Des supporteurs du parti espagnol d'extrême droite Vox célèbrent les résultats des élections législatives du 10 novembre 2019. Le parti ultranationaliste a obtenu 52 sièges au parlement espagnol. Crédit : REUTERS/Susana Vera
Des supporteurs du parti espagnol d'extrême droite Vox célèbrent les résultats des élections législatives du 10 novembre 2019. Le parti ultranationaliste a obtenu 52 sièges au parlement espagnol. Crédit : REUTERS/Susana Vera

Le parti d’extrême droite a obtenu 52 sièges lors des élections législatives de dimanche, s’imposant comme la troisième force politique d’Espagne. Le parti a fait campagne avec des discours anti-immigration et anti-indépendantisme catalan.

En Espagne, au lendemain des élections législatives de dimanche 10 novembre – les quatrième en quatre ans –, le paysage politique est toujours aussi fragmenté. Le parti d’extrême droite Vox, lui, a tiré son épingle du jeu, passant de 24 sièges à 52, sur les 350 que compte le parlement espagnol. Il s’impose désormais comme la troisième force politique du pays derrière le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et le Parti populaire (PP).

"Il y a onze mois, Vox n’avait aucune représentation, dans aucune institution. Aujourd’hui, nous sommes la troisième force politique en Espagne et celle qui augmente le plus", a lancé Santiago Abascal, le président de la formation née en 2014.

Le parti anti-immigration, hostile à l’avortement et au féminisme a débuté sa percée en politique en 2018, en Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Cette année-là, les arrivées de migrants en Italie chutent drastiquement en raison des accords passés entre le gouvernement italien et la Libye.

L’Espagne devient alors le premier pays d’arrivée des migrants en Europe. Les jeunes Africains sont de plus en plus nombreux à rejoindre le pays par le détroit de Gibraltar et en pénétrant dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au Maroc.

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"L’arrivée au pouvoir des socialistes en 2018 a radicalisé la droite"

En juin 2018, le socialiste Pedro Sanchez succède à la tête du gouvernement au conservateur Mariano Rajoy, écarté par une motion de censure votée au parlement.

Le nouveau chef du gouvernement veut rompre avec la politique de son prédécesseur, notamment sur la question migratoire. Dix jours à peine après avoir prêté serment, le 12 juin 2018, Pedro Sanchez propose d’accueillir l’Aquarius – alors en quête d’un port sûr où débarquer des migrants rescapés – à Valence.

La gauche salue son geste mais l’extrême droite s’empare du sujet de l’immigration illégale. Pour Vox l’anti-socialisme passe désormais par une rhétorique anti-immigration.

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"L’arrivée au pouvoir des socialistes en 2018 a radicalisé la droite et a donné au discours de Vox une caisse résonance. Elle a permis à l’extrême droite de mettre la question de l’immigration sur le devant de la scène", explique Benoit Pellistrandi historien, spécialiste de l’Espagne contemporaine.

Aujourd’hui, souligne l’historien, "le vote de Vox est étroitement corrélé à la question migratoire, surtout dans le sud." Le parti est arrivé en tête dimanche dans la province de Murcie, avec près de 30% des voix.

L’immigration – principalement maghrébine - dans le sud de l’Espagne est pourtant loin d’être récente. Dans cette région parfois surnommée le potager de l’Europe, la plupart des travailleurs agricoles sont Marocains ou Sénégalais.

Séisme politique

Mais, après juin 2018, les discours anti-socialistes et anti-immigration de Vox sont tombés sur le sud de l’Espagne "comme une pluie tombée sur un sol fécondé par une présence immigrée importante", estime Benoit Pellistrandi. C’est d’ailleurs en Andalousie que la formation d’extrême droite enregistre ses premiers succès électoraux.

Petit parti marginal, Vox crée un séisme en Espagne en décembre 2018 en entrant avec 10% des voix au parlement régional d'Andalousie, région la plus peuplée d'Espagne.

Propulsé sur le devant de la scène, Vox fait ensuite son entrée au Parlement national lors du scrutin du 28 avril avec 24 députés, alors que l'extrême droite était résiduelle dans le pays depuis la mort de Franco en 1975.

Vox a marqué la campagne des élections législatives de dimanche par sa rhétorique anti-immigrés, allant jusqu'à réclamer l'expulsion de tous les mineurs étrangers isolés, en violation de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Le président de la formation, Santiago Abascal, a notamment désigné, au cours d’un débat télévisé, le quartier d'Hortaleza à Madrid – où il habite - comme un secteur miné par la délinquance en raison de la présence d’un centre d’hébergement pour jeunes migrants.

"Les chiffres qu’il a utilisés […] sont faux. Il a parlé d’une hausse de 84% alors qu’on est sur 20%. Il a durci les chiffres à partir d’une réalité qui existe", souligne Benoit Pellistrandi. "Dans certains quartiers, la cohabitation n’est pas facile mais est-ce en raison de la question migratoire ou de la situation économique ? Il a y une combinaison des deux", affirme l’historien.

Vox "est passé à trois millions d’électeurs en trois ans"

Outre l’immigration, Vox a aussi fait campagne sur la lutte contre l’indépendantisme catalan. "Parti nationaliste, Vox est né pour faire face aux mouvements identitaires périphériques", avance Barbara Loyer, professeure à l’Institut français de géopolitique de l’Université Paris-VIII.

La déclaration d’indépendance de la Catalogne en 2017 a largement contribué à donner du souffle au parti nationaliste. "Vox faisait moins de 1% des voix en 2015. Il est passé à trois millions d’électeurs [environ 15% des voix, ndlr] en trois ans", rappelle l’universitaire.

Pour elle, il ne fait aucun doute que les députés de Vox ont été élus "à cause de la question catalane". Le parti avait tout à gagner à y adjoindre une rhétorique anti-immigration. Cela "fait partie du kit de l’extrême droite en Europe", souffle Barbara Loyer.

 

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