Des migrants marchent devant le centre du Miral, à Velika Kledusha, en Bosnie. Crédit : Reuters
Des migrants marchent devant le centre du Miral, à Velika Kledusha, en Bosnie. Crédit : Reuters

Les autorités locales veulent empêcher les migrants d’entrer ou sortir des deux principaux centres d’hébergement de Bosnie, près de la frontière croate. L’idée est de faire pression sur le gouvernement afin de vider ces centres surpeuplés. L’ONU craint que des violences éclatent à cause du confinement.

Plus d’entrée ni de sortie ou aucune liberté de mouvement : les autorités du canton de Una Sana dans le nord-ouest de la Bosnie menacent d’imposer “un confinement total” dans les centres d’hébergement pour migrants de Bira à Bihać et Miral à Velika Kladuša. Avec l’annonce de cette mesure drastique, les autorités locales entendent mettre la pression au gouvernement central pour qu’il relocalise les quelque 2 300 migrants vivant dans ces deux centres, ailleurs dans le pays.

Le blocus, qui pourrait entrer en vigueur dès vendredi 15 novembre, interdirait à de nouveaux migrants d’entrer dans les deux centres concernés. Il serait également impossible pour ceux qui vivent déjà sur place de sortir pour se rendre en ville. Seuls ceux souhaitant “quitter leur centre pour passer la frontière” et entrer en Croatie pourraient recevoir une autorisation de sortie.

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Les autorités veulent imposer ce blocus tant que les deux centres ne seront pas vidés de leurs résidents. Elles veulent aussi s’assurer que le contrat de bail des deux établissements situés sur des terrains privés ne sera pas renouvelé. Le gouvernement central, lui, espère le contraire, estimant la présence de ces deux centres indispensable dans le nord-ouest du pays où des milliers de migrants affluent chaque année. Le ministère de la Sécurité évalue à au moins 50 000 le nombre de migrants ayant traversé le pays l’année dernière à destination de l’Europe.

Tensions et violences ?

“Le blocus n’a pas encore commencé, on espère encore que les autorités vont changer d’avis car c’est une très mauvaise nouvelle pour les migrants”, s’alarme Peter Van Der Auweraert, représentant de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Bosnie, contacté par InfoMigrants. L’agence onusienne est chargée de la gestion des deux centres qui ont ouvert fin 2018 et tournent tous les deux à pleine capacité. Bira peut accueillir 1 500 personnes, principalement des hommes seuls. Tandis que Miral a une capacité d’accueil de 600 à 700 lits et reçoit des familles ainsi que des mineurs non-accompagnés.

Tous les pensionnaires ont été informés par l’OIM de la menace de confinement ce qui suscite “beaucoup d’inquiétudes”, selon Peter Van Der Auweraert. Si le blocus est mis en place, les services, dont la distribution de nourriture, continueront, assure toutefois l’OIM. “Malgré tout, nous craignons que cela dégénère, surtout à Bira. Lorsque vous privez de liberté 1 500 personnes, cela crée obligatoirement des tensions, du stress supplémentaire et parfois même des violences”, ajoute le représentant onusien.

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Outre l’aspect sécuritaire, les Nations Unies tiennent à rappeler aux instigateurs du blocus que restreindre la liberté de mouvement des migrants est tout bonnement illégal. “En vertu de la loi de 2016 sur l'asile en Bosnie-Herzégovine, [les migrants et les demandeurs d’asile] ont le droit de rester dans le pays et de jouir de leur pleine liberté de circulation. C’est un droit également inscrit dans les conventions internationales sur les droits de l’homme ainsi que dans celles sur les droits des réfugiés”, peut-on lire dans un communiqué de l’institution, diffusé le 14 novembre. “Les migrants, les demandeurs d'asile et les réfugiés ont le droit de ne pas subir de restrictions arbitraires à la liberté. Une telle restriction ne doit être fondée que sur une évaluation individuelle et non de manière collective”.

"Crise humanitaire"

Ce blocus pourrait également avoir des répercussions grave sur l’ensemble de la région, estime Peter Van Der Auweraert. “En plus de 2 300 personnes qui se trouvent à Bira et Miral, il faut prendre en compte le problème principal qui est de trouver une solution pour les 2 500 autres migrants qui survivent en dehors des centres.” Selon l’expert, environ un millier de migrants vivent dans le camp de Vucjak, installés sur une ancienne décharge. Et 1 500 autres sont éparpillés dans les bois alentours, occupant souvent de vieilles bâtisses abandonnées et vétustes. “Si on ne fait rien pour ces gens-là, il va y avoir des morts cet hiver, ça ne fait aucun doute. Il faudrait aussi désormais que l’on s’occupe de reloger de ceux qui sont dans les centres ? C’est surréaliste”, lâche Peter Van Der Auweraert.

le camp de Vucjak n'a ni eau courante, ni électricité. Depuis le 21 octobre, la mairie de Bihac a cessé d'approvisionner le camp en eau potable. Crédit : Jeanne Frank/ Item pour InfoMigrantsPartageant les craintes de l’OIM, le commissaire aux migrations de l’Union européenne (UE), Dimitris Avramopoulos, a appelé, jeudi, à l'évacuation du campement de Vucjak. Il estime qu'un hébergement adéquat doit être fourni à environ 8 000 migrants "afin de prévenir une crise humanitaire majeure durant l'hiver à venir". L’UE qui a déjà octroyé à la Bosnie plus de 36 millions d'euros d'aide, est même prête, ajoute-t-il, à couper les vivres en n’apportant “plus aucune aide financière” pour le camp de Vucjak.

D’après l’OIM, le gouvernement bosnien a approuvé cette semaine deux nouveaux sites d’hébergement des migrants en dehors de la région d’Una Sana, l’un dans le canton de Tuzla et l’autre dans celui de Sarajevo. “C’est une bonne nouvelle mais je n’ai pas encore eu accès aux structures donc impossible d’estimer le temps de travaux ou le nombre de places qu’il y aura ni quand elles pourront ouvrir”, regrette Peter Van Der Auweraert qui devrait toutefois se rendre sur place dans les prochains jours. “La priorité sera donnée aux migrants qui dorment à Vucjak et dans les bois, non pas à ceux qui sont déjà hébergés à Bira et Miral”, poursuit-il, laissant présager d’autres menaces de blocus et un long bras de fer avec les autorités cantonales d’Una Sana.

 

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