Situé à Médenine, le principal centre d'accueil de migrants de l'OIM a fermé ses portes en avril, sur décision des autorités, de l'OIM et d'associations. Crédit : InfoMigrants
Situé à Médenine, le principal centre d'accueil de migrants de l'OIM a fermé ses portes en avril, sur décision des autorités, de l'OIM et d'associations. Crédit : InfoMigrants

En raison de la guerre en Libye, de plus en plus de migrants franchissent la frontière pour passer en Tunisie voisine. Depuis le début de l'année, 1 180 migrants se sont rendus en Tunisie, soit autant que sur toute l'année 2018. Ces exilés qui fuient les combats se retrouvent alors dans des centres, dont la plupart, sont aujourd'hui saturés. Les ONG se disent dépassées.

"Quand je suis arrivée, il y a deux mois, nous étions six dans la chambre où je vis. Puis, au bout de quelques semaines, deux femmes sont parties, mais quatre autres sont arrivées. Nous sommes huit dans la chambre, des enfants accompagnés par leur mère en majorité." Karime*, qui vient d'Afrique de l'Ouest, vit avec son fils dans un centre d'accueil pour migrants à Médenine en Tunisie, une ville proche de la frontière avec la Libye.

Ce centre d'une capacité de 70 places, géré par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), accueille en particulier des femmes et des enfants. Il est complet, à flux tendu. " [Ce] foyer est un peu surchargé", reconnaît Paola Pace, chargée d'affaires de l'OIM en Tunisie.

Le terme est faible pour Karime, qui assure qu'il y a de "plus en plus de monde". "Dans les chambres, nous sommes souvent cinq ou huit. Beaucoup de personnes arrivent et repartent. Ce n'est pas facile mais je fais avec car je n'ai pas le choix", explique la jeune femme à InfoMigrants.  Selon elle, des couples et des mineurs non accompagnés" sont également présents. La grande majorité vient d'Afrique subsaharienne.

Plus de 1 000 personnes sont arrivées depuis le début de l'année

Depuis le début de l'année, les autorités s'inquiètent d'un afflux de plus en plus important de migrants venant de Libye. Dans un document du Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l'ONU (HCR), datant du mois de juillet, l'ONU avance que "le nombre de nouveaux arrivants jusqu'à présent en 2019 (1 180) a déjà dépassé le chiffre total pour 2018 (1 188)."

>> À lire aussi : Tunisie : le nombre de migrants a doublé en un an

Pour le seul mois de juillet, le HCR précise que "164 ressortissants de pays tiers sont arrivés en Tunisie en provenance de Libye, [dont 24] par voie terrestre [et 140] par la mer."

Si les migrants rejoignent autant la Tunisie, c'est en partie parce qu'ils fuient les combats en Libye. Plusieurs frappes mortelles ont eu lieu ces dernières semaines dont une dans la ville de Morzouk, dans le sud du pays, dimanche 4 août, et une autre au sud de Tripoli, mardi 13 août. "La hausse d'arrivée de migrants est clairement une conséquence de la guerre", explique Charlie Yaxley, porte-parole du Haut commissariat des réfugiés à l'ONU (HCR) en Afrique, joint par InfoMigrants.

En première ligne, les centres d'accueil peinent à faire face. Outre l'OIM, le HCR - qui dispose de trois centres d'accueil, dont l'un à Médenine et de deux autres à Zarzis - se dit débordé.

>> À lire aussi : L'inextricable demande d'asile des migrants de La Marsa, "prisonniers" en Tunisie

Les deux autres centres de Zarzis sont complets aussi. "Le HCR a vu un nombre croissant de demandeurs d'asile et de réfugiés venir de Libye depuis le dernier trimestre de 2018. En raison de cette évolution, les abris temporaires du HCR fonctionnent actuellement à pleine capacité", déclare de son côté Siwar Bouraoui, une des directrices du HCR en Tunisie, jointe par InfoMigrants. 

Pour ne rien arranger, certains foyers de migrants ont fermé leurs portes. Un foyer de Médenine géré par le Croissant rouge tunisien et l'OIM a été clôt face aux plaintes récurrentes des occupants. Le centre de 80 places (il hébergeait plus de 200 personnes) était en effet pointé du doigt pour son manque de nourriture et de personnel, l'insalubrité des lieux et les mauvaises conditions d'hygiène.

Trouver des solutions

Face à la surpopulation des centres, l'ONU cherche des solutions. Paola Pace, chargée d'affaires de l'OIM en Tunisie, précise à InfoMigrants que "des négociations sont en cours avec les autorités locales pour ouvrir un autre centre en Tunisie". D'après elle, il devrait voir le jour prochainement, dans le gouvernorat de Tataouine, situé au sud-est du pays. "Nous devons augmenter la possibilité de subvenir aux besoins de ces migrants, tout en veillant à ne pas séparer les familles", détaille-t-elle.

>> À lire aussi : Tunisie : des migrants violentés et arrêtés lors d'une manifestation "pacifique" à Médenine

Depuis Tunis, Ben Amor Romdhane, membre de l'association FTDES, qui vient en aide, entre autres, aux migrants, explique que des associations cherchent partout de nouvelles places d'hébergement. "Les associations sont parfois obligées de louer des maisons pour héberger des migrants." Car les foyers - à Tunis et à Sfax, dans le centre du pays, notamment - sont trop petits. "Le plus important d'entre eux ne peut pas prendre en charge plus de 50 migrants. [Louer des maisons], c'est un moyen de pallier le manque de moyens des associations", affirme-t-il. 

D'après le HCR, les migrants actuellement présents en Tunisie sont pour la plupart ivoiriens (28%), érythréens (14%) et soudanais (12%).

*À la demande de l'intéressée, le nom a été changé.

Lancien centre daccueil de migrants du Croissant-rouge  Mdenine aujourdhui ferm Crdit  MSF

 

Et aussi