Sur son portable, Frédéric a toujours la photo de Zachée posant en tenue de foot. Crédit : Alcyone Wemaëre
Sur son portable, Frédéric a toujours la photo de Zachée posant en tenue de foot. Crédit : Alcyone Wemaëre

Le 24 juillet dernier, un jeune Camerounais se noyait sur une base de loisirs en Haute-Saône, en Franche-Comté. Après avoir traversé la Libye et la Méditerranée, il venait d’être reconnu mineur en France. Pour connaître son histoire, au delà du simple fait divers, InfoMigrants est allé à la rencontre de ceux qui étaient devenus sa famille à Besançon.

Sur la table de la terrasse, une pile de feuilles A4, menacent de s'envoler sous l'effet de la bise. Mais Noëlle et Frédéric sont attentifs: ce sont les copies de Zachée, le jeune migrant camerounais qui a vécu ici, à Besançon, chez Frédéric, d'avril à juillet. Tous deux membres du collectif Sol Mi Ré (Solidarité Migrants Réfugiés), admirent son écriture régulière.

"Il était très demandeur pour qu'on l'aide à faire ses devoirs", se souvient Frédéric en évoquant son appétit pour l'histoire et sa persévérance à apprendre les divisions. "C'était quelqu'un qui savait ce qu'il voulait. Et ce qu'il voulait, c’était aller à l'école".

Les devoirs et les cours de Zache scolaris  Besanon davril  juin Crdit  AWZachée, qui ne savait pas nager, a été retrouvé mort noyé le 24 juillet 2019, sur la base de Loisirs de Bonal, en Haute-Saône où il était en colonie de vacances avec toute une bande d'ados. Il aurait mis les pieds dans l'eau avant d'aller reposer quelque chose sur le bord. Ensuite, plus personne ne l'a vu. Que s'est-il passé? Une information judiciaire contre X pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger a été ouverte car la baignade était surveillée.

Mourir noyé, un jour de vacances, l'été de ses 14 ans, un an après avoir réchappé à une traversée de la Méditerranée entassé "à 140 dans un zodiac" : terrible parallèle que refusent de faire Frédéric, Noëlle et Jany, qui a, elle aussi, hébergé Zachée. "Depuis sa mort, je pense à lui autant avec un sourire qu'avec de la tristesse", confie-t-elle.

Les notes manuscrites de Zache  propos de son stage en ferronnerie effectu en juin AW"Il allait rester dans nos vies, c'était une évidence"

Chacun montre sur son portable des photos de Zachée : on le voit posant fièrement dans sa chambre en tenue de foot ou assoupi sur une chaise après avoir porté plus de cartons que n'importe qui lors d'un déménagement.

Arrivé d'Italie en mars dernier et sorti de la rue par Sol Mi Ré, Zachée s'était fait en quelques mois une vie à Besançon. Pour la rentrée, il cherchait une équipe de foot mais aussi un temple car il était protestant. Il voulait aussi aller à la pêche et à la patinoire. "Dans ma tête, on allait faire tout ça", raconte Jany. "Il allait rester dans nos vies, c'était une évidence. Et ça venait de lui".

Zachée rêvait d'une vie "tranquille" en France. Ces derniers temps, tout semblait aller vers le mieux : non reconnu mineur à son arrivée, il avait finalement obtenu gain de cause devant la justice début juillet 2019. Depuis avril, il allait aussi au collège Albert Camus. Arrivé parmi les derniers dans l'unité pour élèves allophones arrivants, il avait pourtant été admis en juin dans le CAP de son choix : "chaudronnerie soudage".

Frdric qui a hberg Zache plusieurs mois regarde avec Nolle les copies de Zache AWAvant sa venue en France, Zachée n'avait pas été ménagé par la vie. Il avait quitté le Cameroun en janvier 2018, à l'âge de 13 ans. Sur sa vie là-bas, il était peu loquace. Mais son "récit de vie", écrit en avril dernier pour convaincre la juge pour enfants qu'il était bien mineur, a comblé certains silences. L'éducation y apparaît comme le fil de son histoire: "son projet, c'était l'école", rappelle encore Jany.

"J'ai été élevé par ma grand-mère et je suis allé à l'école jusqu'au CM2, l'école était payée par mon oncle […]", écrit-il dès les premières lignes. A la mort de cet oncle, sa grand-mère, incapable de payer le collège à Zachée, confie son éducation à une tante qui vit en Algérie. Mais, malgré son insistance, Zachée ne mettra jamais les pieds à l'école à Oran. Quelques mois plus tard, la tante persuade un passeur d'emmener Zachée avec un groupe de migrants en Libye pour rejoindre l'Europe.

"Azalée, avec un "z" comme Zachée" 

Plus loin dans son récit, après des passages très durs sur sa traversée de la Libye - "un mois enfermé dans une grande maison, sans lumière, et presque sans manger" - et sur sa traversée de la Méditerranée, Zachée évoque de nouveau son désir de scolarisation. Il déplore ainsi que dans "le campo" (centre d'accueil) où il a atterri en Italie, il n'y ait "pas d'école, seulement quelques cours d'italien où je ne comprenais rien". C'est ainsi que, francophone, il se décide à partir pour Besançon.

Le 7 septembre prochain, un hommage à Zachée est prévu à Besançon, "le premier samedi de la rentrée, quand tout le monde sera là". 

Alors que le corps de Zachée a été rapatrié et inhumé au Cameroun, Frédéric a planté une azalée dans le potager où Zachée l'aidait souvent. "Azalée, avec un "z" comme Zachée".

Lazale plant par Frdric dans son potager en hommage  Zache AW

 

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