Mohammed, 24 ans, vit dans le squat depuis son ouverture en septembre 2018. ©A. Wemaëre
Mohammed, 24 ans, vit dans le squat depuis son ouverture en septembre 2018. ©A. Wemaëre

Un an après son ouverture à Lyon, le squat de l'ancien collège Maurice Scève accueille désormais entre 300 et 450 jeunes migrants. Une procédure d'expulsion a été engagée par la Métropole de Lyon et, à quelques jours du jugement mis en délibéré au 24 septembre, l'inquiétude est palpable parmi les migrants. Reportage.

Comme chaque fin de journée, après les heures creuses de l'après-midi, le squat autogéré de l'ancien collège Maurice Scève, situé dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon, s'anime : sac à dos sur les épaules, des migrants reviennent du centre-ville où ils effectuaient des démarches administratives tandis que des soutiens du voisinage arrivent pour aider à la préparation du repas du soir.

Ce jour-là, au milieu des allers et venues pour accéder aux douches, un atelier de coiffure s'improvise dans un coin de la cour avec, en fond sonore, la clameur du match de foot en cours de l'autre côté de la rue.  

Les habitants du quartier de la Croix-Rousse sont nombreux à passer soutenir les migrants du squat."Ça me stresse énormément"

Ces scènes de vie sont devenues quotidiennes depuis que l'ancien établissement scolaire jusqu'alors terrain de jeu des street artistes, a été investi il y a un an par une poignée de migrants originaires d'Afrique de l'Ouest. 

Mais une échéance judiciaire prévoyant leur expulsion - demandée par la Métropole de Lyon, propriétaire des lieux - a été mis en délibéré au 24 septembre. La collectivité demande l'évacuation "immédiate" des lieux convoités par Vinci Immobilier tandis que les avocats des migrants demandent 18 mois de délai. 

La tension est montée d'un cran il y a une dizaine de jours avec l'évacuation après 20 mois d'occupation d'un autre grand squat de l'agglomération lyonnaise : l'Amphi Z à Villeurbanne, également propriété de la Métropole. Le parallèle n'a pas échappé à Mohammed, 24 ans : "L'Amphi Z, c'était nos frères", commente-t-il. Résident "historique" du squat de la Croix-Rousse, Il en a longtemps été l'un des principaux référents. "On va aller où si on est expulsés ? L'Etat n'a rien à proposer. Ça me stresse énormément", souffle-t-il.

"L'été a été marqué par l'arrivée de deux à trois nouveaux migrants par jour dans le squat".

Comme des dizaines d'autres migrants ici, Mohammed a fui la Guinée Conakry. "J'ai été longtemps sur la route", résume-t-il en évoquant le périple qui lui a fait traverser le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Libye où il a passé neuf mois "terribles" en prison. Ensuite, il y a eu la traversée de la Méditerranée et près de trois ans dans un camp dans le Nord de l'Italie, avant de passer par les Alpes. "Je pensais aller à Paris mais dans le train des contrôleurs m'ont fait descendre à Lyon. Je suis resté", raconte-t-il. Avec un petit groupe de migrants, mineurs pour la plupart, il campe alors dans le jardin de l'esplanade de la Grande Côte, sur les hauteurs de la Croix-Rousse. Ils ne sont qu'une quinzaine lorsque des squatteurs décident d'"ouvrir" pour eux l'ancien collège situé à quelques centaines de mètres de là.

"Je prie Dieu pour qu'il nous vienne en aide"

C'était en septembre 2018. Un an plus tard, combien sont-ils à vivre dans l'ancien établissement scolaire ? 300 ? 450 ? "On ne sait plus le nombre", dit Mohammed. Les premiers mois, il repérait aisément les nouveaux visages dans la cour. Mais avec une moyenne de deux à trois arrivées par jour depuis l'été, ce n'est plus possible à présent. Depuis que le squat est saturé, la vie quotidienne y est devenue "difficile", selon lui. Il s'est d'ailleurs mis en retrait de l'organisation, préférant passer le relais cet été à de nouveaux référents, plus nombreux : "C'était trop de pression, je n'arrivais plus à dormir la nuit", explique-t-il.

Une ancienne salle de classe utilisée comme chambre.De fait, le préau, qui faisait office de salle de sport, a été transformé en dortoir précaire pour répondre aux besoins ; quant à "la salle de réunion", elle accueille en ce moment "provisoirement" deux femmes et leurs enfants. "Ça fait mal de voir des mineurs ici", soupire Mohammed.

Moins au fait de la menace d'expulsion, les migrants anglophones, qui maîtrisent mal le français, semblent les plus désespérés. "Je prie Dieu pour qu'il nous vienne en aide", déclare ainsi tristement Alex, 27 ans, arrivé du Nigeria en janvier. Musicien de Gospel, il regrette que personne ne lui donne sa chance et rêve, comme beaucoup d'autres, d'aller à l'école.

Alex, 27 ans, originaire du Nigeria fait partie des 20% de migrants anglophones du squat.

 

Et aussi