Des garde-frontières bosniens et croates face à des migrants, à Maljevac, le 24 octobre 2018. Crédit : Reuters
Des garde-frontières bosniens et croates face à des migrants, à Maljevac, le 24 octobre 2018. Crédit : Reuters

Le chef de la police aux frontières en Bosnie regrette de ne plus pouvoir contenir la pression migratoire que ses hommes rencontrent chaque jour à la frontière avec la Serbie, dans l’est du pays. Il en va, selon lui, de la sécurité de toute une nation encore politiquement fragile après les ravages de la guerre civile dans les années 1990.

“Nous sommes dans une lutte constante pour dissuader les migrants de venir ici mais ils ne renoncent jamais.” Dans une interview accordée, mercredi 13 novembre, à l’agence AP, Zoran Galic, le chef de la police aux frontières de Bosnie, confie son désarroi face à l’afflux de migrants qui entrent illégalement dans le pays via la frontière est avec la Serbie voisine.

Sa crainte principale est que la situation ne dégénère et que n’importe quel incident bénin ne se transforment en drame. Depuis le début de l’année, plus de 13 000 migrants sont arrivés en Bosnie, selon les statistiques fournies par le gouvernement. N’ayant que très peu de moyens, le pays ne parvient pas à fournir d’hébergement suffisant ni de prise en charge des migrants qui survivent donc sans aucun accès à des sanitaires, à des repas ou à des soins médicaux.

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“Il nous arrive durant nos patrouilles de tomber sur des femmes migrantes enceintes de huit mois ou même de très jeunes enfants. Nous faisons notre possible pour les traiter de façon éthique en respectant les conventions internationales [sur les droits de l’homme]”. Mais jusqu’à quand ? Se demande Zoran Galic qui estime qu’un manquement peut très vite arriver au vu de la situation actuelle.

Un agent pour 30 km de frontières

Le chef assure, en effet, qu’il manque au moins 1 000 officiers de police aux frontières et que le matériel utilisé doit être modernisé d’urgence afin de sécuriser les frontières. Actuellement, le pays ne compte qu’un agent tous les 30 kilomètres de frontières, selon lui. La Bosnie est entourée de quelque 1 600 kilomètres de frontières.

Ce petit pays se trouve sur la route migratoire dite “des Balkans”, reliant le Moyen-Orient, l’Asie centrale et l’Afrique du Nord aux pays d’Europe occidentale. Cette route est devenue de plus en plus populaire ces trois dernières années après que d’autres pays de la région ont fermé leurs frontières.

La plupart des migrants arrivent donc en Bosnie depuis la Serbie en franchissant la frontière peu surveillée entre ces deux pays. Ce sont généralement des passeurs qui font payer à chaque candidat à l’exil plusieurs milliers d’euros pour la traversée de la Drina, le fleuve frontalier. De là, il s’agit de marcher jusqu’à la frontière nord-ouest du pays afin d’entrer en Croatie, membre de l’Union européenne.

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Mais le passage de la frontière n’est pas aisé dans cette zone forestière aux montagnes abruptes et aux rivières glaciales. La Croatie a également pris de nombreuses mesures ces derniers mois multipliant les reconduites à la frontières de migrants interceptés. Par conséquents ces derniers sont très nombreux à rester coincés en Bosnie dans des campements saturés où les conditions de vie sont, une fois encore, des plus sommaires.

 

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