Photo du démantèlement des campements Porte de la Chapelle, le 7 novembre 2019. Crédit : InfoMigrants
Photo du démantèlement des campements Porte de la Chapelle, le 7 novembre 2019. Crédit : InfoMigrants

Après le démantèlement des campements du Nord de Paris, les 1 600 migrants - des dublinés, des primo-arrivants, des déboutés du droit d’asile, et même des réfugiés statutaires – ont été répartis dans une vingtaine de lieux en région parisienne, dont des gymnases, des CAES et un centre d'accompagnement pour réfugiés. Une association dénonce par ailleurs le placement en centre de rétention de 16 migrants, dans le sillage du démantèlement.

Après le démantèlement "définitif" des campements du Nord de Paris, dans les environs de Porte de la Chapelle, jeudi 7 novembre, les 1 611 migrants concernés par cette opération des forces de l’ordre ont été envoyés dans une vingtaine de structures à Paris et en région parisienne. En premier lieu, les centres d'accueil et d'examen de la situation (CAES) d’Île-de-France, au nombre de cinq, où le statut administratif de ces personnes est étudié, ont accueilli 450 personnes. Dans les campements du Nord de Paris, beaucoup de personnes étaient "dublinées", mais des primo-arrivants, des déboutés du droit d’asile, et même des réfugiés statutaires s'y étaient également installés.

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Les migrants "restent quelques jours dans les CAES. Si un migrant est débouté du droit d’asile, on lui notifie une fin de prise en charge. Et si une demande d’asile est instruite, les personnes peuvent être placées de manière plus pérenne dans des centres provisoires d’hébergement (CPH) pendant plusieurs mois, le temps que la demande d’asile soit traitée", précise la préfecture de la région Île-de-France, contactée par InfoMigrants, qui ajoute que ces CPH peuvent se situer partout en France.

L’attente dans les gymnases

Pour l’heure, toutefois, la majorité des migrants chassés des environs de Porte de la Chapelle n’ont même pas pu mettre un pied dans un CAES, faute de place. En Île-de-France, ces centres ont la capacité d’accueillir seulement 750 personnes au total. "Un sixième centre ouvrira ses portes dans le 18e arrondissement de Paris, au plus tard début 2020", tente de rassurer la préfecture de région. "Cela portera à 900 le nombre de places en Île-de-France."

En attendant, environ 900 des 1 611 migrants ont été emmenés dans des gymnases répartis dans une petite vingtaine de villes, dont Paris, Courbevoie (Hauts-de-Seine), Vaujours, Villemomble (Seine-Saint-Denis) ou encore Cachan (Val-de-Marne). Au total, 15 gymnases ont été réquisitionnés pour une durée d'un mois.

Des solutions temporaires et très inconfortables, d’après des témoignages de migrants, qui parlent de moisissure sur les murs de certains gymnases et des interdictions à l'intérieur de ceux-ci, comme celle de se faire à manger. Certains indiquent à InfoMigrants avoir préféré partir et trouver des solutions d’hébergement par eux-mêmes, notamment sous le chapiteau d’un cirque, à Saint-Denis.

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Les réfugiés statutaires, quant à eux, ont l'option d'être emmenés dans un nouveau centre parisien situé dans le 12e arrondissement, à la condition d'avoir un emploi ou d'être inscrit dans une formation. "Il s’agit d’un centre expérimental d’accompagnement et d’insertion des réfugiés", détaille la préfecture. "Il est doté de 200 places et a vocation à héberger des réfugiés mais également à leur fournir des cours de français intensifs, ainsi qu’un accompagnement vers l’emploi et un logement. Ce genre de centre est unique en France." Cette structure est ouverte depuis deux semaines pour une durée de six mois, qui pourra être étendue.

Par ailleurs, 207 personnes, considérées comme vulnérables - familles, femmes seules, couples - ont trouvé refuge dans un centre d'hébergement à Ivry, "qui fait office de CAES", dit-on du côté de la préfecture.

16 migrants envoyés le jour du démantèlement au CRA de Vincennes

Dans le sillage du démantèlement, 16 personnes qui campaient jusqu'à jeudi dernier dans le Nord de Paris ont en outre été envoyées, le jour même de l'opération de police, dans le centre de rétention administrative (CRA) de Paris-Vincennes, a alerté sur Facebook l’association Assfam, qui apporte une aide juridique aux personnes retenues.

"Ces migrants disent avoir eu une audition au commissariat à la suite de laquelle ils ont été envoyés, le soir même, dans le CRA", indique Justine Girard, coordinatrice des CRA chez Assfam. Selon les autorités, aucune vérification des statuts administratifs n'a été menée lors du démantèlement afin de permettre "une mise à l’abri inconditionnelle" pour tous.

Dans un communiqué publié le 7 novembre, la préfecture avait prévenu que "les personnes qui tenteraient de se réinstaller [au nord de la capitale, au niveau de la porte de la Chapelle à Paris 18e et de l’Avenue du Président Wilson à Saint-Denis (93)] seront immédiatement contrôlées et leur situation administrative vérifiée, donnant lieu, en cas de séjour irrégulier sur le territoire national, à une procédure de placement en centre de rétention administrative."

À l’approche de l’hiver, un autre campement situé à Porte d’Aubervilliers, où se trouvent 2 000 migrants, est désormais dans le collimateur des forces de l’ordre. Selon la préfecture, il devrait être démantelé avant Noël.

 

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