Le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio a présenté un décret pour accélérer les procédures de rapatriement vers 13 pays "sûrs". Crédit : Reuters
Le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio a présenté un décret pour accélérer les procédures de rapatriement vers 13 pays "sûrs". Crédit : Reuters

L'Italie promet de réduire de 2 ans à 4 mois le délai de traitement des dossiers d'immigration pour les ressortissants de 13 pays jugés "sûrs", dont le Maroc, l'Algérie, la Tunisie ou encore le Sénégal et le Ghana. Les associations craignent particulièrement pour les migrants de la communauté LGBTQ+, dont l'orientation sexuelle est pénalisée dans leur pays.

Après la fermeture des ports, le rapatriement accéléré. Le gouvernement italien a adopté, vendredi 4 octobre, un décret interministériel visant à réduire drastiquement le délai de traitement des dossiers d’immigration en Italie. “Pour établir si un migrant peut rester en Italie ou être rapatrié vers son pays d’origine, il nous faudra, avec ce décret, 4 mois maximum contre 2 ans actuellement”, a assuré le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio lors d’une conférence de presse aux côtés de Luciana lamorgese, ministre de l'Intérieur et Alfonso Bonafede, Garde des sceaux.

Alors que les Vingt-huit discutent toujours les détails d’un accord de répartition des migrants secourus en mer à travers l’Europe, Luigi Di Maio a déjà prévenu que le nouveau décret concernait autant les rescapés de la Méditerranée que les petits bateaux de migrants qui débarquent sur les côtes italiennes par leurs propres moyens. Ces arrivées indépendantes sur des petites embarcations représentent une écrasante majorité des migrants qui posent le pied en Italie, rappelle Luigi Di Maio.

“Lorsqu'il y a des personnes qui demandent l'asile et qui ensuite peuvent faire appel en cas de refus, un mécanisme long se déclenche de sorte que même si nous voulons les rapatrier, nous ne pouvons pas le faire car une procédure est en cours”, souligne le ministre. “Désormais, si ces personnes ne peuvent pas rester en Italie, nous pourrons immédiatement lancer le mécanisme de rapatriement.”

“J’ai dressé cette liste parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes : un tiers des arrivées en Italie concerne des migrants de l'un de ces pays. Cela signifie que nous devons parfois attendre deux ans avant de pouvoir rapatrier ces personnes, ce qui engorge totalement notre système”, affirme encore Luigi Di Maio qui espère ainsi rendre l’Italie “moins bureaucratique”.

Un décret "dangereux" pour les migrants homosexuels

Pour mettre en place ce nouveau système, le gouvernement a débloqué un "fonds de rapatriement de 50 millions d'euros", a précisé le ministre en conférence de presse. Une somme qui doit servir "à la coopération et au développement". En d’autres termes, le gouvernement compte se concentrer sur les accords bilatéraux avec les 13 pays "sûrs", en lancer de nouveaux et renforcer ou ratifier les accords existants, notamment avec le Maroc et la Tunisie qui ont été cités en priorité par Luigi Di Maio.

Le ministre assure, en outre, que le décret ne porte “aucune atteinte aux droits de l’Homme” mais les ONG de défense des migrants ne l’entendent pas de la sorte. Tout particulièrement celles qui s’occupent des communautés LGBTQ+. “Nombre de rapports d’organisation de défense des droits pointent déjà du doigt le fait que les pays [concernés par le décret] sont dangereux pour les personnes LGBT”, explique Fabrizio Marrazzo, porte-parole de l’association italienne Gay Center. “En Ukraine les homosexuels et les trans sont persécutés, tandis que les autres font partie des plus de 70 pays qui continuent de pénaliser l’homosexualité”.

Mais Fabrizio Marrazzo s’inquiète du fait que la procédure de rapatriement accélérée ne laisse pas aux migrants le temps de constituer un dossier solide prouvant les persécutions dues à leur orientation sexuelle. “Nous demandons une rencontre au ministre Luigi Di Maio afin que le décret tienne compte des personnes LGBTQ+ qui fuient des pays qui ne sont pas sûrs pour eux”, écrit le porte-parole sur Facebook.

Le gouvernement n’a, pour l’heure, pas donné suite à cette requête. Luigi Di Maio a prévu dans les prochaines semaines un déplacement au Maroc et en Tunisie pour commencer à travailler concrètement sur les accords de rapatriement bilatéraux.

 

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