Garba, 16 ans, est arrivée en France à l'âge de 15 ans.
Garba, 16 ans, est arrivée en France à l'âge de 15 ans.

Arrivé en France à 15 ans, reconnu mineur et pris en charge par l’Aide sociale à l'enfance (ASE) d’Indre-et-Loire, Garba avait débuté un apprentissage. Depuis que la cour d’appel d’Orléans a annulé sa reconnaissance de minorité, le monde du jeune Malien s’écroule. L’association AMMI-Val d’Amboise qui le soutient s’est pourvue en cassation.

Tout s’est passé si vite. Du jour au lendemain, Garba, un Malien de 16 ans, arrivé seul en France en mai 2018 et reconnu mineur, est passé du statut de mineur étranger pris en charge par  l’Aide sociale à l’enfance (ASE), à celui d’adulte sans-papiers.

Le 7 septembre dernier, la cour d’appel d’Orléans a annulé sa reconnaissance de minorité établie en octobre 2018 par un juge des enfants. Par ce délibéré, l’adolescent a perdu la prise en charge de l’ASE.

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Garba est arrivé en France à l’âge de 15 ans. Après un bref passage à Paris, il se rend à Tours avec des amis. L’adolescent y est reconnu mineur et pris en charge par l’ASE d’Indre-et-Loire.

Le jeune homme est alors logé dans un appartement avec trois autres jeunes. Un éducateur leur rend visite toutes les semaines. Garba se fait des amis et débute un apprentissage de couvreur.

Pendant dix mois, son quotidien s’organise autour de son travail en entreprise et de sa formation scolaire en CAP. Son patron est content de lui, Garba s’est inscrit au club de football avec ses amis. Tout va bien. Du moins jusqu’au début du mois de septembre.

"Quand Garba a été reconnu mineur, le Conseil départemental a fait appel, comme à chaque fois. Mais en temps normal, ils abandonnent la procédure. Là, ils sont allés jusqu’au bout", explique Cécile Labaronne, présidente de l’association AMMI-Val d’Amboise qui vient en aide aux mineurs non-accompagnés de la région.

Selon elle, la décision de la Cour d’appel serait destinée à sanctionner l’association qui s'est fortement engagée auprès de l'adolescent. "Le jour où Garba était convoqué, deux autres jeunes étaient convoqués et l’appel les concernant a été abandonné", souligne-t-elle. L'association s'est pourvue en cassation.

Un chemin semé d’embûches

Après dix mois de prise en charge, Garba a dû quitter l’appartement où il logeait. Le garçon n’a plus accès à sa scolarité au collège et doit abandonner son apprentissage.

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"Mon patron m’a soutenu parce que quand on lui a expliqué ce qu’il s’était passé, il a dit qu’il voulait me garder", se souvient-il. La préfète d’Indre-et-Loire autorise finalement Garba à poursuivre son apprentissage.

Mais les embûches ne s’arrêtent pas là. Désormais privé de représentant légal, Garba ne peut pas toucher le salaire de son apprentissage car les banques refusent, vu son âge, de lui ouvrir un compte. "Nous sommes en train de voir si nous ne pouvons pas déposer ses chèques sur le compte de l’association", précise Cécile Labaronne.

Garba ne peut plus non plus participer aux matchs de football de son club. Juste avant le délibéré de la Cour d’appel, son éducateur lui avait fait passer la visite médicale nécessaire pour obtenir une licence mais il n’avait pas eu le temps de signer les papiers attestant son identité. Aujourd'hui, plus aucun représentant légal n’est autorisé à les signer pour lui.

Pour Cécile Labaronne, les signes du stress auquel est soumis l’adolescent de 16 ans sont évidents : depuis le délibéré de la Cour d’appel d’Orléans, le jeune a développé d’importants problèmes de peau. "Avant il fumait, une cigarette de temps en temps, maintenant, il fume trois à quatre Gitane par jour", déplore-t-elle.

En attendant le résultat du pourvoi en cassation, AMMI-Val d’Amboise tente d’obtenir un passeport malien pour Garba auprès du consulat malien afin qu’il puisse demander un permis de séjour à sa majorité.

 

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