Une opération de secours dans le désert du Ténéré, surnommé "le désert des désert" pour ses conditions extrêmes. Crédit : Alarme Phone Sahara
Une opération de secours dans le désert du Ténéré, surnommé "le désert des désert" pour ses conditions extrêmes. Crédit : Alarme Phone Sahara

Sans le réseau d'Alarme Phone Sahara, plus d'une vingtaine de migrants n'auraient sans doute pas survécu à la panne de leur véhicule en plein désert du Sahara, estime l'association Alarme Phone Sahara.

Le désert du Sahara fait partie des routes migratoires les plus dangereuses au monde. Il coûte la vie à tant de personnes que le Sahara a été baptisé "cimetière à ciel ouvert". Selon les Nations unies, au moins 30 000 migrants ont disparu en le traversant entre 2014 et 2018. Le chiffre réel est sans doute encore plus élevé.

Face à cette situation, un groupe d'activistes nigériens a décidé il y a environ deux ans de mettre en place un numéro d'appel d'urgence pour les migrants perdus dans le désert. C'est l'Alarme Phone Sahara (APS). Le numéro de cette hotline démarre par +227, soit l'indicatif du Niger, pays où le projet est basé. Mais l'APS dispose aussi de personnel au Mali, au Burkina Faso, au Togo, au Maroc et même en Allemagne et en Autriche.

PHOTO  une photo sur la page Facebook dAlarme Phone SaharaLorsque quelqu'un appelle ce numéro gratuit, l'APS tente de faciliter l'opération de secours en alertant des personnes et des services de secours qui se trouvent à proximité ou du moins dans un périmètre qui permet d'aller à la rencontre du migrant en détresse.

L'APS assure également une mission de sensibilisation, en donnant des informations fiables sur la traversée du Sahara à ceux qui souhaitent se lancer. Le site internet dispose d'une rubrique "conseils aux migrants", qui dresse notamment la liste des adresses et numéros de téléphones d'organisations d'aide dans la région. Le réseau cherche aussi à rendre compte de la réalité de la traversée, en documentant des cas d'accidents, d'abus ou de décès dans le désert.

Les expulsions en Algérie  

Alarme Phone Sahara reçoit notamment des appels concernant des personnes perdues dans le désert après avoir été expulsé par l'Algérie, explique Chehou Azizou, un journaliste et ancien enseignant qui pilote l'APS depuis le début de l'année.

Depuis l'Algérie, les migrants sont souvent emmenés vers un endroit appelé "point zéro", un lieu à la frontière avec le Niger. Les autorités algériennes les déposent parfois au milieu de la nuit, en leur pointant simplement du doigt la direction de la première localité nigérienne. Celle-ci s'appelle Assamaka et se trouve à environ 15 kilomètres, mais sous la chaleur étouffante et sans eau, la mission s'avère souvent mortelle.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Le Sahara, l'enfer pour les migrants expulsés d'Algérie

Par ailleurs, depuis que le trafic et le transport de migrants sont devenus des crimes après le vote d'une loi au Niger en 2015, les conducteurs prennent des routes de plus en plus dangereuses. Et quand leur véhicule tombe en panne, beaucoup prennent simplement la fuite, selon Chehou Azizou. Les migrants sont alors livrés à eux-mêmes et pour beaucoup condamnés à mort par manque d'orientation, d'eau et de nourriture.

PHOTO  Les restes dune voiture abandonne dans le dsert du Tnr une rgion hyper aride dans le sud du Sahara Photo ANSAAP PhotoJerome Delay

Ressources limitées

Alarme Phone Sahara dispose d'un réseau d'une vingtaine de personnes réparties dans différentes villes sur la route migratoire vers l'Algérie et la Libye. Celles-ci distribuent le numéro de la hotline aux migrants qui passent.

L'un des membres de l'APS utilise aussi sa moto pour tourner dans le désert, à la recherche de personnes en détresse. Quand il trouve des migrants, il alerte l'ONG la plus proche ou les autorités pour les secourir, car l'APS ne dispose pas de véhicules propres pour mener ces opérations de sauvetage.

Cette année, le réseau a organisé un atelier à Agadez pour former ses membres à aider les migrants et à rendre compte de ce qu'ils vivent. Les participants ont reçu des téléphones portables pour appeler l'APS et pour prendre des photos lorsqu'ils sont impliqués dans une opération de secours. Néanmoins, le système de communication reste un problème majeur. Les téléphones n'ont plus de crédit ou le réseau est mauvais, soit autant de problèmes qui pourraient être réglés avec davantage de moyens, mais le budget de l'APS est limité.

PHOTO Des conseils pour les migrants voulant traverser le Sahara  Source  Alarme Phone Sahara

La peur des poursuites

Au début, l'APS avait préparé des flyers pour les distribuer à Agadez. Ces dépliants comprenaient des informations sur les quantités d'eau à prévoir pour le voyage et le conseil de contacter sa famille avant de partir.

Mais d'après Chehou Azizou, quasiment plus personne ne passe par Agadez depuis que la loi anti-passeurs est entrée en vigueur au Niger. Les trafiquants cachent les migrants en dehors de la ville par peur de se faire arrêter par les autorités.

"Tout ce qui est lié d'une manière ou d'une autre à la migration" est désormais prohibé. Au mieux, estime Chehou Azizou, Alarme Phone Sahara va continuer à travailler dans des conditions difficiles. Au pire, il risque lui-même d'aller en prison.

>>Infos utiles : les numéros d'urgence de l'Alarme Phone Sahara sont +227 80 29 68 26 ou +227 85 75 2676

Cet article a été réalisé avec des extraits d'une interview de Azizou Chehou au magazine allemand Der Spiegel

Traduction et adaptation : Marco Wolter

 

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