Drissa un jeune migrant malien regarde vers le centre d'hébergement de Halfar dans le sud de l'île de Malte. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
Drissa un jeune migrant malien regarde vers le centre d'hébergement de Halfar dans le sud de l'île de Malte. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

Sur la petite île européenne de Malte, au large des côtes italiennes, InfoMigrants a rencontré plusieurs demandeurs d’asile venus de Sicile par bateau. Ils racontent que des passeurs encouragent les migrants à aller travailler temporairement à Malte où il serait facile de trouver un emploi au noir avec un bon salaire. Sur place, la réalité est tout autre. Drissa, un jeune Malien, a accepté de témoigner.

"Je m’appelle Drissa*, je viens du Mali. J’ai quitté mon pays il y a des mois. Je suis allé jusqu’en Libye et de là, j’ai traversé la Méditerranée avec d’autres migrants. Nous avons eu de la chance car nous n’avons passé que sept heures en mer avant d’être secourus par le gros bateau rouge de l’ONG Open Arms.

C’était un énorme soulagement, tout l’équipage a été adorable avec nous. Ils nous ont rassurés, nous ont promis qu’on ne retournerait pas en Libye. Ils nous ont même souhaité la bienvenue en Europe, même si on ne savait pas dans quel pays on allait se retrouver.

Finalement, on a pu débarquer en Italie. J’étais tellement heureux car c’est l’un des deux pays européens dont je rêvais avec la France. J’ai passé un mois en Italie et j’ai commencé à travailler avec un avocat sur ma demande d’asile. Le problème c’est que ça coûte beaucoup d’argent et je n’avais plus rien après mon voyage.

"L’idée était de faire profil bas le temps de gagner de l’argent puis de retourner en Italie" 

Un ami en Italie m’a parlé de Malte, il disait que les demandeurs d’asile pouvaient y trouver du travail facilement et que c’était bien payé. Je pouvais espérer gagner entre 1 000 et 1 500 euros par mois. Il m’a mis en contact avec un passeur pour prendre un petit bateau depuis la Sicile jusqu’à l’île de Malte. Comme c’est l’ami d’un ami, j’ai pu négocier de ne pas payer l’aller mais de payer plus au retour, lorsque j’aurai de l’argent.

Je suis arrivé ici et j’ai tout de suite trouvé un travail au noir dans un restaurant, le passeur m’avait indiqué plusieurs adresses. L’idée, c’était de faire profil bas le temps de gagner de l’argent puis de retourner dès que possible en Italie.

Malheureusement, au bout de trois jours de travail, j’ai fait une mauvaise chute et je me suis ouvert la jambe à deux endroits, ainsi que le bras. Impossible de voir un médecin ici, puisque je ne suis pas dans le système, je suis comme un fantôme. Ma plaie au bras s’est arrangée, mais celles de ma jambe ont commencé à s’infecter sérieusement. Toute ma jambe était gonflée, je ne pouvais plus poser le pied à terre et il fallait que je voie un médecin.

Je n’ai pas eu le choix, j’ai donc dû déposer une demande d’asile ici pour entrer dans le système et me faire soigner, mais je sais déjà d’avance que je suis dubliné car j’ai donné mes empreintes en Italie.

"Beaucoup d’Africains viennent ici car on nous fait croire que l’on peut travailler facilement"  

Maintenant que je suis dans le système, j’ai une place d’hébergement dans le camp de Halfar. On est des milliers de migrants ici à s’entasser dans des conteneurs. Parfois on est une dizaine par conteneur, il n’y a même pas assez de lits pour tout le monde. Et dès qu’il pleut, l’eau s’infiltre et mouille tout à l’intérieur. On mange une ou deux fois par jour, pas plus. Et au mieux, ce sont des pâtes ! Les conditions sont très difficiles ici, je regrette énormément d’être venu, c’était une terrible erreur.

Je ne suis pas le seul dans ce cas. Beaucoup d’Africains viennent ici depuis l’Italie car on nous fait croire que l’on peut travailler facilement et qu’on gagne bien notre vie, mais c’est faux. Et quand bien même vous trouvez un emploi au noir, le salaire est extrêmement bas, les patrons profitent de notre statut illégal pour nous sous-payer. Moi je n’ai jamais touché un centime pour mes trois jours de travail au restaurant.

Je n’ai rien dit à ma famille au Mali, ils pensent que je suis toujours en Italie. Je n’arrive pas à leur dire que je me suis fait avoir et que je suis bloqué sur une île avec des problèmes de santé. Ils comptaient tous sur moi, je ne peux pas les décevoir.

Je n’ai qu’une seule chose en tête, soigner ma jambe pour repartir dès que possible en Italie par je ne sais quel moyen. Mais pour l’instant je suis bloqué ici. Cela fait deux mois que je suis là, à ne rien faire alors que je pourrais essayer de construire quelque chose en Italie. Il n’y a pas d’avenir pour nous à Malte."

*Le prénom a été modifié

 

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