Cédric Herrou et des demandeurs d'asile. Crédit : Laurent Carré
Cédric Herrou et des demandeurs d'asile. Crédit : Laurent Carré

L'agriculteur Cédric Herrou a été interpellé samedi et placé en garde à vue à Nice pour la onzième fois après un contrôle de police près de la frontière italienne en compagnie de deux demandeurs d’asile. Le militant, qui a été libéré en fin d’après-midi, dénonce une incompétence de la part des fonctionnaires de police.

Pour la onzième fois, Cédric Herrou a été placé en garde à vue à Nice ce week-end. L'agriculteur militant, qui a monté la première communauté rurale Emmaüs de France sur sa propriété de Breil-sur-Roya, dans les Alpes-Maritimes, a été interpellé samedi 26 octobre après un contrôle de police sur l'autoroute A8 au péage de La Turbie, près de la frontière italienne, alors qu'il se dirigeait vers Nice avec deux compagnons d'Emmaüs.

Cédric Herrou "se rendait, comme fréquemment, au marché de Saint-André-de-la Roche près de Nice pour vendre ses œufs et ses légumes quand les CRS l'ont contrôlé ainsi que ses deux passagers", a indiqué son avocat Me Zia Oloumi, à l'AFP. "Il a alors filmé ses compagnons en train de se faire contrôler par les policiers lorsque ces derniers lui ont intimé l'ordre d'arrêter. Cédric a indiqué qu'il était en droit de filmer et là, ils l'ont plaqué contre sa voiture et placé en garde à vue."

Selon Me Oloumi, les policiers ont alors évoqué un motif d'"aide à l'entrée d'étrangers en situation irrégulière", avant de se rendre compte que les deux compagnons d'Emmaüs, des demandeurs d'asile originaires d'Afrique, étaient en situation régulière. Ces deux personnes ont été libérées plus tôt dans la journée. Cédric Herrou a pour sa part été remis en liberté vers 18H30, sans poursuites contre lui "à ce stade".

"Incompétence"

Cette énième arrestation est une nouvelle preuve du recours abusif aux gardes à vue selon Cédric Herrou, qui s’insurge du manque de formation de la police.

"Le flic qui nous a interpellé a vérifié nos papiers. L’un des deux demandeurs d’asile était en possession d’un document émanant d’une structure Pada (structures de premier accueil des demandeurs d’asile, ndlr) et le policier ne savait visiblement pas ce que c’était. Il a cru que cette personne était en situation irrégulière", explique l'intéressé, contacté par InfoMigrants. "En gros, j’ai été mis en garde à vue car la police est incompétente. Les policiers ne savent même plus procéder à un contrôle d’identité. Moi qui suis agriculteur, je connais le droit mieux qu’eux. C’est grave."

Sur Twitter, le militant a interpellé le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, "sans ironie" précise-t-il, pour proposer de former gratuitement la police en matière de droits des étrangers.

Car, selon Cédric Herrou, il est urgent de mettre un terme au harcèlement et à la stigmatisation que subissent les personnes migrantes. "Chaque semaine, on se fait arrêter en se rendant à ce marché simplement parce qu’il y a des Noirs dans la voiture. Il s'agit tout simplement de contrôles au faciès systématiques. On est habitués maintenant : on prévoit toujours une heure de plus pour nos trajets."

À (re)lire : Cédric Herrou : "On peut sauver les gens en leur montrant qu’ils sont nécessaires"

En juillet, Cédric Herrou, symbole de l'aide aux migrants dans cette région frontalière de l’Italie, et son association Défends ta citoyenneté ont mis sur pied une communauté Emmaüs paysanne pouvant accueillir jusqu’à huit personnes, dont des demandeurs d’asile et réfugiés, pour travailler sur la propriété de l’agriculteur.

Accumulation de procès

Ces dernières années, le militant chevronné de la vallée de la Roya est devenu un habitué des tribunaux. Condamné à une amende par le tribunal correctionnel de Nice en mars 2017 pour avoir apporté de l'aide à des migrants, il avait vu sa peine alourdie en appel à Aix-en-Provence en août 2017. Ses avocats avaient ensuite saisi avec succès la Cour de cassation, obtenant une décision historique du Conseil constitutionnel validant le principe de fraternité. Il doit être rejugé par la cour d'appel de Lyon à une date qui n'a pas encore fixée.

Cédric Herrou est par ailleurs actuellement sous contrôle judiciaire dans le cadre d'une instruction en cours au tribunal de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, pour "aide au séjour irrégulier".

Mi-octobre, il a été relaxé par la cour d'appel d'Aix-en-Provence dans le cadre d'une autre affaire : injure publique envers le préfet des Alpes-Maritimes. Ce verdict confirmait la décision du tribunal correctionnel de Nice, qui l'avait également relaxé en première instance. En 2017, alors qu'il cherchait à aider plus de 90 migrants arrivés à Breil-sur-Roya à rejoindre Nice en train pour y déposer une demande d'asile, Cédric Herrou avait écrit sur Facebook : "Peut-être le préfet des Alpes-Maritimes pourrait-il s'inspirer des accords avec la SNCF pendant la 2e guerre pour le transport des juifs pour gérer le transport des demandes d'asile ?".

 

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