Plusieurs dizaines de migrants ont été évacués mardi 1er octobre du camp de Moria sur l'île de Lesbos vers le Grèce continentale. Crédit : Picture Alliance / AP
Plusieurs dizaines de migrants ont été évacués mardi 1er octobre du camp de Moria sur l'île de Lesbos vers le Grèce continentale. Crédit : Picture Alliance / AP

Face à la saturation des camps sur les îles grecques et notamment à Lesbos, les autorités ont transféré mardi 1er octobre un nouveau contingent de migrants vers la Grèce continentale. Le gouvernement a également annoncé son intention de renvoyer 10 000 migrants vers la Turquie d’ici la fin de l’année prochaine.

Conformément à la promesse du nouveau gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis, les autorités grecques poursuivent les évacuations des cinq îles de la mer Égée, proches des côtes turques (Lesbos, Kos, Leros, Chios et Samos), où s'entassent actuellement plus de 26 200 migrants pour 6 300 places.

Ainsi, 215 habitants du camp surpeuplé de Moria sur l’île de Lesbos ont été transférés mardi matin vers le port du Pirée, à Athènes. Quelque 500 autres doivent être évacués dimanche vers le continent, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Plus 2 500 réfugiés ont déjà été évacués des îles égéennes vers le continent grec lors des deux premières semaines de septembre.

Ces nouvelles évacuations interviennent après un incendie meurtrier suivi d’émeutes survenues dimanche soir dans le camp de Moria, asphyxié par l'arrivée constante de nouveaux exilés. Ce camp, le plus grand d’Europe, compte près de 13 000 migrants pour une capacité de 3 000. Et le pays dénombre actuellement plus de 70 000 migrants bloqués sur son territoire.

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La Grèce veut renvoyer 10 000 migrants en Turquie

Le drame de dimanche a relancé le débat sur la réforme du droit d'asile voulue par le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis. Lors d'une réunion d'urgence lundi, le conseil des ministres a apporté une première réponse en affichant sa volonté de renvoyer 10 000 migrants en Turquie d'ici fin 2020, contre un peu plus de 1 800 en quatre ans et demi, sous le précédent gouvernement de gauche. De tels retours sont rendus possibles par l'accord UE-Turquie conclu en mars 2016.

Parmi les autres mesures annoncées, le conseil des ministres a prévu le renforcement des patrouilles en mer Égée, avec déjà 23 patrouilleurs supplémentaires opérationnels depuis la semaine dernière, afin de stopper les arrivées.

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Quotidien infernal à Moria

Reste que les conditions de vie dans le camp de Moria sont de moins en moins tenables. Lionel*, un migrant africain, a raconté à InfoMigrants que depuis les émeutes de dimanche, la police était omniprésente dans le camp, crispant d’autant plus les habitants. “La situation est presque semblable à celle de mon pays d’origine. La seule différence, c’est qu’il n’y a pas les coups de feu. Ils sont remplacés par les tirs de gaz lacrymogènes de la police grecque. Cela me déclenche des flashback, c’est traumatisant”, confie-t-il.

Manque de nourriture, de médecins, de points d’eau potable : "C’est la pire situation que j’ai pu voir sur le plan sanitaire", déplore Cécile Duflot, directrice d'Oxfam France depuis l'île de Lesbos. "Il ne s'agit pas d'un problème grec mais bien d'un problème européen puisque nous avons délégué à la Grèce la gestion des réfugiés. C'est une situation intenable, nous devons changer de politique européenne", affirme-t-elle.

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Mais en attendant les décisions politiques, le quotidien demeure infernal pour les migrants de Moria. “On ne nous dit rien, la situation est désastreuse, je dirais même que je n’ai pas connu pire depuis mon arrivée à Moria il y a près de cinq mois. J’ai fait une demande d’asile mais je me sens totalement piégé ici et je ne vois pas comment je vais m’en sortir à moins d'un miracle”, conclut Lionel.

*Prénom modifié par souci d’anonymat.

 

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