Des Tunisiens près du hotspot de Lampedusa, en octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Des Tunisiens près du hotspot de Lampedusa, en octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

En reportage à Lampedusa, InfoMigrants a pu rencontrer de nombreux migrants tunisiens. Ils expliquent pourquoi ils n’ont pas eu le choix de quitter la Tunisie. Témoignages.

Marzouk, 28 ans, originaire de Zarzis, a quitté son pays pour fuir le racisme :

"J’ai quitté la Tunisie car j’étais victime de racisme à cause de ma couleur de peau. Nous, les Tunisiens à la peau noire, on ne peut pas travailler comme les Blancs en Tunisie, les patrons rechignent à nous embaucher.

Au travail, certains chefs ne m’appelaient jamais pas par mon prénom, ils disaient : ‘Le noir, tu viens’. Parfois, je devais faire toutes les tâches seul alors que d’autres n’avaient rien à faire.

On me disait régulièrement que je ne pouvais pas être réellement d’origine tunisienne puisque j’étais noir.

Lors de mes études aussi, c’était compliqué pour moi. Les professeurs me mettaient toujours des mauvaises notes alors que je travaillais bien. Pour les autres c’était simple mais pour moi c’était compliqué.

Marzouk et son ami ont fui la Tunisie à cause du racisme. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrantsDans les rues, les gens nous insultaient et nous regardaient mal, surtout les personnes âgées.

J’étais en couple avec une Tunisienne blanche mais je ne pouvais pas me marier avec elle, car sa famille refusait qu’elle soit avec un noir.

Avec un ami d’enfance, lui aussi noir, on se disait souvent qu’on devait fuir ce pays, on était fatigués de subir tant de violences. Alors un jour, avec d’autres connaissances on a acheté un bateau et on a pris la mer. Il fallait partir, on n’avait plus le choix."

Hakim, 21 ans, originaire de Zarzis, a quitté son pays pour des raisons économiques :

"Mon père et mon frère sont noirs, moi je suis plus clair qu’eux. Je connais très bien les problèmes liés à la couleur de peau. C’est très difficile de vivre et de travailler en Tunisie quand tu es noir.

>> À lire sur InfoMigrants : En Italie, les espoirs brisés des migrants tunisiens

Même si j’ai la peau plus blanche, je ne trouvais pas de travail en Tunisie malgré ma formation logistique. Même si on fait des études, on n’a peu de chances de trouver un emploi.

Je perdais mon temps là-bas, je n’avais pas d’avenir."

Youssef, 25 ans, originaire de Djerba, à quitter son pays pour trouver du travail :

"J’ai essayé neuf fois de prendre la mer mais à chaque fois j’ai été récupéré par la marine tunisienne. C’est la première fois que je réussi à atteindre Lampedusa.

En Tunisie, je travaillais dans une épicerie mais elle a été incendiée trois fois. J’ai essayé d’être coiffeur ou peintre en bâtiment, j’ai fait cinq formations différentes mais je n’ai pas trouvé de travail.

En plus, mes frères vivent en France. Je suis le seul enfant de la famille à vivre en Tunisie avec ma mère, j’aimerais bien retrouver mes frères. Mon père aussi vivait en France mais il est mort il y a deux ans, je n’ai pas pu le revoir avant sa mort.

Un jeune Tunisien face au port de Lampedusa. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrantsJ’avais une copine en Tunisie mais comme je n’avais pas d’argent, sa famille a refusé le mariage.

En Tunisie, tout le monde m’a dit d’aller en Europe. Tous les jeunes ont déjà essayé au moins une fois, c’est presque un passage obligé."

Mahmoud, 24 ans, originaire de Sfax, a quitté son pays en voyant sur les réseaux sociaux la vie de ses amis partis vivre en Europe :

"Je travaillais dans la mécanique en Tunisie mais je n’avais pas assez de travail et de revenus.

C’est très dur de travailler en Tunisie : si tu as de l’argent tu peux tout faire, mais si tu n’en as pas tu n’as rien. Cette injustice est très dure à vivre au quotidien.

En Europe, il y a tout : des voitures, des maisons, du travail… Je suis tombé amoureux de l’Europe en voyant sur les réseaux sociaux les photos de mes amis qui sont déjà sur le continent. On voit bien sur leur page Facebook ou Instagram que la vie est plus facile. Ils me disent aussi qu’ils vivent mieux là-bas.

Quand j’aurais réussi à quitter l’Italie, je vais trouver du travail et tout sera plus facile."

 

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