À bord de l'Ocean Viking, les dessins des migrants témoignent de leurs douleurs. Crédit : SOS Méditerranée
À bord de l'Ocean Viking, les dessins des migrants témoignent de leurs douleurs. Crédit : SOS Méditerranée

Depuis une semaine, l'Ocean Viking, le bateau des ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, attend d'être accueilli dans un port sûr pour débarquer ses 356 migrants. Pour tromper l'ennui à bord, l'équipage organise des activités, comme des ateliers de dessins et de coiffure. Contrairement à l'Open Arms qui doit faire face à de graves tensions à son bord, la situation est jugée "stable" sur l'Ocean Viking, précise l'équipage.

Pour les 356 migrants de l'Ocean Viking, l'attente est longue.  Cela fait maintenant 10 jours que le navire humanitaire de SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, est en errance en mer Méditerranée dans l'attente qu'un port sûr lui soit assigné. 

Pour tromper l'ennui, l'équipage tente de distraire ces migrants, impatients et inquiets. "Hier, nous avons proposé des sessions de coiffure car certains migrants présents à bord sont coiffeurs", explique Avra, en charge de la communication à bord de l'Ocean Viking, jointe par InfoMigrants. Les migrants peuvent également jouer aux cartes et aux échecs, ce qui les aident à mieux supporter le voyage.

Des cours de français et d'anglais improvisés et dispensés sur le navire préparent aussi les migrants à leur nouvelle vie en Europe. 

Des activités de dessins pour ceux qui n'arrivent pas à parler de leurs traumatismes

Au cours de ces activités, les langues se délient. "Nous parlons avec eux, ils nous racontent leur histoire parce qu'ils en ont vraiment envie. Ils nous racontent leur voyage et ce qu'ils ont vécu dans leur pays en guerre", résume Avra. Nous essayons petit à petit de rétablir un peu de dignité en les écoutant et en étant près d'eux."

Pour ceux qui ne parviennent pas à se confier, un autre moyen d'expression est possible sur l'Ocean Viking : le dessin. Certains y peignent leurs douleurs, d'autres représentent leurs souvenirs ou leurs espoirs. "Les médecins à bord ont remarqué qu'une grande partie de ces personnes portaient des stigmates de la torture subies dans les centres de détention libyens", signale Avra, en désignant les personnes surtout en état de stress post-traumatique. "Dans leurs dessins, la torture y est clairement abordée." 

Plusieurs dizaines de dessins ont été accrochés sur le pont de l'Ocean Viking.

Contrairement à l'Open Arms, la situation est "stable" à bord

Contrairement à la situation de l'Open Arms qui doit gérer des migrants épuisés et en colère, sur l'Ocean Viking, la situation est "stable", décrit encore Avra. Elle constate toutefois "beaucoup de frustration" chez ces migrants qui demandent régulièrement à l'équipage quand et où ils arriveront. Beaucoup ont aussi le mal de mer.

Pour le moment, les réserves d'eau et de nourriture sont suffisantes même si l'équipage essaye d'économiser l'eau potable en limitant les douches. Les migrants dorment à même le sol, sur le pont du bateau.

"Nous souhaitons rappeler que cette situation n'est pas normale. Nous sommes sur un bateau de sauvetage et nous ne pouvons plus porter secours à d'autres personnes", soutient Avra. Une opération de sauvetage se termine, d'après la loi maritime, quand les derniers passagers sont débarqués dans un endroit sûr. Nous ne cessons de le répéter aux autorités."

Parmi les migrants à bord, beaucoup sont Soudanais ou viennent d'Afrique de l'ouest (Sénégal, Côte d'Ivoire, Mali, Gambie). On compte également cinq femmes, 103 mineurs, dont 92 jeunes non accompagnés.

L'Ocean Viking, qui a quitté la SAR zone (la zone de détresse au large de la Libye), mardi 13 août, à la recherche d'un port de débarquement. Il navigue désormais au cœur de la mer Méditerranée, entre Malte et Linoza, une île italienne. "Nous sommes en stand-by dans les eaux internationales et nous attendons des indications", précise Avra.

 

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