Crédit : Charlotte Boitiaux
Crédit : Charlotte Boitiaux

Depuis plusieurs semaines, les centres d’accueil de migrants en province (CAO) arrivent à saturation. Une surchauffe qui grippe la machine à Paris. Le camp humanitaire de La Chapelle, qui compte 400 places, ne peut plus accueillir et réorienter tous les prétendants à l’asile qui patientent chaque jour devant ses portes.

La Mairie de Paris s’alarme. Depuis plusieurs semaines, les campements sauvages grossissent à Paris autour du centre humanitaire de La Chapelle. Ce dernier ne serait plus en mesure d’accueillir les centaines de migrants qui patientent devant ses portes. En cause : le manque de places dans les centres d’accueil en province (CAO) qui accueillent les migrants orientés depuis Paris. "La situation pourrait vite devenir insoutenable", s’inquiète Anne Hidalgo, la maire de Paris. La période est "difficile", estime de son côté le ministère de l’Intérieur.

Comment expliquer ce phénomène de saturation en province ?
  • Par les vacances scolaires : certains CAO ont été ouverts dans des centres de vacances – réquisitionnés par l’État - qu’il a fallu rendre pour les vacances de février (vacances qui s’étalent sur un mois selon les zones A, B, C en France). Ces mêmes centres devront également servir aux enfants pour les vacances de Pâques, au printemps, soulignent plusieurs sources.
  • Par l’allongement de la durée d’hébergement : "Les gens restent plus longtemps que prévu dans les CAO", explique une source proche du dossier. En théorie, un migrant est accueilli dans un CAO le temps de faire sa demande d’asile, et pour une durée de quelques mois. Les choses se compliquent quand certains exilés ne souhaitent pas régulariser sa situation en France. Le ministère de l’Intérieur insiste sur le caractère provisoire des CAO (sans aucune précision de temps) mais précise aussi qu’ils resteront ouverts "aussi longtemps qu’il le faudra". Il existe actuellement environ 300 centres d’accueil sur le territoire français capable d’héberger 10 000 migrants.
  • Par l’arrivée d’une nouvelle vague migratoire : il existe un flux inattendu de migrants ayant transité par l’Allemagne ou la Suède et arrivant en France - "70% des arrivées", selon une source proche du dossier -, pas forcément éligibles à une demande d’asile en France et qui mettent le dispositif à l’épreuve. L'Allemagne, qui a accueilli plus d'un million de migrants depuis 2015, souhaite accroître le nombre d'expulsions. En 2016, 80 000 personnes ont été renvoyées d'Allemagne ou ont quitté le pays volontairement, contre 50 000 l'année précédente.

>> À relire sur InfoMigrants : "Le camp de la Chapelle sous le feu des critiques"

La saturation des centres d’accueil français entraîne la réapparition de campements sauvages. Pour débloquer la situation, 5 000 places supplémentaires devraient voir le jour dans les CAO au printemps. En attendant, les forces de l’ordre sont dépêchées pour éviter les réinstallations de tentes dans la capitale. Cette politique tourne, selon les bénévoles, au "harcèlement", avec la confiscation de couvertures début janvier ou l’installation cette semaine de blocs de pierre sous un pont où dormaient des Soudanais - que la Ville justifie par l’imminence de travaux.
 

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