Environ 500 migrants vivent dans le gymnase Jeanne-Bernard de Saint Herblain, en banlieue nantaise. Crédit : InfoMigrants
Environ 500 migrants vivent dans le gymnase Jeanne-Bernard de Saint Herblain, en banlieue nantaise. Crédit : InfoMigrants

Un demandeur d’asile tchadien de 32 ans est mort dans la nuit du mercredi 2 au jeudi 3 octobre en banlieue nantaise. Il vivait depuis plusieurs mois dans un gymnase de Saint-Herblain où s’entassent plus de 500 exilés. Ce drame, qui a provoqué des tensions entre les migrants et les forces de l’ordre, a pris un tournant politique.

Il avait 32 ans et était originaire du Tchad. Omar est mort dans la nuit du mercredi 2 au jeudi 3 octobre dans sa tente installée dans le gymnase Jeanne-Bernard, à Saint-Herblain en banlieue nantaise.

"Un homme souffrait de maux de ventre et ne s’est pas réveillé ce matin", a confirmé jeudi la maire de la ville et présidente de Nantes-Métropole, Johanna Rolland, lors d’un point presse du Conseil métropolitain. "Il se sentait mal, raconte une bénévole au quotidien local Ouest France. En fait, ça se voyait dans ses yeux".

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Selon les premiers éléments de l’enquête, le demandeur d’asile a été victime d’une crise cardiaque. Une autopsie doit être réalisée prochainement.

Tensions avec les forces de l’ordre

La situation s’est rapidement envenimée jeudi midi après la venue des forces de l’ordre, présents pour récupérer le corps. "Les amis d’Omar voulaient faire une cérémonie religieuse sur place selon leurs traditions mais la police a voulu emmener le corps au plus vite", raconte François Prochasson du collectif Soutien migrants Nantes, contacté par InfoMigrants.

Le retrait brutal du corps a été perçu comme un manque de respect par de nombreux migrants qui, en réaction, ont incendié des poubelles et caillassé les vitres de certaines habitations qui jouxtent la salle de sport, selon France Bleu Loire-Océan. "Le gymnase s’est enflammé", résume François Prochasson.

Les forces de l’ordre ont alors riposté avec des jets de gaz lacrymogène et ont bouclé la rue.

En milieu d’après-midi, la tension est retombée aux abords du gymnase mais la situation à l’intérieur était, elle, très tendue. Des membres associatifs ont tenté de ramener le calme en entamant des discussions avec les occupants qui étaient regroupés à l’extérieur du gymnase.

Vers 17h, la tension est remontée quand quelques migrants se sont masqués avec des foulards et ont enflammé des poubelles à l’extérieur. Les policiers, restés en retrait, sont de nouveaux intervenus et ont fait rentrer les migrants à l’intérieur du gymnase, selon Ouest France.

Le calme est revenu en début de soirée, précise François Prochasson qui était sur les lieux jeudi.

"On est choqués et très tristes", dit à InfoMigrants Mamadou, un migrant guinéen qui vit au gymnase Jeanne-Bernard depuis plusieurs mois.

"Cela fait des mois qu’on craint un drame"

Les associations et collectifs ont une nouvelle fois dénoncé les conditions de vie précaires des quelque 500 migrants qui vivent depuis octobre 2018 dans le gymnase : absence d’eau chaude et de chauffage, peu de toilettes, insalubrité, surpopulation…

Parmi les occupants du gymnase, beaucoup sont des demandeurs d’asile et des dublinés, et certains ont le statut de réfugié mais ne trouvent pas d’hébergement.

La Cimade, de son côté, demande de créer "d’urgence des places d’hébergement et [d’]arrêter de penser que la France ne peut pas accueillir ces personnes".

Cette affaire a pris un tournant politique quelques heures après le drame, les élus de la région reprochant à l’État de ne pas respecter ses obligations en matière d’hébergement.

"Quelles que soient les conclusions de l’enquête, je veux dire ma colère et mon écœurement", a réagi la maire PS de Nantes, Johanna Rolland. "Qu’est-ce que le ministère de l’Intérieur attend pour agir. Cela fait des mois que la situation dure, des mois que les associations, les élus l’interpellent à ce sujet. L’État n’a toujours pas bougé d’un pouce. Je rappelle que, dans la loi française c’est sa responsabilité. Ce n’est plus possible, ni pour la dignité humaine de ces personnes, ni pour les riverains".

Le maire PS de Saint-Herblain, Bernard Affilié, a aussi exprimé son "indignation" à Ouest France, estimant que les représentants de l’État n’étaient "pas à la hauteur de la situation".

Dans un communiqué, l’antenne locale de la France insoumise estime qu’un "responsable politique a une responsabilité morale impérative d’agir pour secourir toute personne en détresse. Les bâtiments publics inutilisés doivent être réquisitionnés pour fournir un hébergement digne pour tous".

Contacté par InfoMigrants, la préfecture n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

 

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