Karim (au centre, bras levé) a été désigné porte-parole des jeunes pour s'adresser à la préfecture. Crédit : Julia Dumont
Karim (au centre, bras levé) a été désigné porte-parole des jeunes pour s'adresser à la préfecture. Crédit : Julia Dumont

Plus d’une centaine de personnes ont manifesté mercredi dans les rues d’Orléans contre la fin de l’hébergement de 140 jeunes au 31 août. Ces jeunes étrangers sont arrivés mineurs en France. Mais à 18 ans, ils ne bénéficient plus d’une prise en charge. Alors que la plupart ont débuté une formation professionnelle, ils craignent de se retrouver à la rue.

Un soleil de plomb écrase la place du Martroi, en plein centre d’Orléans (Loiret), ce mercredi 21 août. Quelques jeunes se sont abrités à l’ombre de la gigantesque statue de Jeanne d’Arc qui trône au milieu de la place. Les plus téméraires ont installé de petites cages de football au pied de la statue et forment des équipes de quelques joueurs. Pour attirer un maximum de personnes, le collectif de soutien aux jeunes isolés étrangers du Loiret (Cojie) a organisé un match en introduction à la manifestation du jour.

Depuis plusieurs mois, le collectif milite contre la fin de l’hébergement le 31 août de 140 jeunes majeurs étrangers, âgés depuis peu de 18 ans. Il réclame au département et à la préfecture une poursuite de la prise en charge de ces jeunes, qui sont arrivés mineurs en France. À ce titre, ils avaient droit à une protection, un toit et un accompagnement. Beaucoup commençaient également à suivre une formation professionnelle.

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"Je prépare mon avenir"

C’est le cas de Karim qui a eu 18 ans le 1er janvier 2019. Il risque de se retrouver sans hébergement à la rentrée alors qu’il doit poursuivre sa formation en blanchisserie au lycée Paul Gauguin. Parti de Guinée à 16 ans, le jeune homme a transité par le Sénégal, le Maroc et l’Espagne avant d’arriver en France. Aujourd’hui appliqué dans ses études, il juge injuste la situation dans laquelle il se retrouve.

Quelques jeunes ont disputé un match de foot sur la p^lace du Martroi, à Orléans, mercredi 21 août, avant le début de la manifestation. Crédit : Julia Dumont"Ce n’est pas normal, on ne peut pas aller à l’école si on n’a pas d’hébergement. C’est important, moi je prépare mon avenir", s’indigne l’adolescent le front perlé de gouttes de sueur, encore essoufflé par le match de foot.  

Ce mercredi, il défile en tête du cortège qui doit relier la place du Martroi à la Préfecture du Loiret. Il s’est également proposé – avec deux autres adolescents – pour devenir le porte-parole des jeunes qui sont dans la même situation que lui auprès de la préfecture.

"Tout le monde est inquiet. Beaucoup sont découragés mais moi j’ai envie de me battre. C’est important", explique le jeune homme.

Karim a eu 18 ans le 1er janvier 2019. Il craint de perdre son appartement le 31 août alors qu'il doit faire sa rentrée au lycée début septembre. Crédit : Julia DumontAllocation jeunes majeurs

Les mineurs non-accompagnés sont confiés jusqu’à leur majorité à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) qui dépend du département. L’ASE prend en charge les jeunes tout juste devenus majeurs jusqu’à la fin de l’année scolaire : officiellement le 31 août.

Pour prendre le relais de l’ASE, la Préfecture du Loiret a l’habitude de proposer aux jeunes majeurs des solutions d’hébergement. Mais elle a indiqué en mai qu’elle ne renouvellerait pas ce système. Interrogée par InfoMigrants sur les raisons de cet arrêt, la représentation de l’État dans le département n’a pas souhaité s'exprimer.

Pour compenser la perte d’hébergement, le département propose aux jeunes majeurs une aide financière via le dispositif Allocation Jeunes Insertion Loiret (AJIL). Celui-ci leur permet de toucher une aide financière de 450 euros par mois. Pour Raynaldo Ruiz du Cojie, cette solution n’est pas satisfaisante. Car pour toucher l’allocation, il faut pouvoir remplir certaines conditions : ne pas avoir obtenu de diplôme, notamment.

"Nous, on dit, ok vous arrêtez la prise en charge et vous donner l’Ajil aux jeunes mais il faut quand même maintenir l’hébergement. Parce que sans ça, ils ne pourront pas poursuivre une scolarité correcte", ajoute-t-il.

Ouvrir des foyers de jeunes majeurs

Pour lui, la solution pourrait être de rouvrir des foyers de jeunes majeurs. "Avant, il existait des contrats jeunes majeurs qui prévoyaient que les jeunes puissent rester en foyer jusqu’à leur 21 ans." Mais le Conseil départemental du Loiret y a mis fin en 2014.

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Pour se défendre de délaisser les jeunes majeurs, le département dit concentrer son temps et son argent sur l’accompagnement des mineurs, toujours plus nombreux dans le département. "En 2018, 1325 jeunes ont sollicité le Loiret afin de bénéficier d’une prise en charge au titre de l’aide sociale à l’enfance [contre 985 en 2017]", explique le département.

Pour les jeunes manifestants, cet argument est inaudible et l’angoisse et l’incompréhension montent. Beaucoup de jeunes s’estiment pénalisés par ce système : alors qu’ils font de leur mieux pour suivre assidûment leurs études, l’État leur retire le droit d’avoir un toit.

Plusieurs dizaines de jeunes ont participé à la manifestation du 21 août en scandant : "Un toit, une école, des papiers, c'est un droit". Crédit : Julia DumontAlpha a eu 18 ans début juin. Depuis l’année dernière, l’adolescent aux cheveux décolorés suit une formation en hôtellerie au lycée hôtelier de l'Orléanais. À quelques jours de la rentrée des classes, il exprime avec colère son incompréhension.

"Je suis arrivé en France quand j’avais 15 ans. Pourquoi m’ont-ils gardé tout ce temps si c’était pour me faire partir maintenant ? Parce que là, s’ils me sortent [de mon hébergement], je reviens à la case départ. Comme si je venais d’arriver en France."

En fin de manifestation, Karim, les deux autres représentants des jeunes et des membres du Cojie ont finalement été reçus à la préfecture. Mais aucune décision ne devrait être prise avant le 26 août, date d’arrivée de Pierre Pouëssel, nouveau préfet de la région Centre-Val de Loire.

 

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