InfoMigrants
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Depuis vendredi, plusieurs centaines de migrants ont franchi de force la frontière entre l’Espagne et le Maroc. Ce dernier, en froid avec l’Union européenne avait menacé début février de relâcher le contrôle exercé sur les migrants tant que l’accord de libre-échange passé avec le Maroc ne concerne pas le Sahara occidental.

En quatre jours, plus de 850 migrants venus d’Afrique ont réussi à forcer la frontière entre le Maroc et l’Espagne dans l’enclave espagnole de Ceuta, et sont ainsi entrés dans l’Union européenne (UE). La surveillance de la seule frontière terrestre entre le continent africain et l’UE relève de la responsabilité de l’Espagne et du Maroc, mais ce dernier, en froid avec Bruxelles au sujet d’un accord de libre-échange, a récemment menacé à demi-mots de relâcher son contrôle.


Conflit au Sahara occidental

Le différend qui oppose le Maroc et l’Union européenne porte sur l’interprétation d’un accord de libre-échange signé en 2012 sur les produits de l’agriculture et de la pêche.

Depuis l’annexion du Sahara en 1976, le royaume chérifien exploite les ressources naturelles de ce territoire : ses nappes phréatiques indispensables pour l’agriculture mais aussi ses eaux considérées comme les plus poissonneuses d’Afrique. Les produits issus de la pêche et de l’agriculture sont ainsi exportés vers l’Union européenne.

Mais le Front Polisario qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental et conteste certaines opérations commerciales a déposé un recours devant la justice européenne en 2012. « Nous avons entrepris cette action à la fois pour défendre les droits des peuples sur leurs ressources naturelles et pour couper la source économique de la colonisation », explique Maître Gilles Devers, l’avocat du Front Polisario, cité par le site Orient XXI.

Fin 2016, la Cour de justice européenne a estimé en dernière instance que l’accord de libre-échange ne s’applique pas au Sahara occidental. En effet selon le tribunal, cette ancienne colonie espagnole contrôlée par Rabat ne relève pas de la souveraineté du Maroc et, par conséquent, les accords ne peuvent s’y appliquer. La cour a également jugé que "le peuple de ce territoire (NDLR : Sahara occidental) doit être regardé comme un tiers susceptible d’être affecté par la mise en œuvre d’un accord de libération", a-t-elle déclaré. "Or, en l’occurrence, il n’apparait pas que ce peuple ait consenti à ce que l’accord soit appliqué au Sahara occidental", a encore souligné la Cour de justice de l’Union européenne.

L’immigration, arme du Maroc contre l’UE

Furieux de cette décision, le ministère marocain de l’Agriculture a prévenu le 6 février dernier que l’Europe s’exposait à un "véritable risque de reprise des flux migratoires que le Maroc, au gré d’un effort soutenu, a réussi à gérer".

Le royaume chérifien utilise ainsi l’immigration comme arme pour faire pression sur l’Union européenne. "Toute la politique extérieure du Maroc est conditionnée par l’affaire du Sahara occidental", explique à InfoMigrants Khadija Mohsen Finan, enseignante-chercheure à l’université Paris 1. "Si l’UE n’appuie pas le Maroc sur le contrôle du Sahara occidental et ne ferme pas les yeux sur les produits venant de cette région, alors le pays ouvrira et fermera les frontières à sa guise", poursuit-elle.

Un argument de poids pour l’Union européenne qui tente difficilement de gérer l’important flux migratoire le long de ses frontières. Ainsi, la Grèce et l’Italie se disent saturées par les demandes d’asile et se sentent abandonnées par les instances européennes. Le risque serait donc que l’Espagne soit à son tour débordée par un afflux massif de migrants venant du continent africain.
 

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