La France a expulsé moins de 20 migrants afghans vers Kaboul en 2018. Crédit : Picture Alliance
La France a expulsé moins de 20 migrants afghans vers Kaboul en 2018. Crédit : Picture Alliance

InfoMigrants a appris l’expulsion programmée de deux migrants afghans de la France vers l’Afghanistan en septembre. Il pourrait s’agir d’une première pour 2019. Paris "entend augmenter" les renvois de ressortissants afghans cette année.

Deux migrants afghans actuellement en centre de rétention administrative (CRA) au Mesnil-Amelot (région parisienne) et à Rennes (Bretagne) sont sous le coup d’un arrêté d’expulsion vers l’Afghanistan a appris InfoMigrants auprès de sources gouvernementales afghanes. Leur éloignement doit avoir lieu les 7 et 18 septembre, a confirmé la Cimade présente dans ces deux CRA.

Si ces deux expulsions vers Kaboul ont bien lieu, il s’agirait des premiers renvois forcés vers l’Afghanistan - dont on ait connaissance - pour l’année 2019. Jusqu’ici les seuls chiffres rendus publics dans un rapport sénatorial faisaient état de "moins de 20 expulsions vers l’Afghanistan en 2018".

La France "entend augmenter" les expulsions en 2019

Ces nouvelles expulsions pourraient marquer un tournant dans la politique française de renvois forcés vers Kaboul. D’autant qu’elles coïncident avec l’examen par l’Assemblée nationale le 18 septembre d’un projet de loi visant à ratifier un accord entre l’Union européenne et l’Afghanistan.

L’article 28 de cet accord comporte un volet sur la coopération en matière d’immigration en vue "d’empêcher les flux irréguliers", relève Lola Schulmann, responsable de la question des migrants et des réfugiés à Amnesty International. L’ONG craint que ce dispositif ne facilite les renvois forcés de ressortissants afghans.

Des craintes justifiées, puisque lors de la présentation de l’accord au Sénat, le rapporteur du projet de loi a expliqué que la France "entend[ait] augmenter" ces renvois forcés en 2019.

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Une situation sécuritaire dégradée en Afghanistan

"La situation en Afghanistan est toujours aussi catastrophique pour les civils et empêche de considérer le pays comme sûr. Dans un tel contexte, les renvois forcés d'Afghans sont illégaux et violent le principe de non refoulement, lequel interdit tout renvoi d'une personne qui l'exposerait à des violations graves de ses droits", avait pourtant alerté Amnesty, aux côtés de la Cimade en juin.

Il en va de même pour ces deux nouveaux cas. Les conditions sécuritaires déjà désastreuses continuent de se dégrader en Afghanistan. "L’Afghanistan est l’un des pays les plus touchés au monde par le terrorisme. Environ 2 000 incidents de sécurité sont comptabilisés chaque mois dans le pays", indique le ministère des Affaires étrangères français sur son site.

Près de 1 692 civils ont été tués dans des attentats l’an dernier, recense l’ONU qui comptabilise les victimes. Ainsi 2018 marque l’année la plus meurtrière pour les civils afghans depuis 2009.

Face à cette situation, la Cimade et Amnesty internationale réclament un moratoire de la France sur les renvois forcés de ressortissants afghans vers Kaboul. En attendant, ces associations continuent d’alerter les autorités françaises sur les cas individuels qui lui sont signalés. Elles ont saisi le ministère de l’Intérieur pour les deux Afghans menacés d’expulsion en septembre.

>> À lire sur InfoMigrants : De Leipzig à Kaboul, à bord d'un avion qui expulse des migrants vers l'Afghanistan

Contacté par InfoMigrants, le ministère de l’Intérieur n’a, pour l'heure, pas répondu à nos sollicitations.


Mise à jour du 09 septembre 2019 : Le ministère de l'Intérieur a répondu aux questions d'InfoMigrants et a confirmé "que des éloignements contraints vers l'Afghanistan" ont bien lieu. Elle précise toutefois qu'ils restent "rares" et moins nombreux que pour d'autres pays européens, comme l'Allemagne. Ainsi, en 2017 on dénombre 11 expulsions vers Kaboul et 11 également en 2018.

 

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