L'entrée du squat St-Just à Marseille. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
L'entrée du squat St-Just à Marseille. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

Ouvert en décembre 2018, le squat 59 St-Just à Marseille ne peut plus accueillir de migrants, même mineurs. Sans solution de logement, près de 300 migrants et demandeurs d’asile y vivent en communauté. Parmi eux, on dénombre au moins 130 mineurs qui devraient être pris en charge par le département.

Malgré les menaces d’évacuation qui pèsent, le squat 59 St-Just à Marseille est plus complet que jamais. Alors que plus de 280 migrants y avaient déjà élu domicile, une dizaine de mineurs non accompagnés s’y sont présentés fin août, au grand dam des bénévoles qui sont désormais contraints de refuser les demandes d’hébergement.

“On est arrivés à totale saturation, c’est dramatique !”, s’exclame Armand, l’un des bénévoles du collectif 59 St-Just, joint par InfoMigrants. “Nous n'avons plus la possibilité de donner un accueil digne [aux migrants qui arrivent]. On ne peut pas les remettre à la rue. La seule solution qu'ils ont est de rester à St-Just pour se restaurer, avoir une écoute, mais ils doivent dormir sur une chaise ou à même le sol”, se désolent les bénévoles.

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Tous les jeunes arrivés à St-Just la semaine dernière sont des Africains d’origine subsaharienne et sont âgés entre 15 et 17 ans, selon Armand. “Je les sens désespérés. Ils croyaient être arrivés au bout du voyage, mais ce ne sont que des obstacles qui les attendent ici”, regrette-t-il.

Enceinte à 17 ans et à la rue

Quelques jours avant l’arrivée de ce groupe de jeunes, le collectif avait déjà dû fermer la porte, mi-août, à une jeune Nigériane de 17 ans, enceinte et à la rue depuis une dizaine de jours. “Elle est hors de danger”, affirme le département des Bouches-du-Rhône qui a indiqué à InfoMigrants qu’elle avait été finalement prise en charge le 26 août dans un foyer mère-enfant.

Le squat St-Just compte actuellement plus de 130 mineurs dont au moins 24 font l’objet d’une ordonnance de placement judiciaire délivrée par le juge des enfants. Ce document doit, en théorie, permettre la prise en charge globale du mineur : hébergement, scolarisation, suivi sanitaire et social etc.

Mais en pratique, à Marseille, on en est loin. Faute de places suffisantes pour les mineurs au sein du département, bon nombre d’entre eux se retrouvent à la rue et parfois même aux prises de réseaux mafieux. “En moyenne, un jeune qui arrive est dans la rue deux ou trois mois au moins en attendant l’évaluation [de sa minorité]. Puis il passe en moyenne trois ou quatre semaines dans un hôtel avant de bénéficier d’une vraie prise en charge”, explique Anne Gautier militante du Réseau Éducation Sans Frontière (RESF) à Marseille.

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Ces mois à la rue peuvent s'avérer particulièrement lourds de conséquences. Dans un rapport publié l’année dernière, la Mission Mineurs Non-Accompagnés (MMNA) du ministère de la Justice dresse le constat “de l’implication croissante de MNA dans des faits de délinquance.” Le document d’une trentaine de pages présente ces mineurs comme “des enfants en errance, déjà en difficultés dans leur pays d’origine et souvent repérés par des réseaux pour commettre des délits”, peut-on lire. “Fréquemment [vendeurs ou] consommateurs de produits stupéfiants, ils sont aussi très souvent des victimes de trafic d’êtres humains”.

C’est ce que craint particulièrement Armand qui depuis plusieurs voient les mineurs continuer d’affluer au squat sans pouvoir leur offrir un hébergement. “Soit ils dorment dehors, soit ils retournent à la gare. C’est le lieu central où les jeunes se retrouvent et aussi où ils sont souvent repérés [par les réseaux mafieux]”.

500 nouvelles places d’hébergement

Le collectif 59 St-Just affirme avoir envoyé des fiches de signalement des dix nouveaux mineurs à l’ADDAP13 ainsi qu’au département restées sans réponse.

De con côté, le Département des Bouches-du-Rhône n’a pas confirmé la réceptions desdites fiches de signalement, mais a “accusé réception au collectif le 27 août de la liste des 24 jeunes sous OPP transmise, et leur ont indiqué qu’ils seraient pris en charge dès que possible”, a indiqué un porte-parole à InfoMigrants.

Interrogé sur les retards de traitement des dossiers et les nombreux mineurs à la rue, le Département a estimé “qu’il n’était pas utile de répondre à cette question”. Il souligne, en revanche, que tout est mis en oeuvre pour “accueillir dans les meilleurs délais tous les mineurs isolés étrangers qui sont confiés aux services départementaux.” Ces derniers continuent d’ailleurs de “travailler à la création de places d’accueil nouvelles”. Selon le porte-parole, quelque 500 places pour mineurs seront déployées progressivement d’ici la fin de l’année 2019 et courant de l’année 2020.

Au 31 juillet, 1 003 jeunes migrants étaient placés sous la responsabilité du Département des Bouches-du-Rhône et 127 autres en attente d’évaluation sociale, soit 1 130 connus et identifiés.

 

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