Beaucoup de femmes ne se sentent pas en sécurité dans les centres d’accueil allemands. Photo: Picture-alliance/dpa/J.K.Hildenbrand
Beaucoup de femmes ne se sentent pas en sécurité dans les centres d’accueil allemands. Photo: Picture-alliance/dpa/J.K.Hildenbrand

Pour les défenseurs des droits des femmes en Allemagne, les autorités ne font pas assez pour protéger les femmes contre les violences sexuelles dans les centres d’accueil.

Depuis le décès d’une demandeuse d’asile kenyane de 32 ans, dont le corps a été retrouvé près du centre d’accueil dans lequel elle vivait avec ses deux enfants, la question de la sécurité des femmes dans ces centres fait débat en Allemagne. Ce niveau de sécurité serait clairement insuffisant selon des activistes et des défenseurs des droits des femmes.

Une femme manifeste après la mort d’une demandeuse d’asile kenyane à Potsdam, le 27 août 2018Un tiers des demandeurs d’asile sont des femmes

Les femmes ont représenté près de 35% des personnes ayant déposé une demande d’asile en Allemagne entre 2015 et 2018. D’après plusieurs études, il est plus difficiles pour les femmes migrantes de s’intégrer en Allemagne. Elles ont moins de chances de trouver un emploi que les hommes. Aussi, elles interagissent moins avec la population locale. Dans les centres d’accueil, où les demandeurs d’asile sont susceptibles de rester jusqu’à 18 mois, beaucoup de femmes disent ne pas se sentir en sécurité, notamment celles qui vivent seules avec des enfants. 

"Pour les femmes, il existe toujours le risque de violences sexuelles ou d’harcèlement, assure l’activiste Elizabeth Ngari de l’association Femmes en exil. Beaucoup d’entre elles ne se sentent pas en sécurité parce qu’il n’y a pas d’espace d’intimité".

Deux tiers des demandeurs d’asile en Allemagne sont des hommes. | Photo: Picture-alliance/dpa/D.Karmann"Les grands centres d’accueil - comme les 'centres d’ancrage' - favorisent la violence et sont un terreau fertile pour de potentiels conflits", affirme Simone Eiler de "We talk!", un projet qui aide les femmes réfugiées en Bavière.

Les agresseurs sont soit d’autres demandeurs d’asile, soit du personnel travaillant dans les centres, notamment les agents de sécurité qui sont essentiellement des hommes. Selon la police fédérale allemande, 98,7% des réfugiés ou demandeurs d’asile accusés d’avoir commis un crime sexuel en 2018 sont des hommes.

Selon l’auteur d’une étude sur les conflits dans les centres d’accueil, la manière dont ces lieux fonctionnent crée souvent des conditions favorables à ce genre de violences. D’après cette étude, "seule une petite partie des centres d’accueil disposent de chambres avec une salle de bain privative. Il faut généralement passer par un couloir commun pour rejoindre les toilettes et les douches, parfois même il faut sortir du bâtiment. Il arrive que les douches ne peuvent être fermées de l’intérieur et dans certains centres les chambres ne peuvent être fermées à clés."

Vivre dans un centre pour demandeurs d’asile peut faire remonter des souvenir douloureux | Photo: picture-alliance/dpa/N. ArmerBeaucoup de femmes gardent le silence

Certaines affaires d’agressions ont déjà fait les gros titres en Allemagne. Une femme d’une quarantaine d’années a ainsi été violée par deux jeunes hommes dans son centre d’accueil d’Eisenhüttenstadt. A Giessen cette fois, un demandeur d’asile a été condamné à sept ans de prison pour avoir sauvagement violé une femme, elle aussi demandeuse d’asile. On rapporte également de nombreux cas d’harcèlement au quotidien. Récemment, la chaîne publique bavaroise BR a révélé que selon deux jeunes demandeuses d’asile les agents de sécurité faisaient régulièrement irruption dans les douches des femmes. "On a l’impression qu’ils viennent dans le but de nous voir nues", ont-elles expliqué.

Il est difficile d’établir précisément combien de femmes ont été touchées par ces agressions ou ces situations de harcèlement. D’une part, il n’y a pas de statistiques officielles sur ce sujet dans les centres d’accueil. D’autre part, de nombreuses femmes gardent ces histoires secrètes. "Nous sommes au courant de cas d’agressions et de menaces contre des femmes, mais les victimes ont peur que ce qu’elles ont vécu soit su de tous. Elles ont peur que cela puisse avoir un impact négatif sur leur demande d’asile", affirme un porte-parole du Conseil pour les réfugiés de la Sarre. 

Le sentiment de peur

Au delà d’assurer la sécurité des femmes, il s’agit aussi de prendre en compte les conséquences du sentiment d’insécurité.  Beaucoup de femmes arrivant en Allemagne ont vécu des expériences de violences sexuelles dans leur pays d’origine ou pendant leur voyage vers l’Europe. En Libye, les cas de migrantes abusées sexuellement par des miliciens ou des trafiquants sont légion.

Dans certains centres d’hébergement, les chambres ne peuvent pas toujours être fermées à clés | Photo: Hossein KermaniAinsi, il peut être difficile pour les victimes d’abus de devoir passer du temps dans un espace dominé par les hommes, comme c’est le cas dans la plupart des centres d’accueil. Leur présence peut faire resurgir des traumatismes et créer un sentiment d’insécurité même si rien ne se passe.

Pour y remédier, des défenseurs des droits des femmes appellent à un transfert des femmes et mères célibataires dans des appartements individuels. Mais cela impliquerait un changement radical qui pourrait considérablement augmenter le coût du système d’asile en Allemagne.

Quelle est la situation légale ?

Les règlements et les dispositifs en place pour protéger les femmes (mais aussi les hommes) de violences sexuelles sont assez flous. Une directive européenne de 2013 prévoit que les Etats membres de l'UE prennent en considération les spécificités liées à l’âge, au genre ainsi que la situation des personnes vulnérables. Ils doivent prendre les mesures nécessaires pour prévenir des agressions basées sur le genre dans l’enceinte des centres d’accueil.

La plupart des 16 Länder allemands (Etats fédérés) ont développé des directives de prévention de la violence à destination des centres, mais celles-ci ne sont pas contraignantes et se limitent à des conseils de base.

Les centres traitent donc chacun à leur manière les problèmes de sécurité avec des méthodes qui peuvent varier d’un lieu à l’autre. Certains centres sont uniquement réservés aux femmes et s’appuient sur le soutien de bénévoles et de travailleurs sociaux alors que d’autres hébergent des femmes dans des centres mixtes où les chambres ne peuvent pas être fermées à clé.

Au numéro vert 08000 116 016, des femmes ayant été elles-même victimes de violence peuvent donner des conseils en 17 langues. | Photo: picture-alliance/PhotoAlto/F. CirouOù trouver de l’aide ?

D’après la plupart des experts avec lesquels nous avons parlé, une personne qui ne se sent pas en sécurité devrait en premier lieu s’adresser aux travailleurs sociaux des centres d’accueil. En Allemagne, des organisations comme Caritas, la Diakonie (oeuvre sociale de l’Eglise protestante allemande) et la Croix rouge peuvent également aider. Aussi, les Conseils pour les réfugiés (Flüchtlingsrat) qui se trouvent dans chaque Land allemand (une liste se trouve sur cette homepage ) sont susceptibles de réorienter des victimes de violences ou d’harcèlement vers les ONG locales.

Le numéro vert "Hilfetelefon Gewalt gegen Frauen" (08000 116 016) peut également donner des conseils et cela en 17 langues, dont le français, l’arabe, l’anglais et le dari.

Enfin, le numéro d’urgence de la police en Allemagne est le 110.

Traduction : Marco Wolter

 

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