Archives. Photo d'illustration, prise en juillet 2018 dans le camp de migrants de La Chapelle à Paris. ©InfoMigrants
Archives. Photo d'illustration, prise en juillet 2018 dans le camp de migrants de La Chapelle à Paris. ©InfoMigrants

Logés depuis le début de l’été dans un centre de vacances grâce au Conseil départemental du Var, 35 mineurs non-accompagnés sont depuis quelques jours ciblés par la mairie de Fréjus, alors que les élections municipales approchent.

À Fréjus, la polémique enfle et dérange. Dans cette ville du Var, 35 migrants mineurs non-accompagnés sont hébergés dans un centre de vacances, appelé "Le Kangourou". Depuis début juillet, ces jeunes âgés de 13 à 18 ans vivent quotidiennement dans des bungalows mêlés aux vacanciers, grâce à une prise en charge du Conseil départemental.

Suite à la mise à disposition de ces bungalows par le centre, le département a donc fait appel à l’Association départementale de sauvegarde de l’enfance, de l’adolescence et des adultes en difficulté du Var (Adseaav) pour suivre et accompagner ces jeunes.

Malgré le fait que cette situation est des plus ordinaires, depuis quelques jours, ces 35 mineurs non-accompagnés, venus essentiellement d'Afrique subsaharienne, sont menacés d’expulsion. La mairie de Fréjus les accuse, en effet, d’actes de violence et de vandalisme. "Il y a quelques jours, la police nationale et la police municipale intervenaient, à Fréjus, à la suite de l’agression à l’arme blanche d’un employé dans un centre de vacances habituellement tranquille", peut-on notamment lire dans un communiqué datant du 25 septembre.

Plus loin, dans ce même document, la mairie pointe une interpellation "pour insultes et menaces sur les forces de l’ordre" et ajoute que "les voisins de cet établissement subissent depuis peu une recrudescence de vols et dégradations de biens."

À l’issue d’un conseil municipal, ces accusations ont conduit à des mesures de la part de la mairie. David Rachline, maire rattaché au Rassemblement national (RN) a, en effet, fait voter “la prise d’une mesure de fermeture administrative" du centre "Le Kangourou". 

Le maire assure avoir “saisi le Président du Conseil départemental du Var” et “donné des consignes à la Police municipale pour une présence renforcée dans le secteur”. David Rachline promet également, dans ce contexte, la signature d’”un arrêté limitant le rassemblement et la circulation des mineurs autour du site”.

Depuis la publication de ces communiqués, Laurent Savoye, directeur de l’Adseaav, explique avoir renforcé la sécurité du site. "Les jeunes se font insulter depuis vendredi dernier par des automobilistes aux propos dérangeants", raconte-il, ajoutant que ces jeunes, inquiets, "se calfeutrent dans la structure."

Une pétition intitulée "Protégeons les Fréjusiens" circule également sur Internet. Celle-ci exige "au Président du Conseil départemental de mettre fin sans délai à l’accueil de mineurs non accompagnés sur le territoire de la ville de Fréjus". ​

Face à ces mesures et tentatives d’intimidations, le Conseil départemental, chargé de la protection de l’enfance, ne compte pas plier. "Nous mettons très strictement en oeuvre ce que la loi nous impose : ces jeunes sont mineurs donc nous les mettons à l’abri, peu importe leurs origines. C’est ce qu’exigent les droits français et international", explique Jérôme Jumel, directeur général adjoint "citoyenneté et solidarités humaines" au Conseil départemental du Var.

Animateurs, équipe éducative, cuisinier, veilleur de nuit, personnel d’entretien... Dans ce centre de vacances, l’Adseaav met donc en place un dispositif complet. Le but : que ces jeunes bénéficient d'un accompagnement sur le long terme pour pouvoir faciliter l’obtention d’un titre de séjour à leur majorité. Jérôme Jumel évoque, à ce sujet, des élèves motivés qui "veulent travailler". "En majorité ils ne posent aucun problème. Ils ont souvent fui leur pays pour des raisons économiques et sont envoyés par leurs familles pour réussir en Europe", détaille-t-il, décrivant des "élèves exemplaires en formation."

Si quinze mineurs sont aidés par la mission locale pour trouver une formation, les autres sont scolarisés : la majorité d’entre eux s’est tournée vers des professions manuelles comme le BTP, la pâtisserie ou la restauration. "Les professionnels sont friands de ces jeunes très consciencieux qui s’investissent pleinement dans leur travail", souligne, à ce sujet, Laurent Savoye.

Deux jeunes écartés du centre

Bien que cette inclusion soit "réussie", selon les termes de Laurent Savoye, des faits de délinquance ont bien eu lieu à Fréjus. Selon le Conseil départemental, deux des jeunes mineurs migrants ont récemment été pris en flagrant délit de cambriolage. Même si des poursuites n’ont pas été engagées, les deux adolescents sont convoqués, en janvier, pour répondre de leurs actes devant des policiers. En attendant, ils ont été envoyés dans un centre spécialisé au Havre où ils suivent un encadrement spécifique axé en partie sur le sport et l’éducation civique.

Si Laurent Savoye reconnaît cet incident, il nie toutefois toute agression à l’arme blanche, contrairement à ce qu’affirme la mairie. "C’est un fantasme propagé par des personnes qui voient dans cet accueil une menace d’invasion", lance-t-il. De son côté, Jérôme Jumel déclare n’avoir reçu "aucun retour" à ce sujet. En revanche, il affirme qu’une “altercation” s'est bien produite entre un employé du centre et un jeune. "Cela arrive dans des groupes de jeunes", précise-t-il, ajoutant que ces jeunes sont parfois victimes de stress post-traumatiques du fait de leur passé douloureux. "Dans des groupes de jeunes, il peut y avoir des bagarres ou des conflits comme dans tous les collèges ou lycées", indique, de son côté, Laurent Savoye. 

Jérôme Jumel espère que le centre ne fermera pas. Il serait, en effet, difficile de trouver d’autres moyens d’hébergement pour ces mineurs non-accompagnés. “On ne peut pas fermer une structure sociale parce qu’il y a des jeunes qui ont commis des actes de cambriolage”, juge-t-il, ajoutant rester “prudent” compte tenu du “pouvoir de police” du maire.

Contactée par InfoMigrants, la mairie de Fréjus n’a pas souhaité répondre à nos questions.

 

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