dossier citée par le journal anglais The Times, la victime a été décrite par sa famille comme "une femme brillante et intelligente, diplômée d’un doctorat, qui voulait démarrer une nouvelle vie".

Si la mort de cette femme venait à être confirmée, il s’agirait du premier décès officiel de migrant tentant de traverser la Manche, mer dans laquelle 1 200 migrants se sont aventurés pour rejoindre l’Angleterre depuis début 2019.

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Officieusement pourtant, des migrants rescapés de la traversées parlent de disparitions dans les eaux de la Manche. "Nous avons déjà été avertis que des personnes étaient passées par-dessus bord dans leur embarcation", explique une source informée à InfoMigrants. Mais personne n’a été retrouvé. Je suis persuadé qu’il y a des corps qui n’ont pas été repêchés." La densité du trafic, les courants importants, les hauts fonds et le vent permanent rendent cette traversée très dangereuse.

En septembre 2018, un corps a été ramené par les vagues sur une plage près de Calais, ajoute cette source : "À mon avis, c’était un migrant qui était passé par-dessus bord".

"La Manche ne rend jamais les corps"

Les cas de disparitions sont plausibles, estime à son tour François Guennoc, vice-président de l’association Auberge des migrants. "Cette mer ne rend jamais les corps […] On a seulement retrouvé les cadavres de deux Syriens sur les côtes norvégienne et hollandaise. On a su qu’ils étaient partis de Calais car ils portaient des combinaisons achetées à Décathlon. Ils s’étaient probablement noyés en traversant le port de Calais et leur corps, protégés par ces combinaisons, se sont retrouvés [au large de la mer du Nord]."

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Le 9 août, jour de la disparition de la migrante iranienne, trente autres migrants, dont deux en kayak, ont été interceptés et emmenés sur les côtes anglaises, alors qu’ils tentaient de traverser la Manche. Le même jour, 11 personnes, dont plusieurs adolescents, ont été secourues au large de Boulogne-sur-Mer alors qu’elles étaient tombées à l’eau. Seulement trois d’entre elles étaient équipées de gilets de sauvetage, selon nos informations.

 

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