La ministre italienne de l'Intérieur, Luciana Lamorgese, lors de la cérémonie d'assermentation du nouveau gouvernement au palais présidentiel Quirinale à Rome, le 5 septembre 2019. Crédit : Reuters
La ministre italienne de l'Intérieur, Luciana Lamorgese, lors de la cérémonie d'assermentation du nouveau gouvernement au palais présidentiel Quirinale à Rome, le 5 septembre 2019. Crédit : Reuters

Luciana Lamorgese, une avocate discrète, sans étiquette politique et avec une longue carrière administrative a été nommée pour succéder à Matteo Salvini au ministère de l’Intérieur italien. Un grand changement de style est à prévoir, mais pas forcément de ligne politique. Portrait.

Ni de gauche, ni de droite, on la décrit comme “une technicienne”. À 65 ans, Luciana Lamorgese entame son premier mandat politique par la grande porte : celle du ministère de l’Intérieur italien.

La tâche s’annonce des plus délicates : succéder à Matteo Salvini et sa politique migratoire ultra conservatrice. “Luciana Lamorgese a été imposée par le président Mattarella car il a voulu ‘dénucléariser’ le ministère de l’Intérieur et particulièrement la politique migratoire après le passage de Salvini”, commente Paolo Modugno, enseignant à Sciences Po, spécialiste de l’Italie, joint par InfoMigrants.

Il faut dire qu’en 14 mois de service, l’ancien ministre et chef de file de la Ligue (extrême droite) a enchaîné les mesures controversées en matière d’immigration. À commencer par la fermeture des ports italiens aux navires humanitaires portant secours au migrants en détresse en Méditerranée. Matteo Salvini a également fait adopter deux décrets sécuritaires lui accordant des pouvoirs élargis pour interdire les eaux territoriales aux ONG, permettant aussi de confisquer les bateaux humanitaires et imposant à leurs commandants des amendes pouvant aller jusqu'à 1 million d'euros.

Au moment de signer le dernier décret-loi, quelques jours avant l’implosion de la coalition gouvernementale début août, le président de la République Sergio Mattarella avait signifié son opposition à deux points du texte dans une lettre adressée au Parlement, demandant en substance de les faire disparaître. Il avait également rappelé que "l'obligation" de sauver des vies en danger en mer prévalait sur toutes les autres considérations. Il a aussi souligné qu'une récente décision de la Cour constitutionnelle affirmait qu'une amende de 1 million d'euros était comparable à une sanction pénale.

Une femme "discrète et dans l’action"

“Le premier enjeu de Luciana Lamorgese va être de revenir sur ce fameux décret-loi très controversé, sachant que la nouvelle coalition au pouvoir est divisée : le Parti démocrate (PD) demande son abolition, mais Luigi di Mayo du Mouvement 5 étoiles (M5S), lui, refuse catégoriquement”, explique Paolo Modugno. “Mais Luciana Lamorgese est très habile, elle a par le passé travaillé dans l’ombre de deux ministres de l’Intérieur, elle fait partie de ces grands commis de l’État qui sont discrets et dans l’action”, poursuit-il.

Avocate de formation, la nouvelle ministre a, en effet, une longue carrière administrative à son actif : elle a successivement été nommée préfète de Varese, de Venise puis de Milan, la deuxième ville d’Italie. En octobre 2018, elle prend sa retraite du corps préfectoral et intègre le Conseil d'État où elle siégera jusqu’à sa nomination au ministère de l’Intérieur le 4 septembre 2019.

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Les questions sécuritaires et migratoires ont également déjà été au cœur de son agenda en tant que chef de cabinet du ministre de l’Intérieur Angelino Alfano (droite) à partir de 2013. Elle sera reconduite à ce poste en 2016 lorsque Marco Minniti prend les rênes du ministère.

Elle suivra, à cette époque, un dossier de très près : celui de l’accord signé entre l’Italie et la Libye le 2 février 2017 prévoyant de fournir aux garde-côtes libyens “argent et soutien technique” pour “freiner” le flux migratoire menant en Europe et notamment en Italie.

Arrondir les angles et renouer le dialogue avec l’UE

Discrète et même absente des réseaux sociaux, son style semble être en totale opposition avec celui de Matteo Salvini. Pour autant, “on ne peut pas s’attendre à un virage à gauche ou à un changement drastique de politique migratoire. Il y a fort à parier qu’elle va suivre la ligne politique déjà tracée en essayant d’arrondir les angles et de renouer le dialogue, avec l’UE notamment”, estime Paolo Modugno.

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Tout au long de son mandat, Matteo Salvini a entretenu des relations tendues avec Bruxelles et les principales capitales de l'Union européenne (UE), les accusant de vouloir faire de l'Italie "le camps de réfugiés" de l'Europe entière. Une position que Giuseppe Conte, le chef du gouvernement reconduit, compte bien balayer d’un revers de manche grâce à sa nouvelle arme diplomatique : Luciana Lamorgese. "Nous devons reprendre les négociations avec l'UE pour dépasser le règlement de Dublin et pour parvenir finalement à une gestion européenne du problème de l'immigration", a-t-il déclaré lundi sur sa page Facebook.

“Elle connaît bien les dossiers de l’Intérieur. Sa force c’est qu’elle est parfaitement capable de les dépolitiser”, analyse Paolo Modugno. “Elle saura garder une ligne de fermeté tout en faisant accepter en douceur aux autres pays européens l’idée d’une répartition plus équitable des migrants au sein de l’UE.”

Luciana Lamorgese qui n’a pas encore pris la parole publiquement devrait avoir très prochainement tout le loisir de s’illustrer. Un sommet sur l’immigration est organisé le 19 septembre à Malte afin de parvenir à un accord de répartition des migrants arrivant dans l’UE, principalement via l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Lors d'une réunion de travail fin juillet à Paris, 14 pays européens avaient donné leur accord, dont huit "de manière active", pour mettre en oeuvre un "mécanisme de solidarité".

 

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