Une vedette des garde-côtes libyens en mer Méditerranée. Crédit : compte Twitter des garde-côtes libyens
Une vedette des garde-côtes libyens en mer Méditerranée. Crédit : compte Twitter des garde-côtes libyens

Des dizaines de migrants qui se trouvaient "en détresse après plusieurs jours de mer" au large de la Libye ont été secourus dimanche par les garde-côtes libyens et ramenés en Libye. Alarm Phone, la plateforme d’aide aux migrants en mer qui avait alerté plusieurs garde-côtes européens dès samedi, dénonce une inaction criminelle.

Après plusieurs jours de détresse en pleine mer, des dizaines de personnes ont été secourues, dimanche 29 septembre, par les garde-côtes libyens et ramenées en Libye, a annoncé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) sur Twitter. Selon l’agence onusienne, 71 personnes ont été concernées par cette opération de sauvetage. Parmi elles, "deux se trouvent dans un état critique".

Ces candidats à la traversée de la Méditerranée ont été interceptés au large de la ville de Misrata, située à l’est de la capitale Tripoli, a précisé Ayoub Gassim, porte-parole des garde-côtes libyens.


Les 71 migrants – 27 Soudanais, 15 Pakistanais, trois Palestiniens et un Syrien – ont ensuite été emmenés dans la ville de Khoms par les garde-côtes et une assistance humanitaire et médicale leur a été fournie, a pour sa part affirmé la communication de la marine libyenne. Selon cette même source, les garde-côtes ont ensuite relâché ces personnes, faute d’avoir pu entrer en contact avec des centres d’accueil dans la région. Certains médias rapportent par ailleurs que des migrants se seraient enfuis.

La Libye, une solution de dernier recours

Pour Alarm Phone, le service téléphonique d’urgence qui a alerté les garde-côtes libyens sur la situation de cette embarcation, débarquer ces migrants en Libye était une décision de pis-aller.

"C’était une solution de dernier recours, mais c’était ça ou laisser ces personnes couler, car elles n’avaient aucune chance de rejoindre l’Europe", précise Maurice Stierl, porte-parole d’Alarm Phone, joint par InfoMigrants. "Les garde-côtes libyens sont incompétents, parfois violents envers les migrants et n'ont aucun respect pour les procédures."

>> A (re)lire : Alarm Phone, un numéro d’alerte pour les migrants en détresse en mer Méditerranée

Selon le HCR, la Libye ne dispose en effet pas de port sûr pour débarquer les naufragés, comme l'exige le droit maritime international. Le 19 septembre, un migrant soudanais a été tué par balle par un garde-côte libyen après avoir été intercepté en mer. L'homme tentait de s'enfuir afin d'échapper à son renvoi en centre de détention.

"Un cas clair de non-assistance à personnes en danger"

Le bateau intercepté dimanche matin était parti de Libye aux alentours de 1 heure du matin jeudi 26 septembre, détaille Maurice Stierl, "soit 75 heures en mer". Selon des informations recueillies mais non confirmées par Alarm Phone, cinq personnes seraient passées par-dessus bord avant que le bateau ne soit intercepté.

Alarm Phone, qui a dénombré 56 personnes à bord du bateau, avait contacté dès samedi plusieurs garde-côtes européens ainsi que la force navale européenne en Méditerranée (Eunavfor Med) pour leur demander d’intervenir, en vain, avant de se décider à se tourner vers les Libyens. "C’est un cas clair de non-assistance à personnes en danger", fulmine encore Maurice Stierl. "C’est scandaleux que toutes les personnes contactées, qui étaient donc au courant de la situation, aient choisi de ne rien faire pendant des heures. Les autorités, dont la France et la Libye, étaient même au courant de la situation de ce bateau plusieurs heures avant nous", continue-t-il, dénonçant des comportements "criminels et honteux".

La plateforme téléphonique avait auparavant assuré que ce bateau et celui mentionné par le HCR étaient deux embarcations distinctes, mais Alarm Phone est ensuite revenu sur ses propos.

 

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