Ces jeunes migrants tunisiens secourus fin août par le navire Alan Kurdi ont été débarqués à Malte pour raisons médicales le 9 septembre. Crédit : Reuters
Ces jeunes migrants tunisiens secourus fin août par le navire Alan Kurdi ont été débarqués à Malte pour raisons médicales le 9 septembre. Crédit : Reuters

Un troisième rescapé du Alan Kurdi a tenté de se jeter à l’eau, dimanche 8 septembre, pour rejoindre les côtes européennes alors qu’il ne sait pas nager. Le jeune homme a finalement été débarqué à Malte, aux côtés de deux aux autres rescapés instables, afin d’être pris en charge. Cinq migrants se trouvent toujours à bord.

Bloqué depuis des jours à bord du navire humanitaire Alan Kurdi de l’ONG Sea-Eye, un migrant mineur a essayé, dimanche 8 septembre, de sauter à la mer dans le but de rejoindre les côtes maltaises à la nage. Un geste “désespéré” considéré par l’équipage comme “une tentative de suicide”, le jeune homme ne sachant pas nager.

Le navire est stationné non loin des côtes maltaises, dans les eaux internationales, à une trentaine de kilomètres.

Le mineur est un Tunisien de 17 ans montrant des signes "d'anorexie, d'instabilité mentale croissante, de dépression et d'agressivité", rapporte le journal local Times of Malta. “Il faisait des crises d’angoisse à répétition et avait un comportement très agressif envers lui-même et envers les autres”, précise un porte-parole de Sea-Eye, contacté par InfoMigrants. “Il était en état de choc, il tremblait et ne se souvenait même pas de ce qu’il venir de faire”, poursuit-il.


Le jeune homme fait partie du groupe de 13 migrants secourus le 31 août dernier par le Alan Kurdi. Partis de Tunisie sur une barque en bois, ils avaient été pris en charge à 63 kilomètres de l’île italienne de Lampedusa par l’équipage de l’ONG allemande. "Aucun d’entre eux ne portaient de gilets de sauvetage lorsqu’ils ont été sauvés", avait déclaré Sea-Eye au moment du sauvetage.

Après s’être vu notifier l’interdiction d’accoster en Italie par Rome, le navire humanitaire a pris la direction de Malte, où les autorités ont accepté de les prendre en charge, avant de se rétracter quelques heures plus tard - après avoir demandé la nationalité des passagers à bord.

Depuis, les autorités maltaises ont accepté jeudi 5 septembre l’évacuation de deux mineurs. "Notre équipe médicale a donné l’alerte après avoir jugé que ces deux jeunes devaient être évacués à cause de la dégradation de leur état de santé psychologique. Ils avaient des pensées suicidaires", a indiqué à InfoMigrants Jan Ribbeck, chef de mission à bord du Alan Kurdi.

Le lendemain, le vendredi, ce sont deux mineurs et un adulte qui ont été autorisés à débarquer, étant également considérés comme instables psychologiquement.

Cinq migrants toujours à bord "proches de la crise de nerfs"

Puis dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 septembre, trois autres jeunes, dont celui qui a tenté de se jeter par dessus le bord, ont été évacués, a annoncé Sea-Eye. “Nous sommes heureux de voir que tous les rescapés qui ont des idées suicidaires ou des comportements violents ont enfin pu être débarqués à Malte”, a déclaré le porte-parole de Sea-Eye joint par InfoMigrants. Ce dernier précise que les jeunes ont été accueillis dans un centre pour mineurs non-accompagnés.

Cinq migrants demeurent, toutefois, à bord du navire. “Ils sont proches de la crise de nerfs, notre médecin l’a confirmé”, indique le porte-parole. “Nous ne comprenons vraiment pas à quoi joue le gouvernement maltais en permettant de débarquer les rescapés au compte-goutte, laissant les autres à bord dans le désespoir.”

Le président de Sea-Eye, Gordon Isler, a déclaré que son ONG avait saisi un tribunal maltais dans l'espoir que les juges forcent les autorités maltaises à agir. "Pourquoi ce danger, cette humiliation et ces souffrances inutiles ?", a-t-il questionné.

Ces derniers mois, l'Italie et Malte ont presque systématiquement rejeté les navires humanitaires de sauvetage, réclamant la mise en place d’un système de répartition des migrants secourus en mer au sein de l’Union européenne. Lors d'une réunion de travail fin juillet à Paris, 14 pays européens avaient donné leur accord, dont huit "de manière active", pour mettre en oeuvre un "mécanisme de solidarité". Un nouveau sommet sur l’immigration est organisé le 19 septembre à Malte pour tenter de faire progresser la question.


 

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