Une vedette des garde-côtes libyens en mer Méditerranée. Crédit : compte Twitter des garde-côtes libyens
Une vedette des garde-côtes libyens en mer Méditerranée. Crédit : compte Twitter des garde-côtes libyens

Selon un accord secret entre Malte et la Libye, révélé par la presse maltaise, les embarcations de migrants se trouvant dans la zone de recherche et sauvetage maltaise et se dirigeant vers la petite île méditerranéenne peuvent interceptées par les garde-côtes libyens. Les passagers sont renvoyés en Libye, où la guerre fait rage.

Des révélations du quotidien maltais Times of Malta ont mis à jour, dimanche 10 novembre, un accord secret passé entre les Forces armées de Malte et les autorités libyennes. Cet accord, qui irait à l'encontre du droit maritime international, prévoie que les militaires maltais sollicitent l’intervention des garde-côtes libyens lorsqu'ils repèrent une embarcation dans la zone de recherche et sauvetage (SAR) maltaise, sur le point de pénétrer dans les eaux maltaises, rapporte le média.

"Quand il y a un vaisseau qui se dirige vers nos eaux, les Forces armées se coordonnent avec les Libyens qui récupèrent [les passagers] et les ramènent en Libye avant qu’ils ne pénètrent dans nos eaux et deviennent notre responsabilité", a indiqué une source gouvernementale citée par le Times of Malta.

Sans cet accord, assure ladite source, l’île de Malte, où les navires humanitaires ont débarqué des centaines de naufragés ces derniers mois, aurait "coulé" sous l'afflux de migrants.

Selon le droit maritime international, un pays a l’obligation de porter secours à un bateau qui se déclare en détresse dans la SAR zone qui lui est rattachée et de lui proposer d'accoster dans un port sûr.

Plusieurs ONG avaient déjà dénoncé des pactes similaires passés entre l’Italie et la Libye, or ces derniers concernaient des bateaux de migrants présents dans les eaux libyennes. Fait nouveau, cet accord entre la Valette et Tripoli encouragerait les garde-côtes libyens à intervenir directement dans la SAR zone de Malte, un territoire pourtant situé bien au-delà des eaux libyennes, lesquelles s’étendent sur 22.2 kilomètres au large de la Libye.

"Les SAR, des territoires où les puissances militaires étrangères ont le droit d’enquêter"

Les autorités maltaises n’ont pas souhaité commenter les révélations du Sunday Times of Malta. Elles ont toutefois déclaré à l’agence Reuters qu’elles coopéraient depuis de nombreuses années avec les garde-côtes libyens dans le cadre de la loi.

"Les SAR ne sont pas des territoires où l’État exerce une souveraineté ou sur laquelle il a une juridiction, mais ce sont des territoires de haute mer dans lesquels des puissances militaires étrangères ont tout à fait le droit d’enquêter sur des activités illégales perpétrées par des personnes parties de leur territoire", a affirmé le gouvernement maltais.

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L’ambassade libyenne à Malte a, pour sa part, réagi lundi 11 novembre en démentant "fermement" l’existence d’un tel accord.

En octobre, l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avait ouvert une enquête après qu’une embarcation de migrants avait été interceptée dans la SAR maltaise par une patrouille de garde-côtes libyens. Les 50 personnes qui se trouvaient à bord avaient été ramenées en Libye. Un pays où aucun port ne peut être considéré comme sûr, rappellent pourtant les ONG. 

Sur place, ces migrants sont généralement placés dans des centres de rétentions décrits comme des zones de non-droit par les ONG, où privations de nourriture, violences et menaces sont légion.


 

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