Depuis fin 2018, les tentatives de traversées de la Manche se sont multipliées. | Photo: Picture-alliance/maxppp
Depuis fin 2018, les tentatives de traversées de la Manche se sont multipliées. | Photo: Picture-alliance/maxppp

Pour la première fois depuis le début des tentatives de traversées de la Manche vers l'Angleterre, deux migrants ont été retrouvés morts lundi, sur une plage du Touquet, dans le Pas-de-Calais. Les défunts, qui proviendraient de la même embarcation selon la préfecture, sont des Irakiens de 17 et 22 ans.

Les corps de deux hommes irakiens ont été retrouvés, lundi 14 octobre, sur une plage du Touquet, dans le Pas-de-Calais, une première dans ce département. En fin de matinée, le corps d'un adolescent de 17 ans a été repéré par un passant sur la plage de Stella sur la commune du Touquet-Paris-Plage. Retrouvé "en bordure de mer", le jeune homme était "déjà décédé à l'arrivée des secours", ont précisé les pompiers. L'enquête a été confiée à la police du Touquet et la police aux frontières (PAF) de Coquelles.

"A 20 mètres du corps, en direction des dunes, les policiers ont par ailleurs découvert une petite embarcation" semi-rigide, "sans moteur, avec deux rames à l'intérieur, un bidon d'essence à proximité et un gilet de sauvetage", a indiqué la préfecture du Pas-de-Calais. Une deuxième embarcation du même type a également été retrouvée à 450 mètres, "sans que l'on puisse préciser à ce stade si les deux sont liées".

Dans l'après-midi, un second migrant, âgé de 22 ans, a été trouvé sans vie par un passant. Les deux jeunes hommes "proviendraient vraisemblablement de la même embarcation", récupérée vide d'occupants, a encore estimé la préfecture du Pas-de-Calais.

Selon le parquet de Boulogne-sur-Mer, confirmant une information de France 3, huit migrants ont par ailleurs été secourus lundi matin sur une plage près de Calais. A ce stade, aucun lien n'est établi entre les deux secours.

"Il faut vraiment être complètement désespéré"

Depuis fin 2018, les tentatives de traversées de la Manche se sont multipliées malgré le danger lié à la densité du trafic, aux forts courants et à la faible température de l'eau. La préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord avait comptabilisé fin août 1 473 migrants ayant tenté de rejoindre les côtes anglaises, contre 586 sur l'ensemble de 2018.

"Ça ne va pas s'arrêter!", prévient Claire Millot, secrétaire générale de l'association Salam, citée par l’AFP. "Parce que les conditions (de vie) à Calais et Grande-Synthe sont épouvantables, avec des démantèlements réguliers, ils sont prêts à tout pour passer."

>> À (re)lire : Entre démantèlements quotidiens et nuits froides, le calvaire des migrants de Grande-Synthe continue

Mi-septembre, les autorités ont à nouveau évacué quelque 800 migrants du campement de Grande-Synthe, dans le Nord. Depuis, des campements de fortune sont démantelés tous les jours. De nombreuses personnes et des familles survivent en pleine nature, sans tente ni accès à des sanitaires, tandis que les températures dégringolent de jour en jour.

Dans ces conditions, les tentatives de traversées, facilitées par des réseaux de passeurs, sont inévitables, alertent les associations. "Ils ne sont pas prêts à entendre ce qu'on pourrait leur dire car ils sont déterminés", poursuit Claire Millot, selon laquelle "on ferait mieux de payer un accueil digne".

"Pour tenter cela, il faut vraiment être complètement désespéré", renchérit Christian Salomé, président de l'Auberge des migrants, toujours à l’AFP.

"Les gens qui partent ne préviennent pas"

Selon Christian Salomé, les deux hommes découverts morts lundi "ont dû chavirer très proches de la plage". "Mais si un jour ils chavirent en pleine mer, on va retrouver les corps en Belgique, en Hollande, au Danemark, quelques mois ou années plus tard, ou alors personne ne saura jamais", craint-il. "Les gens qui partent ne préviennent pas. S'ils meurent en mer, on ne le sait pas. C'est tout à fait plausible que des canots aient déjà chaviré en mer, mais c'est impossible de le savoir."

Pour certains, ces deux corps retrouvés constituent ainsi la partie immergée de l’iceberg. "La Manche ne rend jamais les corps", assurait, au mois d’août, François Guennoc, vice-président de l’association Auberge des migrants, à InfoMigrants.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : "Les passeurs réussissent à faire croire que la traversée de la Manche est facile. C’est faux" 

Ces découvertes macabres portent à quatre le nombre de migrants officiellement morts en 2019 en tentant de telles traversées. Le 23 août, un Irakien ayant tenté de rejoindre l'Angleterre à la nage avait été retrouvé mort au large de Zeebruges, en Belgique. Le 9 août, une Iranienne de 31 ans, qui avait pris place à bord d’une embarcation surchargée, était devenue la première victime officielle de la Manche. Elle aurait sauté à l’eau pour tenter d’attraper une corde de secours et ainsi stabiliser le bateau qui coulait. Son corps avait été retrouvé 11 jours plus tard près des côtes néerlandaises.

 

Et aussi