Le 4 novembre 2019, une quarantaine de migrants ont été retrouvés dans un camion frigorifique près du péage de Xanthi, dans le nord de la Grèce. Crédit : REUTERS/Stavros Karipidis
Le 4 novembre 2019, une quarantaine de migrants ont été retrouvés dans un camion frigorifique près du péage de Xanthi, dans le nord de la Grèce. Crédit : REUTERS/Stavros Karipidis

La police turque a intercepté lundi un camion dans la ville d’Ayvacik, dans l'ouest du pays. Quelque 82 personnes se trouvaient à bord du véhicule, dans l'espoir de pouvoir rejoindre l’Europe. Ce moyen de transport est de plus en plus couramment utilisé par les passeurs.

La police turque a arrêté lundi 11 novembre, dans la ville d’Ayvacik, près de la côte ouest de la Turquie, un camion dans lequel se trouvaient 82 migrants afghans, rapporte mardi le site Euronews. Sur une vidéo rendue publique par les forces de l'ordre turques, des policiers ouvrent les portes du conteneur. À l’intérieur, des hommes, des femmes et de très jeunes enfants. Le flot de personnes s’extrayant du camion semble interminable.

Selon l’agence de presse IHA, ces migrants cherchaient à rejoindre l’Europe par voie maritime. Tous ont été envoyés en centres de rapatriement en vue de leur déportation.

Le transport en camion est pourtant extrêmement dangereux. Dans ces conteneurs, les personnes risquent de mourir d'étouffement et d'hypothermie. Les risques sont démultipliés lorsqu'il s'agit d'un camion frigorifique.

Le 23 octobre, 39 migrants vietnamiens avaient été retrouvés morts dans un camion frigorifique en Grande-Bretagne. À la fin de l’été 2015, 71 personnes, dont 4 enfants, avaient été retrouvés morts dans un camion frigorifique en Autriche.

François Gémenne, chercheur en sciences politiques, spécialiste de la gouvernance des migrations à l’université de Liège et professeur à Sciences-Po Paris, a répondu aux questions d’InfoMigrants sur ce mode de transport de plus en plus couramment utilisé par les passeurs et les migrants.

InfoMigrants : les camions sont-ils un moyen de transport fréquent pour tenter de rejoindre l’Europe depuis la Turquie ?

François Gémenne : C’est un moyen fréquent de se déplacer pour les migrants en général, pas spécialement depuis la Turquie. On a vu plusieurs drames autour de camions qui transportaient des migrants ces dernières années comme les 71 migrants retrouvés morts en 2015 en Autriche ou bien les 39 personnes dans l’Essex, plus récemment.

Le transport par camions est un moyen de transport privilégié des migrants et des passeurs. Tous les passeurs et tous les réseaux fonctionnent avec des camions. Il n’y a pas de réseau particulièrement connu pour utiliser ce fonctionnement.

Il n’y a qu’une seule particularité : pour franchir la Manche, pour échapper aux caméras thermiques de la police britannique, ce sont des camions frigorifiques qui sont utilisés. Mais je ne pense pas que la police turque ait des caméras thermiques.

Quels sont les prix demandés aux migrants pour un passage en camion ?

Ce qui détermine le montant qui est demandé, c’est le nombre de personnes qui vont passer à la fois.

Pour traverser la Manche, si l’on est dans un camion, on va payer entre 2 000 et 5 000 euros. Si l’on tente la traversée sur un jet ski, donc en faisant le trajet seul ou à deux, cela peut aller jusqu’à 10 000 euros.

Mais plus on est nombreux dans un camion, plus les chances de se faire repérer sont importantes.

Il est tout à fait possible que certains migrants aient mis de l’argent de côté pour payer la traversée. Il est aussi possible que leur famille se soit cotisé. Enfin, il est également possible que le réseau qui les fait passer ait des relais dans d’autres pays et que les personnes se soient engagées à effectuer du travail forcé [à leur arrivée] pour payer leur dette.

Pourquoi le transport en camion est-il de plus en plus utilisé par les passeurs ?

Nous sommes dans une phase où le business des passeurs s’est professionnalisé. Avant, il y avait une sorte de distinction entre passeurs et trafiquants. On avait des trafiquants de migrants qui faisaient de la traite d’êtres humains. Les passeurs, eux, étaient plus concernés par les personnes. Ils étaient en quelque sorte des facilitateurs de migrations. Ils prélevaient leur dû mais se souciaient de l’état des migrants à l’arrivée.

Aujourd’hui, la limite entre passeurs et trafiquants s’estompe. Les passeurs développent une pratique industrielle, considérant les migrants comme de la marchandise sans se soucier des conditions dans lesquelles ils vont arriver.

Ce qui explique le développement industriel de ce principe, c’est le fait qu’on a fermé les frontières et, avec les crises qui se sont multipliées [notamment au Moyen-Orient], on a eu des gens absolument déterminés à franchir ces frontières. C'était une question de vie ou de mort. Les frontières étant fermées, les passeurs ont vu le passage des migrants comme une opportunité de faire du business.


 

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