Des policiers patrouillent à la frontière slovéno-italienne, en novembre 2019. Crédit : Dana Alboz
Des policiers patrouillent à la frontière slovéno-italienne, en novembre 2019. Crédit : Dana Alboz

De nombreux migrants marocains et algériens traversent actuellement la Slovénie, premier pays de l’espace Schengen, pour tenter de rejoindre l’Italie ou les pays d’Europe du nord. Tous ont pris la route des Balkans à partir de la Turquie. Leur nombre a plus que doublé entre 2018 et 2019 aux frontières slovènes, selon les chiffres des autorités du pays.

Amin* et Amir* sont Marocains. Le premier a 23 ans, le second, 33 ans. Mohamed, lui, est Algérien, il a 43 ans. Tous les trois sont actuellement en Slovénie et ont un parcours migratoire similaire. Ils sont passés par la Turquie où ils n'ont pas eu besoin de visas pour se rendre. Les maghrébins sont de plus en plus nombreux à prendre un vol pour Istanbul, considéré comme une ville de transit, afin de gagner le Vieux continent par la route (Italie, France, Allemagne…). 

Après avoir traversé la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Bosnie, la Croatie, ils tentent de passer en Slovénie, premier pays de l’espace Schengen dans les Balkans. Et les chiffres des autorités de Ljubljana notent une forte augmentation de maghrébins à ses frontières cette année. Les Algériens, par exemple, sont deux fois plus nombreux à tenter de traverser le pays. Ils étaient 783 à tenter le passage de la frontière slovène en 2018, contre 1 600 cette année – jusqu’au 30 septembre.

L’augmentation est encore plus importante pour les Marocains. Ils étaient 318 à tenter de traverser illégalement la frontière slovène en 2018 contre 1 000 cette année – jusqu’au 30 septembre. Soit plus de 65 %.

Les tentatives de traverses illgales en Slovnie du 1er janvier au 30 septembre 2019 Crdit  autorits slovnesPourtant le chemin est long : beaucoup plus long que le passage vers le nord, via la mer Méditerranée et l’Espagne. Quelques dizaines de kilomètres séparent le Maroc de l’Espagne, contre 3 000 km de la Turquie à l’Italie. Idem pour les Algériens, dont certains quittent les côtes d’Annaba pour rejoindre la Sardaigne, distante de quelques dizaines de kilomètres.

Amir explique que le passage plus direct vers la Méditerranée et l’Espagne était trop cher. "Les passeurs me demandaient plus de 5 000 euros. Je ne les avais pas", explique-t-il. "Passer par les Balkans ne me coûte presque rien. J’ai fait la route seul, caché sous un bus pour arriver jusqu’ici [à Ljubljana, la capitale slovène]". Hamza aimerait rejoindre la ville de Bordeaux en France, où vit une partie de sa famille.

Éviter la mer "trop dangereuse"

Karim, Algérien, a lui aussi voulu éviter la mer, "trop dangereuse", dit-il. Ce migrant de 43 ans a traversé les Balkans à pieds. "C’est long oui, mais je préférais ce chemin. J’ai été repoussé plusieurs fois par la police croate avant de pouvoir arriver jusqu’ici", continue-t-il. "J’espère passer en Italie pour retrouver de la famille là-bas".

Pour Amin, la traversée de la Méditerranée était inenvisageable. L’argument n’est pas pécuniaire mais affectif. "J’ai perdu mon frère comme ça. Il s’est noyé en tentant de rejoindre l’Espagne", explique le jeune homme hébergé dans le centre de demandeurs d’asile de Vic, dans la capitale slovène. "Je ne pouvais pas prendre la mer. J’ai marché pour traverser les Balkans. J’ai été repoussé plusieurs fois à la frontière croate. Les policiers m’ont frappé, ont pris mes affaires, ont cassé mon portable…". Amin se dit fatigué. "Je pense que je vais rester ici… Je peux essayer de vivre en Slovénie. Je verrai si un jour je veux rejoindre l’Italie, la France ou l’Angleterre".


*Les prénoms ont été changés

 

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