Le squat Saint-Just, à Marseille. Crédit : InfoMigrants
Le squat Saint-Just, à Marseille. Crédit : InfoMigrants

Le tribunal d'instance de Marseille a ordonné jeudi l'expulsion "sans délai" des migrants mineurs isolés qui vivent, pour certains depuis des mois, au squat St-Just situé dans le nord de la Cité phocéenne. Cette décision de justice a toutefois peu de chances d'être appliquée.

Malgré la décision prise, jeudi 7 novembre, par un tribunal d'instance d’expulser les mineurs occupant un bâtiment diocésain du 13e arrondissement de Marseille, l’ambiance est calme parmi les premiers concernés. "Il n’y a pas du tout d’affolement général, les jeunes font ce qu’ils ont à faire, ils continuent d’aller à l’école, d’attendre leur placement en hébergement", explique à InfoMigrants Isabelle, une bénévole du collectif 59 St-Just qui aide à la gestion de ce squat ouvert depuis décembre 2018.

Actuellement, plus de 300 personnes vivent dans cette bâtisse délabrée, dont la moitié sont des mineurs isolés. Le diocèse, qui en est propriétaire, paie notamment les factures d'eau et d'électricité mais il a tout de même intenté une action en justice il y a quelques mois, notamment parce qu'il souhaitait vendre les lieux à un institut de formation.

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Paradoxalement, la décision d'expulsion des mineurs du squat n'est pas une mauvaise nouvelle pour les défenseurs de la cause. Ils veulent même croire que les autorités n'auront désormais pas d'autre choix que de prendre en charge les jeunes sans-abri. "Nous restons combatifs. Et on espère que cette décision va faire bouger les choses, que le conseil départemental et l’État vont prendre leurs responsabilité", déclare Isabelle. En France, la prise en charge et l’hébergement des mineurs isolés revient au département, en l'occurrence ici celui des Bouches-du-Rhône qui affirme, de son côté, crouler sous l’afflux de jeunes migrants ces dernières années.

"C'est une décision de justice conforme à ce que l'on attendait, puisqu'on avait formulé aucune demande, afin de mettre le conseil départemental au pied du mur", a renchéri auprès de l'AFP Me Laurie Quinson qui représente les mineurs dans cette affaire. Ils ne sont, selon elle, qu’une poignée à être concernés par le jugement : "ceux qui étaient dans le squat au début de la procédure et y vivent encore".

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En outre, l’avocate souligne que la décision d'expulsion sans délai a, de toute façon, peu de chances d’être suivie d’effet, "puisque le diocèse préférera vider le squat d'un coup [adultes et mineurs compris], afin qu'il ne puisse plus se remplir". 

Évacuation en vue en février ?

Du côté du diocèse, l’avocate Me Camille Tapin-Reboul a confirmé, également à l’AFP, que l’application du jugement est peu probable : "En théorie les mineurs pourraient être expulsés à tout moment, mais ça paraît compliqué de vider partiellement le bâtiment".

Une épée de Damoclès subsiste toutefois. En juillet dernier, le tribunal d'instance avait octroyé un délai de plusieurs mois aux familles et aux adultes seuls qui vivent sur place. Ils ont ainsi jusqu'au 9 février pour quitter les lieux, n’étant pas protégés par la trêve hivernale, selon Me Tapin-Reboul.

"Vu le soutien que l’on a et la médiatisation du squat, on ne s’inquiète pas trop", reprend Isabelle, la bénévole de St-Just. "Nous sommes devenus un véritable laboratoire scruté à l’échelle nationale. Tout ceci est politique. En février, nous serons à un mois des municipales, je vois mal les cars de CRS et de la préfecture arriver pour déloger des centaines de personnes en plein hiver… Pour moi il y a très peu de risque pour le moment."

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Au 31 août, 1 025 jeunes migrants étaient placés sous la responsabilité du Département des Bouches-du-Rhône et plus d’une centaine d’autres en attente d’évaluation sociale. Le conseil départemental indique que 235 places d’hébergement ont été créées en 2019 et en promet 160 nouvelles d'ici la fin de l'année.

 

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