Un policier slovène surveille la frontière italienne, dans la région de Koper. Crédit : Dana Alboz/ InfoMIgrants
Un policier slovène surveille la frontière italienne, dans la région de Koper. Crédit : Dana Alboz/ InfoMIgrants

Depuis le mois de juillet, des patrouilles binationales de policiers italiens et slovènes ont été mises sur pied pour tenter d’enrayer le flux grandissant de migrants tentant de passer dans le pays transalpin. InfoMigrants a pu rencontrer la police slovène dans la ville de Koper, non loin de la ville italienne de Trieste, où chaque semaine, des dizaines de migrants sont arrêtés.

Il est midi quand la patrouille commence à rebrousser chemin. La pluie tombe depuis plusieurs heures et le brouillard est omniprésent. Les deux policiers slovènes et la policière italienne rentrent sans "avoir vu personne". La faute aux intempéries sûrement. "Tenter une traversée par ce temps, c’est plus compliqué, mais ça existe, évidemment", explique la policière italienne qui a commencé à patrouiller à 7h du matin – et qui prend la direction du commissariat de Koper, dernière ville slovène avant l’Italie, pour faire son rapport.

La surveillance du jour a eu lieu dans les montagnes de Kastelec et de Socerb, à une dizaine de kilomètres au nord de Koper, du haut desquelles on aperçoit la petite commune italienne de San Dorligo. Cette fois-ci, donc, aucun migrant n’a été intercepté.

Depuis le mois de juillet, des patrouilles binationales, italiennes et slovènes, ont fait leur début le long de leur frontière commune. Elles dureront au moins jusqu'à la fin septembre. Objectif affiché des deux pays : freiner l'immigration clandestine sur la route des Balkans, en direction de l'Italie et de l'ouest de l'Europe.

Ce mercredi 12 novembre une patrouille de trois personnes deux Slovnes et une Italienne sont de service Crdit  Dana AlbozInfoMigrantsSi, au plus fort de la crise migratoire, en 2015, des dizaines de milliers de migrants et réfugiés en provenance de Syrie, d'Irak ou encore d'Afghanistan, avaient emprunté cet itinéraire, le flux s'était tari ces trois dernières années. Mais depuis le printemps 2019, la Slovénie a vu le nombre des arrivées en provenance de la Croatie augmenter de nouveau. 

"Plus de 22% de hausse de tentatives de traversées de l'Italie dans la région par rapport à l’année dernière", précise Vicjem Toskan, l’un des chefs de la police de la ville de Koper. Et plus de 70 % sur l’ensemble du territoire. Les autorités ont en effet recensé 14 000 traversées illégales sur leur sol du 1er janvier au 30 octobre 2019, contre 8 200 à la même période en 2018.

En rouge la partie de la frontire la plus contrle par les autorits italiennes et slovnes Crdit  InfoMigrantsDe plus en plus de Marocains et d'Algériens

Parmi les personnes interceptées par la police, de nombreux Marocains et Algériens qui empruntent de plus en plus cette route des Balkans après avoir rallié la Turquie – qu’ils rejoignent grâce à des facilités de visa. "J’aurais pu passer par la mer pour aller du Maroc en Espagne, mais c’était trop cher. Le passeur me demandait plus de 5 000 euros", explique Amir* un migrant marocain croisé à Ljubljana. "Passer par les Balkans, ça me coûte presque rien". 

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Un autre, traumatisé par la mer Méditerranée, n'a pas voulu tenter la traversée maritime. "Mon frère est mort en essayant d'aller en Espagne dans un canot. Passer par la Turquie et les Balkans, c’est plus long, mais c’est moins dangereux", explique ce migrant, lui aussi marocain.

Selon les chiffres des autorités slovènes, les migrants maghrébins font partie des nationalités les plus arrêtés – avec les Pakistanais et les Afghans. Face à cette réalité, la police dit "surveiller de près l'évolution de la situation et adapter ses activités en conséquence".

"Pas besoin de passeurs"

Est-ce facile de rallier l’Italie ? "Ce n’est pas si dur que ça", répond Amir. "Je me suis arrêté à Ljubljana, le temps de me racheter des bonnes chaussures de marche, de trouver un manteau plus chaud et je vais repartir bientôt." Amir veut rejoindre la France et la région de Bordeaux où il a de la famille. "On va passer par la forêt avec un ami, pas besoin de passeurs, on se repère et on se déplace avec nos GSM".

De ce côté-ci du pays, pas de barbelés. Le passage est plus facile, affirment les migrants. "Le pire, c’est de passer la Croatie, les barbelés, les policiers violents, après ça va", affirme Amir. Le gouvernement slovène a écarté la possibilité d’installer une clôture à sa frontière ouest, comme l’avaient suggéré récemment plusieurs responsables politiques italiens. Mais les autorités n’ont pas lésiné sur les moyens déployés à la frontière italienne pour empêcher les migrants de passer. Des vidéos surveillances et des drones sont utilisés pour aider les forces de l’ordre.

Dans la forêt qui recouvre une large partie de la frontière sloveno-italienne, les policiers s’appuient aussi sur les signalements des civils. "On reçoit parfois des coups de fils des habitants de la région. Ils nous disent quand ils croient apercevoir quelque chose d’inhabituel dans la montagne à tel ou tel endroit". 

Les "techniques" de passage varient selon les saisons. "L’été, on remarque que les migrants marchent davantage. L’hiver, ils tentent de passer la frontière dans des voitures, des vans, des camionnettes. Il y a des passages parfois la nuit. Le plus souvent, ils marchent une dizaine de jours pour rallier Velika Kledusha, en Bosnie, à Trieste, en Italie".

124 personnes arrêtées en une semaine

En fonction de tous ces paramètres, les patrouilles changent souvent de lieux et d’horaires. "Evidemment, on ne vous dira rien à ce sujet", sourit le commandant de police.

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Amir ne connaissait pas l’existence de patrouilles binationales. Mais il n’a pas l’air stressé par leur existence. "Il y a toujours des contrôles à une frontière, c’est comme ça".

La police slovène se dit, elle, satisfaite de ce dispositif. "Hier [le 12 novembre], nous avons intercepté 12 migrants qui tentaient de passer en Italie, ils étaient répartis dans trois voitures de passeurs", précise Vicjem Toskan, le commandant de police de Koper. "Et dans la semaine du 4 au 10 novembre, nous avons arrêté 124 personnes. Nos patrouilles ne font pas de miracles, mais, pour l’heure, force est de constater qu’elles ont fait leur preuve et qu’elles sont efficaces".

Pendant leur patrouille les policiers sont arms Crdit  Dana AlbozInfoMigrants

*Le prénom a été changé.
 

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