Le Sea Watch, face au port de Lampedusa, le 26 juin 2019. Crédit : Reuters
Le Sea Watch, face au port de Lampedusa, le 26 juin 2019. Crédit : Reuters

De nombreuses ONG d’aide aux migrants s’offusquent des pressions politiques qu’ils disent subir lors de leur mission de sauvetage en mer Méditerranée. Plusieurs d’entre elles ont vu leurs bateaux saisis, parfois pendant des années, et leurs capitaines envoyés sur le banc des accusés. InfoMigrants fait le point sur les bateaux humanitaires dans le collimateur de la justice.

Si deux navires humanitaires, l'Ocean Viking et le Alan Kurdi, sont actuellement présents dans la zone de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée, pour porter assistance aux migrants en détresse, d'autres ne peuvent plus retourner en mer. Qui sont-ils et pourquoi ont-ils été arrêtés ?

Mare Jonio

Le bateau humanitaire, affrété par un collectif italien de gauche, l'ONG Mediterranea Saving Humans, a été saisi par les autorités italiennes début septembre. Le parquet d'Agrigente, en Sicile, a ouvert une enquête contre X pour aide à l'immigration clandestine.

Le bateau à l'ancre près de l'île de Lampedusa (sud de la Sicile) avait secouru 98 personnes au large de la Libye, dont 67 (femmes, enfants, personnes malades) ont été débarquées en Italie.

L'ONG a affirmé sur les réseaux sociaux que son bateau était entré dans les eaux territoriales italiennes "avec l'autorisation formelle des garde-côtes", en ajoutant qu'il s'agissait de "l'ultime vendetta de ceux qui ne tolèrent pas que l'humanité puisse prévaloir".

L’Eleonore

Le navire de l’ONG allemande Lifeline a été saisi au début du mois de septembre par les autorités italiennes. Il est immobilisé à Pozzallo, en Sicile. Il est accusé d’avoir violé l’interdiction d’entrée dans les eaux territoriales de l’Italie, au sud de la Sicile.

L’Eleonore est un nouveau navire, mesurant 20 mètres. Il avait secouru près de cent personnes fin août. Le bateau avait décidé de forcer les eaux territoriales italiennes après avoir subi un violent orage en Méditerranée. Il effectuait sa première mission en mer Méditerranée.

L’Open arms

Le navire espagnol de l’ONG éponyme a été immobilisé par l’Italie, à la fin du mois d’août, puis mis sous séquestre. Cette immobilisation en Sicile a eu lieu après le débarquement de 83 migrants secourus, plus tôt, en mer Méditerranée.

L'Open Arms, avait déjà était bloqué deux fois : au mois de janvier 2019 à Barcelone par les autorités espagnoles et au printemps 2018, quand le bateau a été placé un mois sous séquestre en Italie.

Lifeline

Le navire humanitaire, du même nom que l’ONG, est immobilisé depuis le mois de juin 2018 dans le port de La Valette, à Malte. Il était arrivé avec quelque 230 migrants à son bord.

Le bateau a été mis sous séquestre pour les besoins d'une enquête ouverte à l'encontre du capitaine, Claus-Peter Reisch, coupable selon le Premier ministre maltais Joseph Muscat d'avoir "agi contre les lois internationales" en accostant à Malte. Les autorités maltaises et italiennes l'accusent d'avoir enfreint les règles en refusant notamment de se plier aux ordres des gardes-côtes libyens.

Claus-Peter Reisch a déjà été condamné à payer une forte amende pour des questions administratives relatives à l'immatriculation du navire, qui bat pavillon néerlandais. Il a fait appel de la décision.

Claus-Peter Reisch est également le capitaine de l'Eleonore.

Sea Watch 3

Le navire allemand, de l’ONG Sea Watch, est immobilisé en Sicile depuis la fin du mois de juin 2019.

La capitaine du bateau, Carola Rackete a été arrêtée par la police italienne. Elle est accusée d’être entrée en force dans le port italien de Lampedusa, en Sicile, pour y débarquer des migrants secourus en mer.

La justice l’a libérée, arguant qu’elle effectuait une opération de sauvetage en mer et que dès lors, le décret-loi lui interdisant l’entrée dans les eaux italiennes, n’était pas applicable.

Elle attend désormais son procès pour complicité à l’immigration illégale, à l’instar d’une autre capitaine, Pia Klemp.

Iuventa

Le Iuventa, de l'ONG Allemande Jugen Rettet, a été saisi par les autorités italiennes depuis le mois d’août 2017. Il est accusé "d'aide à l'immigration clandestine". La Cour de Cassation italienne a rejeté en avril 2018 la demande de Jugend Rettet de lever le séquestre sur leur navire. Le bateau est retenu dans le port de Trapani, en Sicile.

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Les navires qui ont cessé leur mission :

-Le navire Sea Eye, de l'ONG éponyme, stationné à Hambourg, n’est plus en circulation et devrait être utilisé comme navire d'exposition.

-Le navire Seefuchs, de l'ONG Sea Eye, a cessé ses activités de sauvetage et a été "cédé à une autre organisation", précise l’ONG Sea-Eye. "Il est probable que le nom [du navire] ait été modifié par ses nouveaux propriétaires".

-L'Aquarius, de l'ONG SOS Méditerranée, a cessé sa mission au mois de décembre 2018. Frédéric Penard, le directeur des opérations avait déploré "les attaques incessantes dont le navire et ses équipes ont fait l’objet".

-Le Vos Hestia, de l’ONG Save the Children, a cessé sa mission en octobre 2017.

-Le Minden, de l'ONG Lifeboat, a cessé sa mission depuis l'été dernier.

-Le Golfo Azzurro, de l’ONG ProActiva, a cessé sa mission depuis l’été dernier.

-Le Prudence de Médecins sans frontières, a cessé sa mission en octobre 2017.

-Le Phoenix, de l’ONG Moas, est parti l’été dernier porter secours aux Rohingyas au large de la Birmanie.


 

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