Des fleurs en hommage aux 39 migrants vietnamiens retrouvés à Greys, à l’est de Londres. | Photo: picture alliance / empics
Des fleurs en hommage aux 39 migrants vietnamiens retrouvés à Greys, à l’est de Londres. | Photo: picture alliance / empics

Trois semaines après la découverte de 39 migrants vietnamiens morts dans un camion frigorifique dans le sud de l’Angleterre, les familles des victimes attendent toujours que les corps soient rapatriés. Évoquant des soucis “logistiques”, les autorités vietnamiennes tentent de les convaincre de faire incinérer les dépouilles, même si cette pratique va à l’encontre de la tradition vietnamienne.

C’est une attente des plus douloureuses pour les familles des 39 Vietnamiens candidats à l’exil en Europe décédés récemment dans un camion frigorifique au Royaume-Uni. Trois semaines après le drame, les corps des victimes sont toujours bloqués sur le sol britannique, rendant le deuil des proches extrêmement difficile.

Selon la tradition vietnamienne, les défunts doivent être enterrés dans les trois jours suivant la mort. Mais Nguyen Dinh Gia attend toujours de pouvoir obtenir la dépouille de son fils, Luong. “Nous sommes fatigués. Tout ce que nous voulons c’est récupérer notre enfant le plus vite possible”, témoigne ce père désemparé, dans une interview accordée, jeudi 14 novembre, à l’agence Reuters avec cinq autres familles de victimes.

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Entre rumeurs sur le coût exorbitant du rapatriement des corps véhiculés sur les réseaux sociaux et le manque de communication des autorités, les proches des défunts sont actuellement dans la confusion la plus totale. Les six familles interrogées par Reuters ont toutes affirmé qu’elles pensaient, dans un premier temps, recevoir les corps de leur proche décédé. Mais les autorités auraient, depuis, changé d’avis, demandant aux familles d’accepter que les corps soient incinérés.

Nguyen Dinh Gia raconte ainsi avoir signé un formulaire autorisant le rapatriement du corps de son fils la semaine dernière. Le jour suivant, la police l’aurait encouragé à ne rapatrier que des cendres. “Ils m’ont dit que le formulaire que j’avais signé à l’origine, incluant l’option de rapatrier le corps de Luong, n’était simplement plus valide”, affirme-t-il. Dépité et fatigué par tant de procédures décourageantes, le père a accepté à contrecoeur de ne recevoir que des cendres.

“Je veux revoir ma soeur une dernière fois avant de l’enterrer”  

Certains refusent, toutefois, d’abandonner le combat. C’est le cas de la famille de Pham Thi Tra My, cette jeune fille qui avait envoyé des textos d’adieu à ses parents quelques minutes avant de mourir, prisonnière du camion frigorifique. La famille a, en effet, demandé aux autorités locales de faire annuler l’accord de crémation du corps de leur fille. “Je veux revoir ma soeur une dernière fois avant de l’enterrer”, a confié à Reuters Pham Manh Cuong, le frère de Pham Thi Tra My.

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Du côté des autorités, on ne divulgue les informations qu’au compte-goutte. À commencer par l’ambassade britannique à Hanoi qui renvoie la balle au gouvernement vietnamien, expliquant que ce dernier était seul décisionnaire sur toutes les questions liées au drame. L’ambassade du vietnam au Royaume-Uni, de son côté, a assuré, le 7 novembre dernier, qu’une délégation du gouvernement vietnamien se trouvait déjà sur le sol britannique afin de coordonner le rapatriement des corps “le plus tôt possible”. Le gouvernement vietnamien, quant à lui, n’a pas commenté la situation concernant le rapatriement des dépouilles.

Les médias publics vietnamiens, dont l’agence gouvernementale VNA ainsi que les journaux Thanh Nien et Tuoi Tre, n’ont également donné aucune nouvelle information sur cette affaire cette semaine. Du côté des médias privés, plusieurs sources ont affirmé que la police leur avait expressément demandé de ne plus interroger les familles des victimes pour le moment.

Coûts exorbitants ou simples difficultés "logistiques" ?

Un haut fonctionnaire souhaitant rester anonyme a, toutefois, confirmé à Reuters que “des difficultés logistiques” étaient survenues entre le Royaume-Uni et le Vietnam. “Nous avons dû persuader les familles d’accepter que le corps de leur proche soit incinéré, même si l’on sait très bien qu’elles préfèrent un enterrement afin de respecter la tradition vietnamienne”, a reconnu cette source, sans pour autant préciser la nature des difficultés logistiques évoquées.

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Pour plusieurs familles comme pour une partie de l’opinion publique, le coût des rapatriements serait en cause. “La police nous a convaincu que ce serait mieux de rapatrier des cendres car il serait très difficile, selon elle, de transférer les corps vers le Vietnam s’ils sont dans un cercueil”, explique le père de Luong, Nguyen Dinh Gia. Plusieurs de ses proches lui ont d’ailleurs fait part de rumeurs et de publications sur les réseaux sociaux où le coût de rapatriement a été estimé à 1,2 milliard de dongs soit près de 50 000 euros.

Sur Facebook, plusieurs groupes privés de travailleurs vietnamiens vivant au Royaume-Uni tentent de se mobiliser. L’un d’entre eux a même commencé à récolter des fonds pour financer le rapatriement des corps. Selon une compagnie de pompes funèbres internationales jointe par InfoMigrants, le coût pour transporter un corps de Londres à Hanoi s’élève a minima à 7 000 euros.

 

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