Les hommes seuls sont rassemblés d'un côté pendant l'évacuation des campements porte de la Chapelle, le 7 novembre 2019. Crédit : InfoMigrants
Les hommes seuls sont rassemblés d'un côté pendant l'évacuation des campements porte de la Chapelle, le 7 novembre 2019. Crédit : InfoMigrants

Les forces de l'ordre ont évacué ce jeudi à l’aube, deux campements de migrants situés porte de la Chapelle, dans le nord de Paris. Environ 1 600 personnes, dont de nombreuses familles, ont pu monter dans des bus vers des hébergements d’urgence. Près de 600 policiers étaient mobilisés. Le préfet de région, Michel Cadot, a déclaré que le retour des migrants dans le secteur ne serait pas possible. Une présence policière sur place s'assurera qu'aucun camp ne soit reformé.

Une importante opération d'évacuation de deux campements regroupant 1 600 migrants, dans le nord-est de Paris, a été lancée jeudi 7 novembre vers 4h30 du matin. Venus avec des valises, des poussettes, des sacs plastiques remplis de leurs effets personnels et de couvertures, des centaines de migrants ont patienté dans le froid, sur la grande esplanade de la porte de la Chapelle, en attendant d'être évacués vers des centres d'hébergement. La majorité des personnes sont de nationalité afghane, soudanaise, érythréenne, syrienne, mais certains d’entre eux disent aussi venir d’Europe de l’Est.  

Beaucoup sont des dublinés, mais dans la foule se trouvent aussi des primo-arrivants, des déboutés du droit d’asile, et même des réfugiés statutaires, qui ne "savent pas" comment trouver un hébergement pérenne. En attendant les bus de la préfecture chargés de les emmener sous un toit, tout le monde patiente, dans le calme, mais en grelottant. 

Les bébés sont emmitouflés dans des couvertures, les enfants couverts de la tête au pied, les yeux mi-clos, embués de fatigue. On se serre les uns contre les autres pour éviter les gouttes de pluie qui tombent sans discontinuer depuis 4h du matin. Certains ont même ressorti leur sac de couchage pour se blottir dedans en attendant de monter dans les bus. 

La présence policière a été particulièrement importante : près de 600 policiers ont été mobilisés pour cette évacuation d’une ampleur inédite qui intervient au lendemain du plan Immigration présenté par le gouvernement – qui prévoit notamment une hausse des expulsions. La maire de Paris, Anne Hidalgo a fait le déplacement, ainsi que le préfet de région, Michel Cadot.

"C’est ma 6e… 7e évacuation… Je ne sais plus"

Dans ce contexte de durcissement de la rhétorique sur la politique migratoire, le gouvernement s'est engagé hier à évacuer les camps du nord-est parisien "avant la fin de l'année". Un autre campement, qui se trouve vers la porte d'Aubervilliers, doit faire l'objet d'une prochaine opération similaire.

"Je ne sais pas où on va aller mais je me suis préparée à partir", explique une mère de famille albanaise avec un de ses bébés endormi dans les bras. "J’ai été déboutée de tous mes recours, mais je ne peux pas rentrer chez moi, pour des raisons politiques. J’espère qu’ils ne vont pas me renvoyer", explique-t-elle en tremblant de froid.

Les militants associatifs, de leur côté, veillent au grain. "Comment s'assurer qu'une fois installés en [centres], certaines des personnes mises à l'abri ne seront pas placées en centres de rétention, à l'abri des projecteurs ?", écrit l'association Utopia 56, dans un communiqué.

Les hommes seuls ont été séparés du groupe des familles. Ils patientent à quelques mètres de là, abrités sous un autre pont du périphérique. Tous disent avoir été prévenus de cette grande évacuation il y a plusieurs jours déjà, par les associations. 

Ils n'ont pu monter dans les bus que vers 7h, après le départ des personnes jugées les plus vulnérables. "C’est ma 6e évacuation… Non ma 7e… Je ne sais plus, je ne les compte plus", souligne Ali, un migrant soudanais, à Paris depuis 2017, qui n’a emmené aucune valise. "J’ai tout laissé là-bas plus haut, sous ma tente", explique-t-il. "De toute façon, c’est toujours pareil. On va m’héberger quelques temps dans un centre puis on va me demander de partir. Alors je reviendrai ici".

Fait nouveau : éviter la reconstitution de campements en maintenant une présence policière dans la zone

Ali semble ignorer qu’il aura sans doute du mal à revenir sur les lieux et à retrouver ses affaires. En effet, la police a annoncé vouloir tout mettre en œuvre pour éviter le retour des migrants dans le secteur, et éviter la reconstitution des campements. "Jusque-là, on avait des opérations de mise à l'abri de 200, 300 personnes, mais on ne vidait jamais les campements et ils revenaient. Avec cette opération, on a un objectif de zéro retour", explique-t-on à la préfecture de police.

"C'est un fait nouveau, il y aura un maintien de présence policière [dans le secteur] pour éviter la reconstitution de ces campements", a déclaré de son côté Michel Cadot, dans un point presse improvisé porte de la Chapelle.

La préfecture a notamment jugé que les campements prenaient "trop d'ampleur" et qu'une "délinquance" s'y installait. La préfecture en veut pour preuve les 213 atteintes aux personnes répertoriées sur le "secteur" de la porte de la Chapelle depuis début 2019. Sans compter les "rixes entre migrants".

Pour éviter que des camps ne se reforment, des forces mobiles doivent "tourner 24 heures sur 24 sur place", pour effectuer des contrôles d'identité et "placer en centre de rétention s'il le faut". Le tout accompagné d'un "dispositif de vidéo-patrouilles, avec notamment quelques caméras tactiques spécifiquement prévues pour cette action".

 

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