Vahid Lotfi, sa femme Elaheh et leurs enfants en bas-âge ont quitté l’Iran fin 2017

Vahid Lotfi, sa femme Elaheh et leurs enfants en bas-âge ont quitté l’Iran fin 2017 pour fuir des persécutions religieuses après leur conversion au christianisme. Ils viennent de déposer une demande d’asile en France après avoir traversé la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, la Slovénie et l'Italie. InfoMigrants est allé à leur rencontre à Paris.

"C’est un tel soulagement. Les enfants ont retrouvé le calme. Cela fait presque deux ans que nous sommes sur la route et que nous n’avions pas de maison", souffle Elaheh Lotfi. À ses côtés, son mari Vahid prépare un thé chaud. "L’appartement est confortable, nos rendez-vous avec l’administration se sont bien passés, la vie reprend son cours", dit-il soulagé.

La famille Lotfi vient de déposer un dossier de demande d’asile à Paris, où elle a été logée provisoirement dans un centre d’hébergement pour demandeurs d’asile. Avant cela, ils ont passé plusieurs nuits dans la rue et une semaine au chaud grâce à une famille du réseau de l’association Utopia 56.

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En prison pour leur religion

Les Lotfi ont quitté l’Iran fin 2017 pendant une permission de sortie de prison de Vahid. Le père de famille avait été incarcéré à cause de ses croyances religieuses. Depuis plusieurs années, lui et sa femme avaient fait le choix de se convertir au christianisme, or les conversions de l’islam à une autre religion sont interdites par la République islamique d’Iran.

Elaheh et Vahid ont quitté l’Iran précipitamment durant cette permission de sortie, avec Polos et Petros, leurs fils jumeaux, aujourd'hui âgés de 7 ans. Sur la route, Elaheh est tombée enceinte. Elle a accouché d’Emmanuel en Bosnie.

Dupés par la police croate

La famille a tenté de traverser la frontière bosno-croate une dizaine de fois. En juillet, les Lotfi ont réussi à atteindre un camp de migrants à Zagreb. Mais à leur arrivée dans la capitale, la police croate leur a fait croire qu’elle les emmenait vers un centre pour prendre leurs empreintes et ouvrir leur dossier de demande d’asile. Les parents se sont retrouvés avec les enfants dans une voiture banalisée qui les a, en réalité, déposés de force, sous une pluie d’insultes, à la frontière bosniaque.

Ce jour-là, après dix heures de marche, la famille iranienne a dû regagner le centre d'hébergement de Bihac en Bosnie, où elle avait ses repères.

À la suite de cette désillusion, les Lotfi ont choisi de traverser la Bosnie, la Croatie et la Slovénie sans s’arrêter pour éviter de se faire déporter par la police. Ils ont rejoint l’Italie, puis la France fin septembre.

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Attaqués par un ours dans la forêt slovène

En chemin, les enfants ont vécu des situations difficiles. "Dans les forêts slovènes, nous dormions sous la pluie, protégés par une bâche en plastique mais ça ne suffisait pas", raconte Vahid. "Une nuit, nous avons entendu un ours s’approcher et nous avons eu très peur. Nous avons marché près de 4 kilomètres pour nous sentir en sécurité, mais les enfants ont passé une nuit blanche. Ils étaient très angoissés à l’idée que l’ours nous retrouve. Je tentais de les rassurer en vain".

"La voyage avec un nourrisson a été très compliqué", confie Elaheh, qui a repris la route quelques mois à peine après avoir accouché d’Emmanuel. "Entre la Slovénie et l’Italie, nous manquions de lait en poudre. Emmanuel pleurait très fort. Nous lui donnions des biscuits écrasés et des bouts de pains mais nous étions très stressés. Il fallait avancer vite pour lui trouver du lait", témoigne Vahid. L’arrivée en Italie, à Trieste, où la famille a été aidée par des coreligionnaires chrétiens a été un vrai soulagement.

Désormais en France, les enfants prennent leurs marques. Sur la route, ils ont appris l’anglais et le bosnien dans des écoles improvisées dans les camps. Ils vont faire face à un nouveau défi, celui d’apprendre le français à l’école, à Paris. "Ils sont très enthousiastes", s’émeut Elaheh, désormais rassurée sur l'avenir de ses trois fils.

 

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