Les migrants d'Abu Salim ont dormi, le 31 octobre, à même le sol, avec des couvertures prêtées par d'autres migrants, dans la cour du GDF, le centre du HCR à Tripoli. Crédit : DR
Les migrants d'Abu Salim ont dormi, le 31 octobre, à même le sol, avec des couvertures prêtées par d'autres migrants, dans la cour du GDF, le centre du HCR à Tripoli. Crédit : DR

Les migrants qui campaient depuis deux jours devant le GDF, le centre du Haut-Commissariat des réfugiés de l'ONU en Libye, sont parvenus à entrer dans la cour intérieur du bâtiment, jeudi. En revanche, ils n'ont pas accès aux hébergements et dorment toujours dehors, exposés aux intempéries. Le groupe de 400 personnes avaient quitté le centre de détention d'Abu Salim, dans la capitale libyenne, le 29 octobre.

“C’est le chaos”, confie Mohammed, un Soudanais contacté par InfoMigrants. Depuis mardi 29 octobre, la situation est explosive au GDF, le centre de rassemblement et de départ géré par le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) à Tripoli, en Libye. Environ 400 migrants sans abri qui patientaient devant le centre du HCR dans l’espoir d’y trouver un toit temporaire, ont enfin pu pénétrer dans la cour intérieure du lieu, jeudi 31 octobre. “Ils sont entrés, je ne sais pas comment mais ils sont à l'intérieur du centre. Entendez-vous les acclamations et les sifflements derrière moi?", lance le jeune homme arrivé au GDF il y a environ quatre mois.

Selon les informations d’InfoMigrants, la police libyenne a contraint les migrants sans-abri à franchir les grilles du centre sous peine d’être renvoyés en prison. Le groupe avait été relâché du centre de détention d’Abu Salim, au sud de Tripoli plus tôt cette semaine. Libres, ils ont alors marché jusqu’au GDF qui représente le centre le plus sûr pour les migrants actuellement en Libye.

"Pas de places au GDF"

Après deux nuits dehors, sous la pluie, les conditions ne se sont pas améliorées depuis qu’ils sont parvenus à entrer dans l’enceinte du centre onusien. “Il n’y a pas de places pour eux, donc rien a changé, ils ont encore dormi dehors la nuit dernière sauf que cette fois-ci ils étaient dans la cour du centre”, raconte Mohamed qui ajoute que plusieurs migrants logés sur place ont distribué de la nourriture et leurs propres couvertures pour venir en aide aux nouveaux arrivants. “Le seul moyen pour nous de survivre, c’est de se serrer les coudes”, commente-t-il. “Nous nous battons tous pour la même cause et contre la même injustice.”

Le 30 octobre, dans un communiqué, le HCR évoquait la "surpopulation" du GDF pour justifier son incapacité à laisser entrer les 400 migrants d'Abu Salim entre ses murs. "Bien que nous comprenions parfaitement la situation très difficile dans laquelle se trouvent ces personnes, il se trouve que le GDF est confronté à des conditions de surpopulation avec plus de 820 personnes qui y sont hébergées, soit bien au-delà de sa capacité initiale d’accueil de 600 personnes".

Plusieurs témoins affirment, en outre, que les cuisines du GDF sont restées fermées, vendredi 1er novembre. Par conséquent, la totalité des résidents du centre, soit environ 1 000 personnes, n'ont pas eu de petit-déjeuner ou de déjeuner. 

“C’est une punition de groupe, ils essaient de nous affamer pour nous forcer à quitter les lieux”, estime un migrant Érythréen, qui fait partie des 400 d'Abu Salim. Et de clamer : “Nous préférons mourir de faim que de torture en retournant dans les rues de Tripoli”. 

Contacté à plusieurs reprises cette semaine par InfoMigrants, le HCR n'a pas répondu à nos sollicitations.

D’une capacité de 600 places, le GDF à Tripoli a pour vocation de transférer les réfugiés vulnérables sélectionnés par le HCR vers un lieu sûr, en Europe, notamment, via les programmes de réinstallation. Ou de les diriger vers d’autres structures d’urgence dans des pays tiers (au Niger ou au Tchad). Il peut également proposer des retours volontaires aux migrants qui souhaitent rentrer chez eux. 

En juillet déjà, un autre groupe de migrants avaient rejoint le GDF à pied, après avoir fui la prison bombardée de Tajourah. Eux non plus ne reçoivent pas l’aide du HCR. "Depuis que nous sommes au centre, les gens de l’ONU nous disent qu’ils ne peuvent rien faire pour nous. Ils nous disent que rester dans les locaux ne sert à rien", a expliqué Fadumo, un de ceux qui avaient fui Tajourah. Le groupe d’Abu Salim ne devrait donc pas faire exception, le HCR ayant d’ailleurs rappelé qu’il ne traiterait que les dossiers des migrants que ses services ont amenés au GDF.

Avec l’entrée, jeudi, des migrants d’Abu Salim, le GDF compte désormais environ 1 000 personnes entre ses murs.

 

Et aussi