Vue du port de Zeebruges d'où est parti le conteneur dans lequel 39 personnes ont été retrouvées mortes mercredi 23 octobre 2019. REUTERS/Francois Lenoir
Vue du port de Zeebruges d'où est parti le conteneur dans lequel 39 personnes ont été retrouvées mortes mercredi 23 octobre 2019. REUTERS/Francois Lenoir

Le conteneur frigorifique dans lequel ont été trouvés mercredi 39 personnes d’origine chinoise était passé par la Belgique. Le pays est devenu une voie de passage très empruntée par les migrants et les réseaux de trafiquants.

Le parquet fédéral belge n’a pas attendu d’avoir plus d’éléments. Dès l'annonce, mercredi 23 octobre, de la découverte des 39 corps dans une zone industrielle à l'est de Londres, une enquête a été ouverte en Belgique, parallèlement aux investigations britanniques.

Le conteneur avait quitté Zeebruges mardi après-midi. Ce port belge, au nord d'Ostende, est devenu ces-dernières années, avec les ports français de Calais et Dunkerque, l’un des principaux points de départs des migrants pour le Royaume-Uni.

Pour le parquet belge néanmoins, rien ne prouve "pour le moment" que les victimes sont montées à bord du camion en Belgique. "L'enquête déterminera depuis combien de temps ils sont morts. Le conteneur a peut-être franchi la Manche avec des migrants déjà morts à bord", a dit à l'AFP François Gemenne, universitaire spécialiste des migrations.

Entre 800 et 1 000 migrants se trouvent actuellement en Belgique, dans l’attente d'une solution pour franchir la Manche. Un chiffre globalement inchangé depuis trois ans. L’augmentation du nombre de migrants et de passeurs dans le pays aurait été consécutive du démantèlement de la "jungle" de Calais qui avait accueilli plus de 8 000 personnes.

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"Triangle Paris-Bruxelles-Calais"

"Il y a un triangle Paris-Bruxelles-Calais dans lequel se déplacent les migrants", souligne Mehdi Kassou, qui anime un réseau de citoyens belges hébergeant ces clandestins, souvent venus du Moyen-Orient, du Soudan ou d'Érythrée.

"S'il y a une évacuation de camp en France, comme récemment à Grande-Synthe, dans les jours suivants on a 70 ou 80 personnes qui rejoignent Bruxelles ou Paris pour trouver de l'aide", explique-t-il.

En Belgique, le point de départ des migrants est bien souvent la gare du Nord de Bruxelles. La traversée vers le Royaume-Uni débute, elle, sur des parkings d’autoroutes, en direction du littoral. C'est là que les migrants tentent de monter dans des camions. La surveillance policière a été renforcée sur ces espaces de stationnement, mais les réseaux de passeurs s’adaptent et modifient leurs habitudes en fonction de la présence policière.

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Alors que faire pour endiguer le problème ? "Tant que l'Angleterre restera une destination attractive pour eux, ce qui est le cas depuis assez longtemps et qui va le rester sans doute même après le Brexit, on aura des migrants qui voudront absolument franchir cette frontière", affirme François Gemenne.

Pour lui, la solution pourrait peut-être passer par "un quota [de migrants] annuel, en tout cas des voies sûres et légales" de passage.

Car "les passeurs se contrefichent éperdument du sort des migrants", fustige-t-il, "la caractéristique sordide de ce trafic, c'est que si vous perdez la marchandise, personne ne vous la réclame".


 

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