Un migrant transportant des barils d'eau dans la zone du Virval à Calais en juillet 2019. Crédit : Mehdi Chebil
Un migrant transportant des barils d'eau dans la zone du Virval à Calais en juillet 2019. Crédit : Mehdi Chebil

Après avoir reçu des menaces de mort, les salariés de l’association La Vie active, mandatée par l’État pour distribuer l’aide alimentaire aux migrants à Calais, ont suspendu leurs distributions d’eau et de repas dans la zone d’activité du Virval. Elles devraient reprendre en cours de semaine après des discussions avec la préfecture.

À Calais, la distribution de repas et d’eau potable à destination des migrants rue André Trocmé est suspendue depuis presque une semaine, de même que la possibilité de transporter les migrants vers des blocs sanitaires pour prendre des douches.

Ce sont en moyenne 349 repas par jour (déjeuners et petits déjeuners compris pour septembre 2019) qui ne sont plus distribués depuis le mercredi 9 octobre. En cause, la multiplication de tensions lors des repas qui a conduit les salariés de l’association la Vie active, missionnée par l’État, à exercer leur droit de retrait.

Menaces de mort sur les salariés de la Vie active

"Cela fait suite à de nombreuses incivilités, agressions et menaces sérieuses", explique Stéphane Duval, le directeur du dispositif humanitaire de Calais au sein de la Vie active. Dans ce lieu de distribution situé sur la zone d’activité du Virval, coincé derrière l’hôpital de Calais et l’autoroute A16, les salariés de l’association sont "isolés", souligne-t-il.

La situation s’est tendue davantage récemment avec l’augmentation du nombre migrants aux distributions de repas rue André Trocmé. "Les salariés reçoivent des menaces comme ‘je vais te couper la gorge’… Il faut dire qu’il s’agit d’une zone stratégique avec des personnes qui ont un intérêt à faire partir les associatifs. Je ne sais pas si ceux qui ont proférés ces menaces sont des passeurs mais ça y ressemble", regrette Stéphane Duval, qui souhaite sécuriser ses équipes et assurer la pérennité des distributions.

Ça n’est pas la première fois que des incivilités viennent perturber l’aide aux migrants. En mai un Soudanais de 25 ans avait jeté des pierres contre un véhicule de la Vie active transportant des migrants vers des douches. Le jeune homme considérait qu’une place trop importante était laissée aux migrants d’origine afghane. Appelée par les salariés de la Vie active, la police avait interpellé le prévenu. Celui-ci vient d’être condamné par le tribunal correction de Boulogne-sur-Mer à trois mois de prison avec sursis et 2 000 euros d’amende.

"On n’a pas à jeter des pierres sur quelqu’un qui fait son travail. Nous avons porté plainte et nous l’aurions fait pour n’importe qui commettant cet acte. Heureusement, ce genre de passage à l'acte reste minime", commente Stéphane Duval.

>> À lire sur InfoMigrants : À Calais, l'État distribue quelque 700 repas par jour à la place des associations

Reprise des distributions dans la semaine

Des discussions étaient en cours lundi avec la préfecture pour la reprise des distributions alimentaires de la rue André Trocmé.

La préfecture doit valider un projet de réorganisation en lien avec la police. Jointe par InfoMigrants, les autorités préfectorales assurent que les distributions devraient reprendre "dans le courant de la semaine" et que deux autres points de distribution fonctionnent normalement.

Ils se trouvent à la rue des Huttes située dans la zone industrielle des Dunes, où sont distribués la majorité des repas, et rue Jacques-Monod dans la zone Marcel-Doret.

Distribution de repas rue des Huttes, à Calais, le 6 mars 2018. Crédits : Loan Torondel, bénévole pour l'ONG L'Auberge des migrants.

"Des gens qui font leur toilette dans un gobelet d'eau !"

En attendant, les migrants de la zone du Virval, essentiellement des Afghans, sont privés de douches et de repas. "Aucun n'a pris une douche depuis mardi et on est revenu à une situation pas vue depuis des mois : des gens qui font leur toilette dans un gobelet d'eau !", s’indigne Claire Millot de l’association d’aide aux migrants Salam. Depuis six jours les bénévoles distribuent des jerricanes d’eau chaude afin que les migrants puissent se laver.

"Les gens sont affamés ! Il vaut mieux pas de punition, qu’une punition collective. Priver les gens d’eau potable c’est très grave", poursuit Claire Millot contactée par InfoMigrants.

Afin de pallier l’absence d’aide alimentaire de l’État aux migrants de la zone du Virval, l’association a ajouté à sa distribution habituelle de petits déjeuners, des "caisses de nourriture sèche" composées de pommes de terre, de tomates, oignon et huile, riz ou pâtes.

Ça n’est pas la première fois que les services d’aide aux migrants s’arrêtent après des incidents. À la suite du jet de pierre du mois de mai, les douches avaient été suspendues pendant une dizaine de jours.

 

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