Image d'archives de migrants à bord de l'Open Arms. Crédit : Picture-alliance
Image d'archives de migrants à bord de l'Open Arms. Crédit : Picture-alliance

Rome est en train d’opérer un changement de cap sur les questions migratoires. Le nouveau gouvernement italien semble rompre avec les méthodes de l’ancien ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, qui refusait catégoriquement le débarquement en Italie des navires humanitaires ayant secouru des migrants au large de la Libye. Pour la première fois depuis 15 mois – et l’arrivée au pouvoir de Matteo Salvini -, L’Ocean Viking a été autorisé à débarquer des migrants à Lampedusa dans la nuit de samedi 14 à dimanche 15 août.

L’Italie est-elle en train de changer sa politique envers les migrants secourus en mer Méditerranée ? C’est en tout cas ce que laissent penser les dernières décisions prises par Rome.

Alors que depuis 15 mois, l’Italie refusait catégoriquement de laisser débarquer sur son sol des migrants secourus par des navires humanitaires, le nouveau gouvernement semble lâcher du lest.

Le départ de Matteo Salvini, farouchement anti-migrants, du ministère de l’Intérieur n’y est pas étranger.

L’Italie de retour à la "table européenne des négociations"

Le week-end dernier, le navire humanitaire des ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), l’Ocean Viking, a été autorisé à débarquer les 82 migrants secourus au large de la Libye sur l’île italienne de Lampedusa.

Lors d’une conférence de presse mardi 17 septembre, SOS Méditerranée s’est dite "surprise" de la décision prise par l’Italie. "Nous sommes très heureux de ce signe qu’a donné l’Italie" qui revient ainsi "à la table européenne des négociations", s’est félicitée l’ONG.

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Un mois plus tôt alors que Matteo Salvini était encore au pouvoir, le même navire humanitaire avait été interdit d’entrer dans les eaux italiennes et avait dû débarquer les naufragés à Malte après 14 jours d’errance en pleine mer et la signature d’un accord de répartition entre différents pays européens.

"C’est un vrai revirement. Jusqu’ici l’Italie disait : ‘On n’accueille pas les bateaux et on ne participe pas à l’effort collectif’. Maintenant, non seulement elle accueille le bateau, mais en plus elle participe à l’effort à part égale avec la France et l’Allemagne", confie à l’AFP un diplomate européen, en référence aux 24 migrants de l’Ocean Viking que les Italiens se sont engagés à accueillir.

"Cela va faciliter les négociations européennes. Les autres pays ne pourront pas dire : ‘Puisque le pays de débarquement ne fait pas d’effort, pourquoi en ferions-nous ?’ Désormais, il serait logique que les autres fassent aussi des efforts", souligne encore le diplomate.

Le décret-loi contre les navires humanitaires toujours en vigueur

La France, l’Allemagne, l’Italie, Malte ainsi que la présidence finlandaise du Conseil de l’Union européenne seront réunis lundi pour déterminer où les bateaux doivent accoster. L’objectif étant d’aboutir, le 8 octobre au Luxembourg, à un accord sur un mécanisme permettant de répartir automatiquement les migrants secourus entre plusieurs pays européens.

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Les humanitaires restent cependant méfiants sur le changement de cap de la politique migratoire italienne. En effet, le décret-loi, signé par Matteo Salvini le mois dernier, qui renforce la répression contre les navires humanitaires est toujours en vigueur.

Lors d’un meeting organisé dimanche 15 septembre à Pontida, au nord de l’Italie, le chef du parti d’extrême-droite, la Ligue, a d’ailleurs menacé le pouvoir d’organiser un référendum sur l’immigration si ce dernier annule ce décret-loi.

Matteo Salvini a également estimé que "l’Italie redevient le camp de réfugiés de l’Europe".

 

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