Fatmeh, à droite sur l'estrade, pose avec sa petite sœur dans la Halle Tony Garnier avant la projection d'Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Crédit : InfoMigrants
Fatmeh, à droite sur l'estrade, pose avec sa petite sœur dans la Halle Tony Garnier avant la projection d'Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Crédit : InfoMigrants

Parmi les centaines de bénévoles impliqués dans l'organisation du célèbre Festival Lumière qui se tenait à Lyon la semaine dernière, figurait une quinzaine de jeunes réfugiés. Depuis plusieurs années, le Festival fait appel à des jeunes étrangers, récemment arrivés en France, pour les aider dans leur insertion professionnelle. Une expérience unique, dans l'univers du cinéma, à mille lieues de leur quotidien. Reportage.

Sur le tapis rouge, devant l'écran géant installé dans la Halle Tony Garnier où se déroulent toutes les soirées phares du Festival Lumière, Fatmeh pose avec sa petite sœur pendant qu'une amie les prend en photo. L'immense salle est encore vide et les trois jeunes filles profitent des derniers réglages des techniciens et de leur accès "backstage" pour immortaliser le moment. 

Dans moins de deux heures maintenant, 5 000 spectateurs vont débarquer ici pour la projection d'Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre en présence du réalisateur français Alain Chabat. Et comme le signalent leurs tee-shirts rouges de bénévoles, les trois jeunes filles auront alors pour mission d'accueillir le public : orienter les uns, renseigner les autres, distribuer des coussins ou des programmes… avec, peut-être, la chance, une fois tout le monde installé, de regarder le film dans un coin de la salle.

Les jeunes bénévoles découvrent l'immense salle de projection. Crédit : InfoMigrants"Je m'en souviendrai longtemps"

Ils sont plus de 800 à être, comme Fatmeh, bénévoles pour le festival Lumière. Mais la jeune fille fait partie d'un petit groupe d'une quinzaine de personnes qui ont une particularité : tous sont réfugiés. 

Depuis plusieurs années, le prestigieux festival fait appel à des jeunes réfugiés, arrivés récemment sur le territoire français, pour "favoriser leur insertion professionnelle", explique la plaquette de communication de l'événement. "Être bénévole dans un festival aussi renommé ouvre des portes. C'est aussi un outil pour s'insérer dans la société", explique ainsi Patricia Deletraz, intervenante sociale à l'association Entraide Pierre Valdo, qui accompagne ces jeunes étrangers.

Âgée de 21 ans, Fatmeh a ainsi fui la Syrie avec ses parents et ses frères et sœurs en 2013. Après plusieurs années en Turquie, à Izmir, la famille originaire d'Alep est arrivée en France l'an dernier et tente depuis quelques mois de refaire sa vie en Haute-Loire grâce au programme de réinstallation Accueil Proche-Orient (ACPO) piloté dans le département par l'association Entraide Pierre Valdo. Pour Fatmeh qui aimerait devenir "vendeuse dans une boutique", le cinéma est un autre monde. Elle paraît d'ailleurs impressionnée par la "très grande salle" et la ville de Lyon qu'elle découvre pour la première fois. "Je suis très contente d'être là, je m'en souviendrai longtemps", dit-elle dans un français hésitant. Comme sa sœur et sa copine, elles espèrent bien garder l'accréditation et le tee-shirt rouge en souvenir.

Le matin même, tout le petit groupe a été accueilli par Thierry Frémaux. "On est fier de vous compter parmi nous", leur a dit le patron du festival. Tous étaient très attentifs même s'il a tout de même fallu un petit temps d'adaptation. Pas facile, en effet, d'assimiler les consignes données "dans un français trop rapide". Les membres de l'association Entraide Pierre Valdo ont du tout réexpliquer, plus lentement, gestes à l'appui.  

Thierry Frémaux, le président du Festival, encourage les jeunes réfugiés. Crédit : InfoMigrantsTout juste arrivée en France avec sa mère dans le cadre du dispositif Réinstallation de protection internationale (REPI) piloté par l'UNHCR, Nounou, Congolaise de 18 ans qui a grandi en Éthiopie, fait partie de ceux qui parlent l'anglais même si elle comprend le français… grâce à la telenovela mexicaine Les Choix de l'amour qu'elle regarde en VF. 

La jeune fille qui aime surtout les Disney avoue moins rêver de devenir actrice que chanteuse, "comme Rihanna". Mais comme les autres, elle ne boude pas son plaisir : "C'est une joie d'être là, de voir des gens, de vivre une nouvelle expérience", explique-t-elle timidement. 

"Peut-être qu'il y aura une chance saisir" 

Après une demande d'asile déposée pour des raisons politiques, Mahad, 33 ans, Éthiopien, vient lui aussi d'obtenir le statut de réfugié en France, "le pays des droits de l'Homme", souligne-t-il. En attente d'une formation de manutentionnaire, il a glissé dans une pochette plusieurs exemplaires de son CV et des lettres de motivation : "Peut-être qu'il y aura une chance saisir". 

"Ça fait du bien de travailler, de se sentir utile, on oublie le passé et ça donne du courage pour après", continue-t-il. Lui connaît déjà Astérix dont il adore les scènes de repas gargantuesques. Jusqu'à la veille, il n'avait jamais vu de film sur grand écran mais tout le groupe a été invité jeudi à la projection d'un film muet des années 20, Le Papillon meurtri. Verdict ? "Whaou !", lâche-t-il en écarquillant les yeux. 

Mahad, réfugié éthiopien, est venu avec quelques CV et lettres de motivation. Crédit : InfoMigrants

 

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