Des tentes de migrants, à Calais, le 31 octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil
Des tentes de migrants, à Calais, le 31 octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil

Trois jours après la mort d’un Nigérian de 25 ans, mort asphyxié sous sa tente, les ONG présentes à Calais, dénoncent les conditions de vie des migrants. Ce décès survenu dans un campement est le premier du genre depuis le démantèlement de la "jungle" en octobre 2016.

La polémique sur les conditions d'accueil des migrants à Calais a enflé samedi 2 novembre après la mort d'un jeune exilé, les associations et la gauche dénonçant une situation "indigne", aggravée par un arrêté municipal pris à l'occasion des festivités culturelles.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un Nigérian de 25 ans est décédé en essayant de faire "un petit feu dans une boîte de conserve pour cuisiner et se réchauffer" dans sa tente, rue des Huttes, où des distributions de repas sont régulièrement assurées, ont annoncé plusieurs associations.

"C’est le premier décès sous une tente depuis le démantèlement de la ‘jungle’, en 2016", rappelle François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants. L’autopsie est toujours en cours pour confirmer la mort par asphyxie au monoxyde de carbone.

Les associations ont prévenu sa sœur en Allemagne

Utopia 56 a pu entrer en contact avec la sœur de la victime, qui vit en Allemagne. "Elle a été prévenue de la mort de son frère par ses amis. Nous l’avons appelée, quelques heures plus tard, pour nous assurer qu’elle avait eu l’information. Nous lui avons dit qu'elle pouvait nous contacter en cas de besoin", explique Antoine Nehr, d’Utopia 56.

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Des bougies ont été allumées, le vendredi soir, à côté de la tente où s’était installé le Nigérian, vers la rue des Huttes*. "C’était une petite cérémonie très privée avec les personnes de son ‘groupe’, qui dormaient autour du même feu de camp", continue Antoine Nehr.

Le jeune homme, à Calais depuis un mois, aurait été intoxiqué par le dégagement de fumées, a précisé la préfecture du Pas-de-Calais. "Mais le froid a-t-il joué un rôle ?", s'interroge encore François Guennoc de l'Auberge des Migrants.

La victime, dont le nom n’a pas été dévoilé "le temps de prévenir sa famille", ne souhaitait pas se rendre en Angleterre, selon les informations d’InfoMigrants. Le jeune homme voulait déposer une demande d’asile en France.

Les ONG dénoncent depuis plusieurs années les conditions d'accueil à Calais "indignes et inhumaines".

Mettre l'État "face à ses responsabilités"

À l'approche de l'hiver, Utopia 56 et L'Auberge des migrants déplorent "les manquements criants de l'État face à ses responsabilités en matière de droits des exilés".

"Entre autres, face à la chute des températures, aucune mise à l'abri pérenne n'existe, ce qui expose les personnes exilées à des risques potentiellement mortels", insistent-elles dans un communiqué.

Les traversées de la Manche, qui s'étaient taries depuis le démantèlement fin 2016 à Calais de l'immense camp insalubre surnommé la "jungle", ont repris depuis fin 2018, malgré le danger lié à la densité du trafic, aux forts courants et à la faible température de l'eau.

La polémique intervient alors que plusieurs migrants sont décédés ces dernières semaines en tentant de rejoindre l'Angleterre. Mi-octobre, deux jeunes Irakiens ont été retrouvés morts sur une plage au Touquet, une première dans le Pas-de-Calais. Huit jours plus tard, les corps de 39 migrants - probablement vietnamiens - étaient retrouvés dans un camion frigorifique près de Londres.

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*Outre le campement de la rue des Huttes, des migrants, principalement érythréens, se rassemblent au camp BMX, situé près du stade de l’Épopée Marck et d’autres, principalement afghans, sont à proximité de l’hôpital. Un quatrième camp sauvage se trouve dans la commune de Marck-en-Calaisis.

 

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