Dans locaux de l'association Solidarité Mayotte qui vient en aide aux migrants arrivants sur l'île. ©Valentine Patry
Dans locaux de l'association Solidarité Mayotte qui vient en aide aux migrants arrivants sur l'île. ©Valentine Patry

L’île française de Mayotte, située dans l’Océan indien, connait depuis plusieurs années une augmentation du nombre d’arrivées de migrants. Mais l’année 2019 atteint un record, avec une hausse de 110% par rapport à l’an dernier à la même période. Si les Comoriens sont toujours nombreux à gagner le territoire mahorais, de plus en plus de ressortissants d’Afrique subsaharienne rejoignent également le petit département français.

"Les demandeurs d’asile souffrent à Mayotte". Ces mots sont ceux d’Amadou*, un migrant congolais de 29 ans présent dans le département français d’outre-mer depuis la mi-août 2019. Comme Amadou, de nombreux Africains subsahariens débarquent quotidiennement sur le territoire mahorais, porte d’entrée vers le continent européen au milieu de l’Océan indien. Une nouveauté dans ce territoire, l’un des plus pauvres de l’Union européenne.

"Il y a toujours eu une forte immigration des Comoriens [des îles voisines] jusqu’à Mayotte mais ces dernières années ils sont rejoints pas les ressortissants de RDC, du Rwanda, du Burundi...", explique Romain Reille, directeur de l’association Solidarité Mayotte. "On voit également arriver de plus en plus de personnes originaires d’Afrique de l’ouest".

L’île abrite plus de 30 nationalités

Les équipes de Médecins du monde et de Solidarité Mayotte s'inquiètent. Le nombre d’arrivées en 2019 a doublé par rapport à 2018 à la même période. "On constate une augmentation de 110% cette année", précise encore Romain Reille.

Comme Amadou, les migrants passent le plus souvent par la Tanzanie, puis prennent un bateau pour les Comores d’où ils embarquent à bord d’un kwassa-kwassa (canots de pêche comoriens) en direction de Mayotte.

>> À lire sur InfoMigrants : Mayotte : nouvelle route migratoire pour rejoindre l’Europe ?

Certains migrants livrés à eux-mêmes à Mayotte dorment devant les locaux de l'association Solidarité Mayotte. © Valentine PatryParmi les Africains nouvellement arrivés, se trouvent également des Marocains et des Égyptiens. Romain Reille explique que l’association a reçu dernièrement un migrant originaire du Maroc qui a tenté plusieurs fois d’entrer en Europe via l’Espagne. Après plusieurs échecs, un passeur lui a proposé de prendre un avion pour les Comores via la Turquie. Les Marocains sont exempts de visa pour la Turquie et obtiennent très facilement le précieux sésame pour les Comores. De là, il pourrait embarquer à bord d’un kwassa-kwassa pour rejoindre Mayotte – distant de moins de 100 km.

Selon Romain Reille, l’île abrite aujourd’hui plus de 30 nationalités, "chose qui n’existait pas il y a encore quelques années".

Les kwassa-kwassa, les "bateaux de la mort"

"Plus les routes du nord de l’Afrique se ferment, plus les réseaux de passeurs trouvent d’autres solutions pour atteindre le territoire français", estime Romain Reille.

Reste que la traversée n’est pas moins périlleuse que depuis les côtes nord-africaines. "On a mis entre cinq et six heures pour atteindre Mayotte. Les vagues étaient si fortes qu’on a cru qu’on allait mourir", raconte Amoudou qui décrit les kwassa-kwassa comme des "bateaux de la mort".

Si Mayotte est un autre moyen pour les migrants d’atteindre la France, les droits des demandeurs d’asile du 101e département français sont différents de la métropole. La législation française en matière migratoire ne s’applique pas à Mayotte.

Ainsi l’Aide médicale d’État (AME) qui permet aux étrangers de se faire soigner gratuitement, et l’aide pour demandeurs d’asile (ADA) n’existent pas. Les centres d’accueil tels que les Cada ou les CHU non plus.  

"Comment peut-on vivre avec 1€ par jour ?"

Les associations tentent alors de pallier l’absence de l’État. Solidarité Mayotte fournit pour un hébergement d’urgence pendant un mois renouvelable une fois pour les primo-arrivants ; et de trois mois renouvelable une fois pour les demandeurs d‘asile. Mais les places sont limitées et les délais d’attente pour la demande d’asile sont longs, les équipes de l’Ofpra ne se déplaçant que ponctuellement à Mayotte.

>> À lire sur InfoMigrants : Mayotte, petit bout de France où les promesses de Macron "ne font même plus réagir"

Les migrants se retrouvent souvent rassemblés dans des bidonvilles aux alentours du chef-lieu Mamoudzou.

C’est le cas d’Amadou qui dort dehors depuis quelques jours, devant les locaux de Solidarité Mayotte. "Je n’ai nulle part où aller en attendant mon entretien à l’Ofpra", souffle le jeune homme.

Un travailleur social distribue des coupons alimentaires aux migrants, dans les bureaux de l'association Solidarité Mayotte. ©Valentine PatryConcernant la nourriture, faute d’aide financière, les migrants ne peuvent compter que sur un bon alimentaire de 30€ par mois fourni par l’association. "La vie est extrêmement cher à Mayotte, vous ne faites rien avec 30€. Cette somme est indécente", déplore Romain Reille.

Amadou dit se nourrir uniquement d’un morceau de pain et d’un jus de fruit par jour. "Je rationne la nourriture sinon je suis très vite en manque de vivres. J’évite de manger le matin et le midi et je garde mon morceau de pain pour le diner. Comment peut-on vivre avec 1€ par jour ?"

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé

 

Et aussi