Grève des travailleurs étrangers en situation irrégulière devant un fast-food de Paris. Crédit : Twitter / @FrancoiseHaas
Grève des travailleurs étrangers en situation irrégulière devant un fast-food de Paris. Crédit : Twitter / @FrancoiseHaas

Depuis mardi, une dizaine de piquets de grève ont été installés dans des restaurants, hôtels et entreprises faisant travailler des migrants en situation irrégulières à Paris et en banlieue. Les grévistes demandent à leurs employeurs d’engager des démarches pour être régularisés.

Près de 140 migrants en situation irrégulière de la région parisienne, employés par des entreprises de la restauration et du bâtiment, se sont donnés rendez-vous pour faire la grève même temps. Depuis mardi 1er octobre, ils ont installé des piquets de grèves, avec l’appui de la CGT, dans douze entreprises de la région Île-de-France qui les emploient.

La plupart de ces sans-papiers sont originaires d’Afrique subsaharienne, et vivent en France depuis des années. Ils exercent les métiers de serveurs, de plongeurs, de cuisiniers, de femmes et hommes de ménage dans des cinémas ou des hôtels, d’ouvriers, d’intérimaires du bâtiment, ou encore de manutentionnaires…

Le but de cette action groupée est de négocier avec leurs employeurs la possibilité d’engager des démarches de régularisation.

En France, il est interdit de travailler pour les migrants en situation irrégulière. Pourtant, "dans les faits une grande majorité des sans-papiers travaillent dans des conditions souvent dégradées", explique Marilyne Poulain, membre de la direction confédérale CGT et pilote du collectif immigration CGT. "Parfois ils ont une carte de séjour périmée, dans d’autres cas ils travaillent avec les papiers d’identité d’un autre", poursuit-elle.

>> À lire sur InfoMigrants : Avoir le droit de travailler ou pas : l'accès au marché de l'emploi en France

Dans tous les cas, l’employeur s’il le souhaite a le pouvoir d’engager des démarches de régularisation pour le migrant irrégulier qu’il voudrait salarier. Et ce, en remplissant un formulaire formulaire Cerfa de demande d’autorisation d’embauche d’un salarié étranger non-européen. Or, très peu de patrons acceptent de le faire, la démarche étant longue et les critères d’acceptation très restrictifs.

Pour Marilyne Poulain, "une partie des employeurs ont intérêt à maintenir ces salariés dans la précarité. Ces sans-papiers sont pour eux une main d’œuvre malléable". Elle donne l’exemple d'un restaurant japonais du 11e arrondissement de Paris, accusé par le syndicat d’avoir refusé de payer les heures supplémentaires effectuées par ses cuisiniers et commis de salle sans-papiers.

Heures supplémentaires payées au noir ou non rémunérées

Les grévistes soutenus par la CGT se plaignent tous de leurs conditions de travail : des heures supplémentaires non-rémunérées ou payées de la main à la main, un nombre d’heures inférieures au minimum légal qui ne permet pas au salarié de subvenir à ses besoins, des CDD à la chaîne non requalifiés en CDI, l’exposition à des produits cancérigènes sans protection pour ceux qui travaillent dans le bâtiment.

À cause de leur statut précaire, certains travailleurs sans-papiers n’osaient pas s’en plaindre jusque-là de peur de perdre leur emploi. Ils se sont syndiqués auprès de la CGT qui les aide à négocier avec leurs employeurs respectifs parmi lesquels figurent de grandes chaînes comme les restaurants KFC, Léon de Bruxelles, ou un hôtel Campanile.

Mercredi déjà, après des négociations, plusieurs des piquets de grève avaient été levés, dans un restaurant du 16e arrondissement, à l’UGC Ciné Cité de Bercy et une société de nettoyage. Ces employeurs ont accepté de remplir les documents nécessaires à la régularisation de leurs salariés en situation irrégulière et de les maintenir en poste durant l’instruction du dossier et jusqu’à l’épuisement des recours. 

>> À lire sur InfoMigrants : "Esclavage moderne" : quand des travailleurs sans-papiers se mettent en grève contre Chronopost
 

Et aussi