Image d'archives de migrants secourus après le naufrage de leur embarcation. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants secourus après le naufrage de leur embarcation. Crédit : Reuters

L’attaque de Villeurbanne par un réfugié afghan instable psychologiquement a mis en lumière le difficile accès des migrants aux soins psychologiques. Mauvaise connaissance de la profession, impossibilité de suivi… sont autant de facteurs qui, sans bonne prise en charge, accentuent la détresse des migrants.

L’attaque au couteau de Villeurbanne perpétrée par un réfugié afghan samedi 31 août a mis en lumière une accumulation de facteurs qui fragilisent psychologiquement certains exilés.

L’homme d’une trentaine d’années soupçonné d’avoir tué une personne et blessé huit autres, mis en examen lundi notamment pour "assassinat", avait été évalué durant le week-end dans un "état psychotique envahissant avec délires paranoïdes à thématiques multiples".

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Un passage à l’acte qui "n’étonne malheureusement pas" Valérie Abjean, cheffe de service au centre de santé mentale de Forum réfugié, association qui hébergeait le suspect depuis 2017.

Accumulation de facteurs

"Ce sont des personnes qui ont vécu des choses traumatisantes. Il y a une accumulation, entre des parcours très erratiques, le manque de repères et les choses très violentes auxquelles elles ont été confrontées", explique Valérie Abjean, qui gère ce centre destiné aux "exilés en souffrance psychologique", "victimes de violences extrêmes dans leur pays d’origine".

L'assaillant aurait pu être pris en charge dans son centre, mais il a refusé l'aide proposée après avoir été redirigé là par des travailleurs sociaux du centre d'hébergement.

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Comme l’avait expliqué en 2017 à InfoMigrants la psychologue Sophie Mothiron, la notion de santé mentale est parfois peu connue des migrants. "Dans certains pays, la profession de psychologue n’existe pas ou est peu connue", explique-t-elle. "Dans d’autres cas, aller voir un psychologue peut être tabou voire honteux".

L’absence de suivi est également un facteur qui empêche une prise en charge psychologique. Les migrants sont très souvent en mouvement, ils ne restent qu’un temps en CAO ou en CADA. Ainsi, une séance avec un psychologue ou un psychiatre est rarement reconduite. Or, "les traumatismes sont tellement grands qu’une séance ne suffit pas", insiste Sophie Mothiron. Le cas de l’assaillant de Villeurbanne en est d’ailleurs un exemple : l’homme était est entré une première fois en France en tant que mineur en 2009. Ensuite, il a successivement été enregistré en Italie (2014), en Allemagne (2015) et en Norvège (2016), avant de revenir dans l'Hexagone en juin 2016.

Désillusion

Hormis les souffrances vécues dans leur pays d’origine ou sur la route de l’exil, l’isolement dans les pays européens provoque chez les migrants un état dépressif qui peut engendrer un repli sur soi voire des tentations suicidaires. "Pour beaucoup d’entre eux, la France est la patrie des droits de l’Homme. Or, ils se rendent vite compte qu’il n’y a pas de véritable accueil ici. Au contraire, on les met dans une position d’attente", analyse Jean-Pierre Martin, psychiatre consultant pour Médecins du monde (MDM).

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Cette situation est une violence supplémentaire qui laisse réapparaître les précédents chocs traumatiques - ce qu’on appelle aussi le syndrome post-traumatique. Dans ce genre de cas, la thérapie nécessite donc du temps avec chacun d’eux. Or, c’est là que le bât blesse. Pour Jean-Pierre Martin, le rôle qu’il peut avoir est de fait limité : "Sans prendre le temps, nous ne pouvons pas faire un réel travail de psychiatrie ou de psychologie mais seulement d’écoute".

De plus, les structures d’accueil pour ce type de consultations et de suivi manquent. Celles qui existent déjà se disent saturées. Le psychiatre de MDM qui reçoit chaque jeudi quatre à cinq migrants préconise de créer des lieux d’accueil adéquat avec un psychologue ou psychiatre présent dans la durée. "Même ceux qui ne présentent pas de troubles – ce qui est très rare – ont besoin d’un suivi prolongé", assure-t-il. Sophie Mothiron est du même avis. Selon elle, il faut développer des dispositifs spécifiques : des petites structures mieux adaptées au public migrant.

 

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